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Sur notre continent, le sujet est d’actualité, tandis que certains souhaitent l’introduction de ces cultures, d’autres s’en méfient et y voient venir une nouvelle forme de colonisation.

Dans le cadre de la rencontre de «la fibre africaine», organisée par la coalition pour la protection du patrimoine génétique malien et le forum pour l’autre Mali, Docteur Jeanne Zoundjihekon, professeur de génétique à l’Université de Cotonou a fait l’Etat des lieux de l’introduction des OGM dans l’agriculture en Afrique de l’ouest.

Selon Dr Jeanne, depuis 1995, date de la mise sur le marché des premiers OGM, quatre plantes font partie des principales cultures commercialisées à l’échelle mondiale.

Il s’agit du maïs, du coton, du Soja et du Colza. D’autres plantes transgéniques existent à des échelles diverses, comme la tomate, le riz, la papaye, la pomme de terre, la fraise …

Elle a révélé que des travaux actuellement en cours dans des instituts internationaux de recherche agronomique basés en Afrique concernent le Niébé, la patate douce, le manioc, le sorgho, le riz…

L’experte Béninoise a ensuite indiqué que les principaux OGM sont surtout produits dans le monde par cinq pays que sont les Etats-Unis, le Canada, l’Argentine, le Brésil et la Chine. En Afrique, le Kenya, l’Egypte et l’Afrique du sud sont des pays producteurs.

Cependant, la production des OGM nécessite beaucoup de moyens financiers et techniques. La généticienne Béninoise a indiqué que le domaine semble surtout être réservé aux multinationales, avec les firmes Monsanto (Etats-Unis), Syngenta (Suisse), Dupont (Etats-Unis), Bayer (Allemagne) etc.

Par ailleurs, elle dira que la position des gouvernements et des consommateurs vis-à-vis des OGM varie d’un pays à l’autre. Aux États Unis, ces organismes sont si bien acceptés que le gouvernement fédéral a décidé de ne pas indiquer leur présence par un étiquetage de l’emballage des semences ou des produits.

Par contre en Europe, l’étiquetage est obligatoire pour tout produit contenant les OGM. «Dans ce dernier cas, la méfiance des consommateurs est renforcée par les scandales de la vache folle et du poulet à la Dioxine» a-t-elle déclaré.

Elle a indiqué que les dernières enquêtes publiées en France ont révélé que 70 à 75 % de consommateurs européens ne veulent pas consommer d’OGM.

De ce fait pour trouver des débouchés à ces produits indésirables en Europe, docteur Jeanne s’est inquiété du risque que l’Afrique soit le terrain de prédilection, sous prétexte que ce continent souffre de la faim.

Or, fait-t-elle remarqué, il est bien connu que l’Afrique produit suffisamment de nourriture pour nourrir tous ses fils, et que le problème crucial reste le transport des produits alimentaires entre des régions d’un même pays, ou entre des pays de différentes régions.

Mieux, elle a estimé que l’Afrique dispose encore de ressources génétiques alimentaires non encore exploitées par la recherche scientifique nationale qui a du mal à financier ses activités la plupart du temps.

Selon elle, au Bénin, en mars 2002, un moratoire de 5 ans a été décrété par le gouvernement, en collaboration avec la société civile. Ce moratoire interdit l’importation, la circulation et la commercialisation.

«Jusqu’à ce jour, aucun décret d’application de ce moratoire n’a été pris, du fait, entre autres, de pression des multinationales sur les autorités politiques du pays» a-t-elle regretté.

Elle révélera que les offensives des multinationales ont été si efficaces au Burkina Faso que depuis juillet 2003, des essais sur le coton B.T. sont effectués au champs, dans des conditions de protection douteuses.

L’experte Béninoise dira, qu’au Sénégal, des informations non officielles font état d’essais au champ depuis plusieurs années, et d’introduction de maïs génétiquement modifié dans l’alimentation.

En ce qui concerne le Mali, Dr Jeanne a révélé que les pressions des multinationales et de l’USAID sont très fortes sur les autorités publiques. «Des essais clandestins seraient même en cours» a-t-elle déclaré.

Quand à la Côte d’Ivoire et le Niger, elle a indiqué que tout porte à croire qu’ils sont favorables aux OGM. Cependant, elle a révélé qu’aucune information ne circule sur l’introduction des OGM en Guinée Conakry, en Guinée Bissau et au Togo.

A propos des OGM dans l’alimentation, la généticienne a indiqué que force est de reconnaître que tous les pays de la sous-région qui reçoivent du maïs de l’aide alimentaire des Etats-Unis, via le programme alimentaire mondial (PAM), l’USAID, et Catholic Service relief ou Caritas (Carthwell), consomment des OGM.

Assane Koné

22 juin 2005