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Dans quelques jours, le président métis aura bouclé les cent jours de sa présidence américaine. Sur le continent, gageons que l’événement ne passera pas inaperçu. Car l’Afrique aime la symbolique et Barack Obama est son représentant le plus célèbre et le plus adulé du moment.

jpg_o-5.jpgVoire sa bouée de sauvetage en ces temps où la vague démocratique échoue contre la digue des coups d’Etat sous leurs formes les plus diverses, où la jeunesse africaine préfère les incertitudes de la haute mer aux déchirantes certitudes du village, où le plus grand génocide a pour nom : palu et sida. Qui, de Bamako à Harare, en passant par Djibouti et Lilongwe, ne le connaît-il pas, ne l’invoque t-il pas ?

Nos femmes ne le quittent pas des yeux, sous le regard furax des maris subjugués par autant d’assurance mais passablement jaloux de n’être pas à la place du messie craquant. Et nos fils continuent à imiter jusqu’à sa coupe de cheveux.

La ferveur de l’investiture s’est un peu tassée, mais l’Afrique surveille Obama dans ses moindres faits et gestes. Et elle croit en lui. Le Luwo qui a probablement perdu un cousin sous les machettes à Kisumu, avait dit tout au long de sa campagne de popstar qu’il venait pour changer notre regard sur l’Amérique. Parce qu’il avait compris lui même que l’Amérique avait profondément changé.


La preuve :
elle l’a élu et de très belle manière, cette Amérique dont on pouvait pourtant penser qu’elle était restée sur la seule vénération du Dieu dollar, sur la peur de l’Autre et ses clichés réducteurs. Obama, pour la rue africaine est en train de tenir son pari.

Il a un peu énervé Sarko sur la Turquie vis-à-vis de l’UE, et c’est vrai que l’Américain a poussé le bouchon un peu loin. Mais tout ce qu’Obama fait est bien. Il avait encore mieux fait en tenant sur l’Islam des propos conciliants qui lui auraient valu la chaise électrique sous Georges Bush. Iran, Irak, Afghanistan ? Son approche est la meilleure et Inch’Allah, il réussira. D’ailleurs, voyons ce qui se passe à Cuba.

En moins de cent jours de présidence, le citoyen du monde, a fait ce que personne ne pouvait imaginer et qui n’est que le début : Raoul Castro, c’est certain, viendra en visite officielle et Obama ira esquisser quelques pas de salsa sous la magie du mythique Orquesta Aragon.

Et pour l’Afrique ? Ce fils du Kenya ne tarde t-il pas à déployer son agenda africain ?


Pas tellement :
au G20 à Londres, au début du mois, il l’a promis : l’Afrique ne sera pas oubliée. Et puis, ses réserves sur les élections algériennes, le communiqué américain pour que la Côte d’Ivoire aille aux élections cette année, tout ça c’est Obama, revendiquent ses inconditionnels. Vrai ou faux, l’Afrique a besoin de lui et implore son secours. Pas son argent. Mais son autorité morale, son leadership pour arrêter la dérive du continent.

Adam Thiam

Le Républicain du 15 Avril 2009