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Dans la gestion de la crise du nord du Mali, Kidal est restée un imbroglio politique doublé d’un enjeu d’influence de l’ex-puissance coloniale. Une grande coalition visant à faire échec à une volonté hégémonique de l’Etat français est en gestation. Elle est conduite par Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djikoroni, âgé aujourd’hui de plus de 80 ans.

jpg_une-2475.jpgEx-secrétaire à la presse et secrétaire politique de l’Union soudanaise (Us-RDA), cet octogénaire, compagnon de lutte du premier président du Mali indépendant ne mâche pas ses mots. «Le Mali est sous occupation, y compris militairement», a tranché l’enseignant reconverti en libraire. Selon lui, la détection de 161 000 tonnes d’or et un potentiel pétrolier équivalant aux deux tiers de la production algérienne et libyenne combinée, entre autres, mettent le nord du Mali au centre d’un véritable enjeu géostratégique internationale. Les bases militaires occidentales au Niger, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, entre autres, ne sont pas pour faciliter des solutions internes aux crises politiques que ces pays doivent faire face.

La manifestation de cette doctrine est le «statut particulier» imposé à Kidal par la force française Serval dans le processus de libération du nord entamé depuis janvier 2013. Ce dossier devenu épineux dans la collaboration franco-malienne irrite les maliens jusqu’au sommet de l’Etat. Le gouvernement s’est imposé comme ligne de conduite de ne négocier avec les groupes rebelles qu’après le dépôt des armes. Cette volonté manifestée par le président de la République trouve un écho favorable au sein de la classe politique et de la société civile malienne.

Le dimanche 29 décembre 2013, la coordination malienne des organisations démocratiques (Comode) a organisé une marche pour exiger la libération de la région de Kidal, encore occupée par des groupes armés du mouvement national de libération de l’azawad (mnla) et du haut conseil pour l’unité de l’azawad (hcua). Le lendemain, une conférence de presse marquant le 23ème anniversaire de la marche unitaire des mouvements démocratiques tenue le 30 décembre 1990 a été mise à profit par les responsables de cette association qui se veut une sentinelle de la démocratie pour affirmer leur «soutien total» au chef de l’Etat et au gouvernement dans la politique visant la «pleine et entière exercice de la souveraineté du Mali sur Kidal».

Le Mali, disent-ils, est reconnaissant à la France, à la Cédéao, et à l’Ua» qui ont porté un secours au pays dans cette phase critique de son histoire. Mais l’honneur, insistent-ils, impose à chacun de préserver sa dignité. Comme proposition de solution durable à la crise, Ali Nouhoum Diallo, président de la Comode et non moins ancien président de l’Assemblée nationale du Mali, estime important une éventuelle démocratisation des sociétés touaregs de ladite région caractérisée par un système féodal. «Tant que la société de l’Adrar ne va pas se démocratiser, il y aura toujours des problèmes à Kidal», a souligné le président de la Comode. Avant d’indiquer qu’il est «inadmissible d’élève les rebelles à la même hauteur du président de la République dans la perspective des négociations».

A l’initiative d’Amadou Seydou Traoré, une première réunion prévue à la Pyramide du souvenir pose, le samedi 4 janvier 2014, les jalons d’une vaste coalition d’organisations hostiles à la gestion politique de la question du nord par la France. «Nous sommes prêt à répondre à l’appel du doyen», a assuré Ali Nouhoum Diallo.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE

Le 3 Décembre 2014