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La ville de Douentza est tombée entre les mains des islamistes armés, lesquels étendent leur zone d’influence à la cinquième région. Mais l’occupation de cette zone est surtout le résultat des dissensions qui secouent la milice d’autodéfense Ganda Izo auparavant maître des lieux.

Samedi 1er août, des moudjahidines du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest), sont entrés dans la ville de Douentza pour en prendre le contrôle, après avoir neutralisé les éléments de la milice d’auto-défense Ganda Izo. Cette localité est située à quelques encablures de Sévaré, près de Mopti, où se sont regroupées les forces armées et de sécurité en provenance de Tombouctou, Gao et Kidal, renforcées par des éléments d’autres régions. Contrôlée d’abord par le Mouvement national de libération de l’Azawad, la ville de Douentza est restée sans contrôle après la déroute du Mnla, en juin dernier, jusqu’à l’arrivée des jeunes du mouvement Ganda Izo. Avec l’aide matérielle (armes, munitions et véhicules) et financière du Mujao, ceux-ci se sont officiellement chargés de sécuriser la ville contre le retour éventuel du Mnla, mais aussi contre des bandes de pillards qui sévissent de part et d’autre de la frontière avec le Burkina Faso. Officieusement, ils s’en servaient comme base-vie et camp d’entrainement dans l’espoir d’accompagner éventuellement les forces armées et de sécurité régulières dans la reconquête du nord.

Mais à l’instar de l’autre mouvement d’autodéfense, Ganda Koy, qui lui est basé à Soufouroulaye, près de Sévaré, les dissensions n’ont pas tardé à naître au sein de Ganda Izo. Outre les querelles de leadership et les divergences de vue dans la stratégie à adopter, le ralliement total au Mujao a créé d’autres motifs de discorde entre les responsables de la milice. Pour les uns, il n’est plus question de continuer la collaboration avec le Mujao depuis que les islamistes ont commencé à appliquer de manière violente et radicale la loi islamique dans la région de Gao qu’ils contrôlent depuis le le 31 mars. Aux yeux de ces contestataires, malgré l’aide et la sécurité relatives qu’il apporte aux populations locales, le Mujao ne peut être considéré comme un ami ou un allié sûr, mais plutôt comme un envahisseur, un occupant donc un ennemi.

De plus, estiment-ils, les islamistes n’ont jamais joué franc jeu dans la collaboration avec Ganda Izo. Pour preuve, à la demande du Mujao, une centaine de combattants de la milice ont été cantonnés à Gao d’où ils sont censés encadrer et appuyer les patrouilles de jeunes pour la sécurisation des populations des grandes localités de la région de Gao. Mais à ce jour, ces combattants n’ont jamais été dotés en armes et munitions ou en moyens de déplacement. Pire, au lieu des 300 000 Fcfa promis par mois et par personne, ils n’auraient droit qu’à une simple ration alimentaire. D’où la défection de nombre de ces combattants partis rejoindre leur village natal.

Cependant, cela ne semble pas décourager l’autre tendance qui appelle à continuer la collaboration avec les islamistes, pour des considérations religieuses ou pour des intérêts inconnus. Il semble que ce soit plus pour ces intérêts particuliers que pour des raisons religieuses parce que, malgré les flagellations et mutilations appliquées ça et là, il est certain que les motivations et agissements du Mujao dirigé par Abdel Hakim sont plus liés aux activités lucratives qu’aux considérations religieuses.

C’est d’ailleurs pour préserver ces intérêts que les moudjahidines, qu’on est parti chercher jusqu’à Gao, ont accédé à la requête de cette tendance de déloger et de désarmer l’autre tendance restée à Douentza et dont les éléments sont accusés de racketter et rançonner les populations locales et les voyageurs de passage.

Cette ville ne semble pas intéresser le seul Mujao. En effet, depuis quelques semaines, des éléments d’Aqmi, qui contrôlent la région de Tombouctou, y font de fréquentes incursions. Ils auraient fini par établir une connexion avec les plus radicaux du Mujao et pourraient en profiter pour étendre leur zone d’influence. Surtout que la région de Mopti ne semble guère intéresser le Mujao qui se contenterait de Gao.

Malgré ce regain d’intérêt des uns et des autres, il y en a que la ville de Douentza ne semble pas intéresser. Ce sont les forces armées et de sécurité régulières. Elles sont à Konna, une localité située à 60 km de Sévaré, à 100 km de Douentza. Elles se disent prêtes depuis des mois à lancer l’assaut sur le nord. Cependant, elles n’ont pas profité de l’absence de contrôle sur la ville de Douentza pendant des mois pour y établir une base avancée et modifier la ligne de front. Même quand Ganda Izo, quand même sans beaucoup d’armes et de matériels, y régnait en maître, l’armée n’a pas pu avancer.

Comme si elle avait définitivement consommé la perte totale du nord. Accompagnerait-elle la force en attente de la Cédéao au cas où celle-ci venait à accepter la requête du président de la République ?

Cheick Tandina

Le Prétoire du 6 Septembre 2012