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Le ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable a donné le ton vendredi dernier, dans la forêt classée de la Faya

Cette opération est le début d’une vaste campagne d’expulsion qui s’étend sur l’ensemble du territoire national. Le but est de mettre fin à l’exploitation anarchique de nos forêts classées tout en permettant aux détenteurs de contrats d’aménagement ou de concession de pouvoir continuer à mettre en œuvre leur cahier de charges dans le respect strict des dispositions en vigueur. Afin de préserver nos forêts et en faire des leviers de notre développement. 

Le Mali dispose de 112 forêts classées et périmètres de protection d’une superficie de 1.338.991 hectares, soit moins de 1% du territoire national. Habitat de la faune sauvage réservoir de nos ressources ligneuses et de la biodiversité, ces espaces naturels font l’objet d’occupation anarchique entraînant leur dégradation accélérée. 


La forêt classée de la Faya, située à 45 km de la capitale dans la Région de Koulikoro, en est une illustration parfaite. Ce couvert végétal de 80.000 hectares, situé entre le fleuve Niger et la route nationale n°6 (l’axe Bamako-Ségou), a été érigé en forêt classée en 1943 par l’administration coloniale.

L’objectif était de protéger les ressources ligneuses en vue d’assurer l’approvisionnement en bois d’énergie et de chauffe. En 2015, dans le cadre du partenariat public-privé, l’espace est passé sous contrat d’aménagement (concession de la gestion à un particulier pour une période déterminée), à la société TAM Voyages. Mais, 80 hectares de cette forêt étaient occupés par un individu du nom de Hamady Kindy Bathily dit Puma. 


Ce dernier serait connu « pour avoir bâti sa fortune sur la spéculation foncière à coup de corruption de la justice et des services des domaines de l’État », affirme le conseiller juridique du département en charge de l’Environnement, le magistrat Joseph Traoré.

Selon le haut fonctionnaire de la justice, c’est pour mettre fin à ces procès à répétition qui entravaient toute action d’expulsion, que le ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Modibo Koné a décidé d’ appliquer la loi n°10-028 du 12 juillet 2010, déterminant les principes de gestion des ressources du domaine forestier national. 


En son article 113, elle dispose que : « L’expulsion des occupants et de leurs biens hors du périmètre classé peut être effectuée d’office, par les agents des eaux et forêts lorsqu’ils sont accompagnés d’un huissier de justice, d « un officier de police judiciaire ou d’un représentant des autorités locales dans le cas d’occupation du domaine forestier classé en violation des dispositions de la présente loi ».

En application stricte de cette disposition législative, Joseph Traoré a dirigé une opération d’expulsion le vendredi dernier sous la protection des agents des forces de l’ordre. Le magistrat était accompagné d’un huissier de justice et du directeur régional des eaux et forêts de Koulikoro, Boubacar Coulibaly. Au cours de l’opération, des infrastructures, dont un dispositif d’adduction d’eau ont été démolies et mises sous scellé.

Selon le directeur national des eaux et forêts, l’inspecteur général Ousmane Sidibé, l’opération qui a coûté 900.000 Fcfa doit être à la charge de l’intéressé, conformément à la loi. Pour éviter de retarder le processus, le supposé contrevenant pourrait se prévaloir de son insolvabilité pour payer les frais, la direction nationale des eaux et forêts a pris les devants pour financer l’opération, explique l’officier. 


«Il était temps qu’on passe à l’action pour sauver ce qui nous reste de forêts», s’insurge-t-il. Car, à l’en croire, beaucoup de gens se croient intouchables. Ils profitent ainsi du climat d’impunité qui s’est installé dans notre pays, pour tout se permettre.

Pour le chef des opérations, Joseph Traoré, cette action est le début d’un processus qui va s’étendre sur l’ensemble du territoire national. Toutes les forêts classées qui font l’objet d’occupation illicite, seront libérées par nos soins, promet l’homme de loi. Il invite tous les occupants des forêts à adhérer à l’esprit de libération volontaire des espaces prônés par le département, avant d’être expulsés de force.

Cheick Amadou DIA

Source: L’Essor