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Le gouvernement veut mettre sous surveillance la rive droite de la cité avec une pression maximale afin de trouver une solution crédible au scandale foncier y opérant. On ne pourrait du reste rien imaginer de plus efficace. En effet, en attendant la procédure à enclencher, le timing de la démarche du ministre Sagara ne laisse pas de place au doute.

Aujourd’hui, tous les riverains du Djoliba (ce fleuve dont le nom mythique signifie « la grande veine du sang » du pays) vous le diront : il y a comme une menace systémique sur le fleuve avec une probabilité de dégradation avancée. Le ministre Sagara veut mettre quelque chose sur les rails à partir de sa visite « sur terrain ». Il est venu, il a vu et nous avons vu avec lui, à la télé, ces murs qui plongent dans le fleuve. Agaçante ou vertueuse, la démarche de David Sagara est là et interpelle.

Ce qui est dénoncé aujourd’hui est plus lié à des facteurs politiques qu’aux fondamentaux économiques. C’est parce que les hommes de notre cité ne se seraient pas acquittés de certains droits environnementaux que dame Nature a usé de ses débordements. Notre cadre environnemental a besoin d’une politique rigoureuse, structurée, efficace, mais surtout capable de tenir ses engagements sur le moyen et le long terme. Le ministre Sagara veut mettre clairement de la pression à travers cette « petite promenade » sur les berges. Mais cela veut-il dire qu’il y a des problèmes ? Nous disons que oui, et nous remercions à partir de ces colonnes en disant merci encore à tous les témoignages qui tomberont car le fleuve Djoliba n’est plus un fleuve tranquille à Bamako.

Dans notre cité de « Bamba Niaré », nous avons tous usé jusqu’à en abuser individuellement d’un système qui nous le permettait depuis plus de…30 ans. Tout est question de responsabilité. Le fleuve est « atteint » ici parce qu’à travers leurs faims de terres, les usagers plongent leurs ambitieuses envies jusque dans le lit du fleuve. On connaît la boutade. Mais ce n’est pas tout : il y a le problème des teinturières et celui des vendeurs de peaux qui « empoisonnent et dépigmentent » les eaux.
Redevenons des citoyens attentifs

C’est à travers un tremblement de voix qu’on retrouve le petit peuple de Bamako. Ces voix disent qu’à la prochaine révolution violente dans le pays, on s’en prendra à tous les signes extérieurs de richesses visibles dans les biens domaniaux et autres. On pourra toujours montrer du doigt une catégorie de la population à qui l’on veut faire porter un chapeau trop large pour elle. Mais l’affaire qui nous est donnée concerne tout le monde, et tous doivent participer aux solutions. C’est la rive droite qui se trouvait indexée l’autre jour. Ici, on se trouve en face d’une sorte « d’alchimie de gros bonnets » qui, comme le conquérant mahométan au VIè siècle, poussa son cheval une fois l’Égypte conquise jusqu’à la rencontre des premières vagues de l’océan en disant qu’ici s’arrêterait le territoire de l’Islam.

Il s’agit de dénoncer ici des actes de prédations sur les servitudes fluviales. Il y a un droit commun de la vente qui a vu le jour et qui ne peut remplacer les législations nationales en la matière. Peut-on faire bouger les lignes ? Une chose est sûre : les pouvoirs doivent désormais anticiper les réactions erratiques des constructeurs. Mais leur interdire de s’exprimer sur le sujet ne suffira pas à calmer le jeu. C’est bien de calmer le jeu qu’il s’agit. Si les berges du Djoliba sont prises aujourd’hui dans la licence, c’est une sorte de « lit de justice » qui en imposerait comme au temps des rois de France.

Le ministre Sagara a entrepris une démarche. Qu’il tombe les masques pour dire ce qu’il va instruire. Nous gardons jusqu’ici des intuitions sur son comportement qu’il lui viendra ou pas de valider. Nous demandons seulement à l’État d’assumer ses missions et ses responsabilités. Les ministres David Sagara et Mme Touré Fadima Diallo ne font pas le même boulot, mais on va dire ça comme ça qu’ils ont le même pouvoir commun dans cette gouvernance transitoire : si leurs regards ne se croisent pas (en interministériel) sur le sujet, ils finiront par le payer. Imaginons de notre côté une vision qui donne plein sens à la solidarité. Est-ce moral d’agrandir « son domaine » en marchant presque sur les eaux, aux frais de la collectivité en se disant seulement : « j’y ai droit » ? Il n’est plus question d’une réécriture rapide et limitée de nos textes règlementaires. Pour modifier tous les autres protocoles d’accord, il faut des mesures plus strictes ainsi qu’une obligation prise comme règle d’or par les gouvernants.

S. Koné

Le Combat du 9 Octobre 2012