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jpg_21909_11.jpgIl y a une dizaine de jours, les retardataires se bousculaient devant les guichets des différentes zones agricoles pour régulariser leur situation, pour ne pas s’exposer à des sanctions. Dans les marchés de la zone, le riz «

» se vend en moyenne à 300 Fcfa le kg aux consommateurs. Alors que le paysan le cède généralement à 270 Fcfa aux commerçants.

Dans toutes les zones de l’Office, la production céréalière est globalement excédentaire par rapport aux années précédentes. Et pourtant, les prix des céréales, singulièrement celui du riz, n’ont pas baissé. Bien au contraire. Comment expliquer cette situation paradoxale qui intrigue l’opinion depuis des mois ?

Début avril, nous sommes au marché de Kolongotomo, bourgade située dans la zone de production agricole de Macina. Moussa Dembélé y tient une boutique de céréales. Depuis une dizaine d’années, il vend du riz au détail et sert également d’intermédiaire entre les paysans et les commerçants venus de Bamako ou d’ailleurs. Son magasin ne contenait que quelques sacs de riz.

« Constatez vous-même s’il y a du riz ici. Je n’ai pas plus de 5 sacs de riz. En réalité, il n’y a presque plus de riz à l’Office du Niger. La preuve est que des producteurs eux-mêmes viennent acheter du riz chez moi tous les jours », assure le commerçant.

Bourama Diarra est un jeune paysan âgé de 38 ans. Il partage le même avis que le commerçant et témoigne : « beaucoup de producteurs ont fait de mauvaises récoltes. En effet, si certains paysans ont reçu les engrais subventionnés au bon moment, d’autres ont été servis tardivement. Au lieu d’utiliser deux sacs de DAP et autant d’urée, beaucoup de paysans ont été obligés de se contenter de quatre sacs d’urée ».

Situation paradoxale

Pourtant le directeur de zone, Auguste Drago, a une autre appréciation de la situation. Il est convaincu que les paysans ont suffisamment de riz dans les greniers. Mais ils ne sont pas prêts à brader leurs récoltes. Cette affirmation est confirmée par le délégué syndical des paysans de la zone qui est également le délégué général adjoint de l’Office du Niger.

Pour lui, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu une grande production cette année. Mais il précise : « Pour rembourser nos crédits et prendre en charge nos familles, nous avons sommes obligé de rentabiliser au maximum notre riz. La cherté actuelle de la vie nous oblige à nous adapter. Nous avons commencé à sensibiliser les producteurs dès les premiers jours de la campagne ».

Selon notre interlocuteur, ce que les analystes qualifient de situation paradoxale est le signe que les producteurs savent désormais faire des calculs. Selon le responsable syndical des producteurs, le prix du riz sera désormais fonction du coût d’exploitation. Le compte d’exploitation d’un hectare de riz sans subvention des engrais est estimé à 690 800 Fcfa.

Le coût de production du kilogramme de riz est estimé à 115 Fcfa. Ainsi la valeur de la production nette serait de 870 000 Fcfa. Le revenu net à l’hectare est estimé à 179 200 Fcfa.

Si l’on tient compte de la subvention de l’engrais comme ce fut le cas lors de la campagne dernière à la faveur de l’Initiative Riz, les charges baissent alors à 642 300 Fcfa. Le coût de production du kg est alors évalué à 107 Fcfa. Le revenu net du producteur grimpe alors à 227 700 Fcfa.

 » Ceux qui n’ont pas les moyens d’entretenir convenablement leurs champs ne peuvent pas faire une bonne récolte », souligne Bourema Diarra de Dogofiry, premier vice-président de la chambre locale d’agriculture de Niono. Pour ce paysan, le renchérissement du riz est lié au remboursement de dettes contractées par les paysans auprès des caisses d’épargne et de crédit ou de la BNDA. « Au niveau de ma zone, une bonne partie de la production est stockée dans les magasins aux bons soins des associations villageoises », assure Bourema Diarra.

