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« Obamako », c’est l’initiative d’un noyau d’intellectuels maliens qui s’est approprié l’arrivée à la maison blanche de Barack Obama, considéré par les Africains comme un des leurs à travers sa peau ou ses origines.

A l’origine de cette initiative se trouvent des intellectuels comme Mme Dramé Kadiatou Konaré, Fily Kondé, Djeneba Diakité, Marianne Oliver, Djafar Thiam et Adam Thiam. Pour célébrer ce 20 janvier, l’investiture du 44ème président des Etats-Unis, « Obamako » a organisé un concert de Cora et un débat sur la présidence d’Obama, la nuit du 19 au 20 janvier au musée de Bamako. Les débateurs en étaient des grands intellectuels comme Chéibane Coulibaly de l’Université Mandé Boukari, Marianne Oliver, Thierno Monénembo, l’écrivain guinéen lauréat du prix Renaudot 2008 et Tiona Mathieu Koné, avec Adam Thiam comme modérateur.

Si Barack Obama était célébré en différents endroits de la capitale malienne, aucun autre n’a enregistré le témoignage d’un Malien qui a rencontré personnellement Obama en 2003, au cours d’une conférence qu’il donnait sur l’énergie nucléaire, quand il n’était pas Sénateur des Etats-Unis. Sénateur de l’Etat de Chicago, il était dans la course pour être Sénateur fédéral.

Le contact noué depuis lors, entre Baba Diawara et l’équipe de campagne d’Obama a été maintenu jusqu’à ce jour. Ce qui lui a permis de suivre l’évolution de l’homme qui est devenu le président le plus important du monde. L’initiative « Obamako » sait certainement ce qu’elle va faire de ce lien maintenu avec le président Barack Obama. En tout cas, lors de son témoignage l’assistance avait retenu son souffle, au musée de Bamako au bord du Djoliba et loin du Mississipi.

Plusieurs personnalités étaient présentes à cette célébration du président américain comme le doyen Ali Nouhoum Diallo, Tiebilé Dramé, Moustapha Dicko et un public nombreux. Les débateurs se sont attelés à ressortir des facteurs qui ont rendu possible l’élection d’Obama, parmi lesquels, la détermination qui n’existe pas sans la conviction, laquelle reposant sur la vérité, selon Thiona Mathieu Koné. A cela s’ajoute la disponibilité et l’humilité.

Cette élection, selon Chéibane Coulibaly, marque le couronnement d’un siècle qui a été marqué par tous des extrêmes, des guerres. Il s’agit d’un changement d’époque au centre duquel se trouve un homme qui a mis l’accent sur l’éthique, la compétence. Selon lui, Obama pourrait réduire la haine dans le monde.

Le slogan « oui, nous pouvons », n’est pas nouveau, selon Monénembo. Il est celui des années d’indépendance et qui s’est émoussé avec les coups d’Etat et les dictatures. Avec le retour de ce slogan, nous ne sommes plus en marge de la marche du monde, ajoute l’écrivain guinéen.

Si Thierno Monénembo explique la victoire d’Obama par son intelligence, la rationalité, la sympathie et la séduction que ce dernier incarne, selon Thiona Mathieu Koné, l’homme doit toutes ses qualités à ses origines et à son sang.

Il faut prier selon ce paneliste car bien qu’Obama ne soit pas un messie, il faut écarter un éventuel échec. S’il parvient à éteindre les foyers de tension, ce sont des fonds qui peuvent être injectés dans l’économie. Mais Djafar Thiam craint que l’exacerbation de l’arrogance israélienne au moment où Barack prend le pouvoir, ne soit pas un moyen de payer cher sa politique.

Oliver a avoué qu’elle a été surprise par l’élection d’Obama parce qu’il était brillant et avait tout contre lui, il nageait à contre courant. Son élection a donné une nouvelle vie, ajoute-t-elle, avec comme moteur, l’espoir. Mais, est-ce que nous, Africains, avons le même espoir en nous, s’interroge Oliver ?

Il ne faut pas tout attendre de Barack qui a eu son discours du candidat et qui sera un président qui a besoin de nous autres qui devons nous efforcer à être des petits Obama, car il est venu au centre des problèmes. Son arrivée à la maison blanche est le couronnement d’une longue lutte de minorités, depuis Martin Luther King auquel il se réfère dans ses interventions.

Une dynamique aussi loin que remontent les combats politiques d’Abraham Lincoln, de Rosa Park, de Martin Luther King, s’accordent à dire Moustapha Dicko et Sidi El Moctar Kounta.

Ce dernier affirme n’avoir pas été surpris de cette victoire qui a été annoncée par l’écrivain Aimé Césaire, dans le « Cahier d’un retour au pays natal » et par Martin Luther King dans « The dream ». Des extraits de ces documents ont été lus avec le talent du littéraire doublé du journaliste qu’est Sidi El Moctar Kounta, donnant du tonus à un public qui n’avait pas la température comme alliée, en cette nuit de grand froid à Bamako.

L’Afrique n’attend-elle pas trop d’Obama, un président élu par les Américains pour régler les problèmes américains, au moment où ce pays traverse des crises ? Un Obama est-il possible au Mali ? C’est-à-dire un président qui n’est pas d’origine malienne, a demandé Tiebilé Dramé, ancien ministre. Au Mali la constitution ne permet pas à un national qui n’est pas d’origine malienne d’être candidat à la présidentielle, fait-il remarquer.

C’est la problématique de la gouvernance en Afrique qui amène Monenembo à résumer la question de savoir, ce que l’Afrique peut faire pour l’Afrique. « En 50 ans d’indépendance, nous n’avons fait que des prisons et des exilés. Incapables de cohérence, on est loin de créer un Obama en Afrique et dans ces conditions, il serait impossible pour Barack Obama de nous aider en Afrique », a martelé le Renaudot guinéen.


B. Daou

21 Janvier 2009