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La crise ivoirienne consécutive au refus obstiné de Laurent Gbagbo, président sortant, de céder le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara, président élu et soutenu par la communauté internationale et les institutions sous-régionales ( Cédéao et UA) a tourné hier au Mali, à l’ambassade de la Côte d’Ivoire, située à ACI-2000, à l’affrontement entre des éléments des forces de sécurité maliennes et les partisans du Rassemblement des houphouétistes. On dénombre de blessés.

Si la manifestation des partisans favorables à Alassane Dramane Ouatara à l’ambassade de la Côte d’Ivoire en France s’est déroulée sans violence, cela n’a pas été le cas au Mali. L’occupation de la représentation ivoirienne au Mali, par les Houphouétistes a tourné à l’affrontement entre policiers et protestataires.

Mercredi matin aux environs de 8 h 30, à l’appel de la désobéissance civile lancée par ADO, il y a quelques jours, une quarantaine de ressortissants ivoiriens installés au Mali et favorables au camp ADO, avaient occupé les locaux de l’ambassade. Cette occupation ne fut que de courte durée. Des éléments des forces de sécurité qui avaient bouclé toutes les issues qui mènent à l’ambassade ont été rappelés par leurs chefs hiérarchiques afin de les faire déguerpir.

En effet, l’ambassadeur Ahipeaud Noël, nommé par Gbagbo, n’avait pu rejoindre son bureau. Après un bref entretien avec des commissaires de police, il a été placé en lieu sûr en ville. Peu après le départ de S. E. Ahipeaud, les forces de sécurité, sur instruction de leurs chefs, sont entrées dans l’enceinte de l’ambassade. Et c’est sans ménagement que les occupants ont été délogés.

Certains manifestants que nous avons rencontrés sur les lieux avaient de blessures au visage, d’autres se plaignaient de douleurs suite aux coups reçus. Donatien Midjono, porte-parole du mouvement du RHDP à Bamako raconte : « Ce matin nous sommes venus et nous avons demandé au personnel de l’ambassade de sortir puisque le président ADO a lancé un mot d’ordre de désobéissance civile. L’ambassadeur du Mali a été rappelé, mais il refuse de partir. Nous avons occupé l’ambassade, mais les autorités maliennes appellent leurs policiers qui font irruption au sein de l’ambassade pour nous faire sortir par la violence. Ils ont blessé certains d’entre nous.

C’est le contrôleur général de la police du 14e arrondissement. Franchement, le comportement qu’ils ont eu ne me surprend pas. Avant d’arriver à l’ambassade nous savions que les policiers seraient là et effectivement ils étaient là. Notre objectif est de l’empêcher (Ndlr, l’ambassadeur) de travailler. Dans l’enceinte de l’ambassade, nous n’avons touché à rien, pas même le gazon. Nous avons demandé à ne toucher à personne de l’ambassade, de ne rien gâter. Ces consignes ont été respectées par tous. L’ambassade ne relève pas des autorités maliennes.

C’est une action au sein de l’ambassade donc du territoire ivoirien en République du Mali. J’estime que nous n’avons aucune autorisation à demander à qui que ce soit si c’est l’enceinte de l’ambassade. Nous étions tout simplement venus demander à l’ambassadeur Ahipeaud de partir. Nous étions venus pour négocier son départ, mais ce que les policiers ont fait est scandaleux. Nous avons des liens très étroits avec le Mali et nous respectons les Maliens ».

Délogés de l’ambassade, les protestataires n’ont pas pour autant abandonné leur action qu’ils promettent de continuer jusqu’à leur satisfaction. Et c’est, aux cris d’ADO ! ADO ! ADO !!!!! qu’ils étaient toujours, aux environs de 10 h massés à proximité des locaux de l’ambassade sous l’œil vigilant de leurs surveillants policiers.
L’intervention des forces de sécurité pour déloger les occupants était-elle un signe d’allégeance au camp Gbagbo ?

La réponse est oui pour des Ivoiriens qui estiment que depuis l’éclatement de la crise, le Mali, à travers ses plus hautes autorités, adoptent une position ambiguë. En effet, si plusieurs Etats africains ou institutions internationales reconnaissent clairement la légalité et la légitimité d’ADO, notre pays, à travers nos plus hautes autorités, est dans l’indécision.

Denis Koné

30 Décembre 2010.