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L’Office du Niger n’a toujours pas trouvé une solution définitive à la récurrente question de la redevance eau qui revient comme un serpent de mer. Le nouveau contrat plan tripartite (Etat, Office du Niger, Exploitants) annoncé pour bientôt ne donnerait pas plus de garantie.

L’attention du visiteur qui passe pour la première fois dans la zone Office du Niger est inévitablement attirée par ces champs de riz qui s’étendent à perte de vue sur plusieurs milliers d’hectares.

Grâce à un réseau de canalisation datant de la période coloniale mais gardant encore toute la résistance et son efficacité des premières heures, la zone de Niono donne la captivante image d’une ville vivant entre les canaux d’irrigation. La culture du riz, alternée en contre saison avec celle des légumes, est depuis des années la principale source de revenu pour les populations.

Gérée par l’Office du Niger, l’exploitation de ces terres se fait suivant un mode de partenariat associant l’Etat, les exploitants et l’Office. Ce dernier doit, entre autres attributions mettre à la disposition des paysans la quantité d’eau et d’intrants nécessaires pour l’exploitation des terres.


Toujours d’actualité

La question de la redevance eau ne date pas d’aujourd’hui. Depuis l’époque coloniale, la gestion de l’eau à l’Office se fait toujours de concert avec les paysans, indique Zié Coulibaly, le chef du service gestion eau de la zone de N’Débougou.

La taxe d’eau a été toujours perçue sur les exploitants agricoles. Pour notre interlocuteur les responsables de l’Office sont actuellement entrain de gérer cette question de concert avec les paysans.

C’est toujours un arrêté ministériel qui fixe le niveau de la redevance, et, celle qui est actuellement appliquée date de trois ans et a été fixée par le contrat en cours, déclare-t-il en spécifiant, au passage qu’il existe plusieurs niveaux dans la taxation.

La première classe est la taxe appliquée dans des zones réhabilitées où le service de l’eau est correct. Là, la redevance eau est de 67.000 F CFA à l’hectare.

La deuxième classe est constituée, des zones non réhabilitées mais où le service de l’eau est également bon ; la redevance est de 50.000 F CFA à l’hectare.

Les paysans ayant leurs champs dans la dernière classe, constituée des zones hors casiers, donc non encore aménagées, ont leur redevance eau fixée à 49.000 F CFA à l’hectare.

Cette tarification, a été à la base de nombreux soubresauts au niveau de la zone office en général. Etant constamment dénoncée par les exploitants qui la jugent trop élevée.

La question de son retrait n’est même pas à envisager, déclarait dernièrement un des premiers responsables de l’Office. Avec fermeté, celui-ci laissait entendre dans une déclaration, que « ceux des exploitants qui négligeraient de payer à l’Office le montant de sa redevance, seront chassés des terres sans aucune pitié ».

Une menace qui a effectivement été mise en application cette année avec plusieurs dizaines d’exploitants évincés de leurs terres, apparemment, pour mauvaise foi manifeste. Pourtant, l’Etat, pour minimiser les cas d’éviction, leurs a donné un délai au-delà du 31 mars, délai de rigueur.


Annoncé à peine et déjà dénoncé

Pour impulser un nouveau dynamisme à l’Office, plongé dans une crise profonde, le PDG Seydou Idrissa Traoré, s’est dit totalement favorable à l’élaboration d’un nouveau contrat plan qui permettra à un plus grand nombre de femmes, d’accéder aux terres pour des activités maraîchères pendant la contre saison.

Dans ce contrat plan, il était attendu un changement de taille notamment par rapport à la redevance eau. Mais, le contrat plan en gestation, selon nos informations, prévoit plutôt d’équilibrer la taxe de contre saison avec celle de la saison. Pendant la contre saison la taxe est de 6 000 F CFA à l’hectare.

Les paysans commencent à dénoncer cette nouvelle mesure. Dans les localités comme N’Débougou, Kourimari, Molodo, Dogofry, la question au centre de tous les débats.

« C’est une chose que nous ne pouvons accepter » s’écrie Daouda Togola, un exploitant venu de la zone de Nara.

Détenteur d’une superficie de 05 hectares, Yacouba Coulibaly, un autre paysan qui a vingt quatre années de pratique agricole derrière lui, affirme : « nous sommes fermement opposés à la double taxation que veut nous imposer l’Office ». Avant d’attirer l’attention des responsables sur une mesure qui risque de réveiller les vieux démons.

Le délégué général des exploitants agricoles de l’Office du Niger, Abdoulaye Dao, tente de faire baisser la tension. Tout en reconnaissant la volonté qui anime les responsables de l’Office de rehausser la taxe de l’eau pendant la contre saison en l’harmonisant avec celle de la saison, il estime qu’il s’agit d’une simple prévision qui n’a même pas encore commencé à être formalisée.

« Je demande à tous les exploitants agricoles de garder le calme car, même si l’information est donnée, rien ne prouve que son entrée en vigueur est prévue pour bientôt » tempère-t-il.


Envoyé spécial

Oumar Diamoye

1er novembre 2007.