Mamadou Camara, exploitant agricole à Niono, lui, loue les bienfaits de l’Initiative riz. Grâce à la subvention des engrais dans ce cadre, les producteurs de la zone de Niono ont pu, de son point de vue, s’acquitter à presque 100 % de la redevance d’eau. Ils ont également réussi à régler leurs dettes. « Aujourd’hui, l’Initiative riz a redonné de l’espoir aux paysans qui n’étaient plus solvables auprès des institutions de microfinance et des banques », témoigne le directeur de zone de Niono.

Auguste Drago estime que toutes les retombées de l’Initiative riz ne seront visibles que dans quelques années. « Si vous voyez que le prix du riz ne baisse pas c’est parce que les producteurs sont en train de rattraper les pertes causées par la campagne agricole 2007-2008 ».


L’offre de la demande

Evoquant la problématique de la gestion et de la commercialisation, il explique que le riz est un produit commercial comme les autres qui obéit donc à la loi économique de l’offre et de la demande. Par ailleurs des producteurs ont préféré payer les crédits d’engrais en nature, explique-t-il, en pointant un doigt accusateur sur les commerçants intermédiaires qui achètent le kg de riz à 295 Fcfa pour le revendre à 350 Fcfa. Et cela à seulement environ 300 km du lieu de production.

Or, selon lui, le transport ne coute que 12,5 Fcfa par kg. C’est dire que le commerçant fait un bénéfice net de 42,5 Fcfa sur chaque kg, soit 42 000 Fcfa par tonne.
Du point de vue du préfet de Niono, Alassane Diallo, les grands commerçants de la capitale qui pensent à tort que l’Initiative riz était dirigée contre eux ont investi les marchés depuis les premiers jours des récoltes.

Et aujourd’hui, ils montent délibérément la pression pour bénéficier de mesures d’exonérations sur le riz importé. « Au cours de ces dernières années, une poignée de commerçants ont largement tiré profit des mesures d’exonération prises par les pouvoirs publics pour soulager les consommateurs. Heureusement que le gouvernement a lancé l’Initiative riz qui a le grand mérite de promouvoir la production locale de riz», analyse le préfet.

Pour lui, si le programme a connu des insuffisances notamment dans la gestion des marchés des engrais et l’absence de stratégie efficace de commercialisation, l’initiative doit être encouragée et poursuivie.

En début de mois, le prix du kilo de riz paddy atteignait le seuil de 310 Fcfa au marché central de Niono. Mais selon les analystes locaux, la situation n’a rien d’étonnant car les récoltes sont faites depuis décembre. Ils estiment que le prix du riz a toujours été élevé en cette période de l’année.

« Les ventes de riz ont commencé depuis septembre. C’est à ce moment que l’Office des produits agricoles et maraichers aurait dû acheter le surplus de production. Le gouvernement nous a demandé de ne pas brader le riz car l’Opam viendra acheter le surplus de production. Mais après deux mois de rétention des stocks, nous ne pouvions plus tenir. L’Opam ne venant pas, nous avons été obligés de vendre le riz pour des raisons de survie », assure Salif Bouaré, un paysan.

Dans moins de 3 mois, la récolte du riz de contre-saison (13 000 ha) va commencer. Si c’est vrai que les paysans stockent encore une grande quantité de riz, ils seront bien obligés de la vendre pour rembourser les derniers crédits bancaires et payer des équipements pour préparer la campagne agricole prochaine. En ce moment, les marchés seront bien approvisionnés, mais il est peu probable de voir les prix baisser.

A. M. CISSE


Banque de céréales : Des contre-performances à Niono, Séribala et Yérédon Saniona

Même dans les zones de forte production agricole, les banques de céréales jouent un rôle important. Dans le cercle de Niono, bastion de la production de riz, les banques de céréales soulagent les foyers démunis en période de soudure.

La banque de céréales de cette commune rurale avait été dotée de 20 tonnes de mil et de sorgho en 2006. Aujourd’hui, elle ne renferme que 11, 6 tonnes de mil. En banque, le solde est de 347 000 Fcfa.

L’origine de cette contre-performance se situe en 2008 : la boutique de proximité est alors contrainte de vendre le sac de 100 kg de mil à 7 500 Fcfa pour influer sur le prix du marché qui avait grimpé jusqu’à 15 000 Fcfa.

Cette opération a donc coûté à la banque de céréales un manque à gagner de près de 5 tonnes. Mais les objectifs du comité de gestion ont néanmoins été atteints à moitié.

« Puisque toutes les banques de céréales de la commune ont vendu leurs stocks au même moment sur recommandation du Commissariat à la sécurité alimentaire, le prix du marché a du coup, baissé jusqu’à 7500 Fcfa, le sac de 100 kg », témoigne Tiémogo Sogodogo, le représentant des structures techniques au sein du comité de gestion.

« Nous serons obligés d’acheter du mil dans les prochains jours avec les 347 000 Fcfa dont nous disposons, car je suis sûr que le prix du marché (15 000 Fcfa actuellement dans le cercle de Niono) va encore grimper », explique notre interlocuteur.

En 2008, la banque de céréales de Séribala disposait de 21,5 tonnes de riz d’une valeur marchande de 2,4 millions de Fcfa. Mais cette année, la boutique est presqu’en faillite avec seulement 13,2 tonnes et 162 000 Fcfa en caisse. Des mauvaises langues avancent que la caisse a contribué à hauteur de 300 000 Fcfa aux dépenses de funérailles lors du décès du maire de la commune. Le comité de gestion a été sommé de rembourser la somme dans les meilleurs délais.

La commune de Yérédon Soniona est composée de 15 villages et 3 hameaux pour une population de 24 652 habitants. Ici, la banque de céréales a été victime d’une gestion calamiteuse. Dans le magasin, il n’y a plus que 2,1 tonnes de céréales tandis que la caisse du comité de gestion ne contient que la modique somme de 4 500 Fcfa.

A. M. C


Ce que coute un hectare de riz

Le prix du kilogramme du riz à l’Office du Niger sera fixé en fonction du coût des charges d’exploitation. Mais cette mesure somme toute logique, serait pour beaucoup dans la hausse des prix des céréales cette année.

En effet, la main d’œuvre devient de plus en plus chère dans la zone. L’acquisition des engrais dont le sac se vendait à 27 500 Fcfa, était un vrai cauchemar pour les producteurs.

Heureusement que ces intrants reviennent désormais beaucoup moins cher grâce à la subvention accordée par le gouvernement pour 5 ans à partir de campagne agricole 2008-2009.

Pour entretenir un hectare de terre à l’Office du Niger, il faut débourser 13 500 Fcfa pour la préparation des semis et l’entretien des pépinières. La préparation du sol (labour, nettoyage, planage) nécessite 60 000 Fcfa. Il faut 52 500 Fcfa pour arracher les plants et repiquer la parcelle.

La fertilisation du sol (avec les engrais DAP ou Urée) demande un investissement de 87 500 Fcfa. Au moment du désherbage, il faut encore mettre la main à la poche (10 000 Fcfa). Et ce n’est pas tout. Les produits phytosanitaires vous coûteront 7 500 Fcfa.

Au moment de la récolte, il faut encore faire un effort de 12 500 pour moissonner. Après quoi, la récolte doit être mise en moyettes puis en gerbier avant le battage.

Et là encore, il faut débourser 94 000 Fcfa.
Le paysan achètera ensuite 80 sacs vides et de la ficelle à raison de 285 Fcfa l’unité. Pour mener à bien toutes ces opérations, il faut évidemment louer les services d’autres personnes qui seront payées à 150 000 Fcfa. Dès que les sacs sont prêts, le producteur doit payer 16 000 Fcfa pour transporter les 80 sacs récoltés.

Il reste encore des dépenses à faire : le vannage (16 000 Fcfa) et la redevance d’eau (67 000 Fcfa).

A. M. C

Essor du 15 Avril 2009