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Les prix montent mais ne parviennent pas à étouffer le goût de la fête.C’est demain la Saint Sylvestre ou le Réveillon du nouvel an. Le souhait de tous les jeunes Bamakois est de célébrer avec faste, la soirée du « 31 ». Un espoir qui passe nécessairement par la réalisation des trois « B » : « Bouffe » ; « Boisson » et « Boîte ». Pour les jeunes Bamakois, ces trois éléments sont indispensables pour réveillonner en beauté et s’engager du bon pied dans la nouvelle année. Ainsi, partout en ville, l’engouement pour la fête est perceptible.

jpg_st-sylvestre.jpgLes hôtels, bars dancings et autres restaurants s’apprêtent à recevoir une clientèle beaucoup plus nombreuse et exigeante que d’habitude. Des dispositions sont donc prises pour satisfaire les « fêtards ». Il s’agit, en effet, d’un jour particulier qui oblige à revoir, voire à modifier les habitudes en matière de prestations et voir grand. Il faut augmenter les commandes de boisson et de nourriture, rajouter des chaises et des tables, changer la décoration. Tout doit être « clean » et prêt avant la nuit du 31 décembre.

Dans les familles, les maitresses de maison et les chefs de famille se plongent dans les calculs pour chiffrer les dépenses, afin d’offrir aux leurs, mets fins et boissons à satiété, malgré une conjoncture économique difficile. Pour cette fête, même si l’imagination s’invite volontiers dans les cuisines, les menus reviennent parfois aux classiques poulet, pomme de terre et bananes plantains « aloco ».

Une fois les comptes équilibrés, la balle revient alors dans le camp des ménagères qui doivent s’efforcer de sortir de la marmite un plat savoureux, quelle que soit la somme remise pour payer les ingrédients. Du coup, les prix de certains produits fortement sollicités en cette période sont devenus la hantise des responsables de cuisine. En effet, depuis l’annonce des perturbations du trafic sur le corridor Bamako-Abidjan, les spéculateurs, comme à leur habitude, se sont livrés à leur exercice favori : la valse des étiquettes. Une dizaine de produits très sollicités dans la cuisine sont dans leur collimateur : huile, sucre, pomme terre, bananes plantains, oignons, ail, poissons de mer, etc.

Aujourd’hui, le litre d’huile alimentaire qui revenait à 700 Fcfa, il y a quelques mois, coûte de 1000 à 1100 Fcfa selon les quartiers. Le sucre a bondit de 400 à 700 Fcfa selon les endroits. La pomme de terre et la banane plantains sont carrément intouchables. Si le renchérissement de produits comme l’huile, le sucre, la pomme de terre et la banane plantain peut être compréhensible parce que ces ingrédients sont majoritairement importés de Côte D’Ivoire, il n’en est pas de même pour les condiments produits dans notre pays.

D’abord choquées, les ménagères ont fini par se résigner. Au marché, les négociants se rejettent mutuellement la faute. Les vendeuses de condiments accusent les demi-grossistes qui à leur tour pointent du doigt les grossistes. Le menu de la fête du « 31 » étant principalement composé de volaille (poulet, pintade), de poisson frais, de légumes frais et d’épices, les ménagères ont donc du pain sur la planche. Mme Koité Dèdè Fané, informaticienne à l’Essor avait le visage assombri hier à son retour du marché.

Fataliste, elle lâche, amère : « nous nous remettons à Dieu. Chaque année, c’est le même scénario. Dès l’annonce d’une fête les prix augmentent. Cette année, la crise ivoirienne est venue aggraver la situation. Ce phénomène d’augmentation de prix a affecté les produits et tous les marchés de Bamako », constate-t-elle en interpellant les autorités en charge de la surveillance des prix.

Sexy.

Si la situation n’est guère reluisante pour les gestionnaires des budgets de ménage, elle est également difficile pour les jeunes soucieux d’être les plus beaux et belles le soir du réveillon. Les garçons s’achètent des costumes à la page tandis que les demoiselles balancent entre nouvelle robe, mini jupe ou chemise body. La mode vestimentaire prisée par les jeunes s’est nettement occidentalisée. Finies les « tailles basse » et les « tailles princesse », cousues par nos tailleurs. Aujourd’hui, la tendance est au « sexy », donc au prêt à porter.

Les boutiques de vêtements sont donc investies par une clientèle juvénile en quête de « sape » et de chaussures « classes ». Les vendeurs font de bonnes affaires. « Cela marche ! Ici, nous avons des mini robes, mini jupes, bas, guêpières, strings et autres lingeries. Nos produits se vendent bien en cette période. Cette année, la tendance va aux pantalons moulants », explique Bah Sylla, propriétaire de la boutique « Body Shop » au grand marché de Bamako.

Dans ce magasin très couru, la recette journalière tourne autour de plusieurs milliers de Fcfa. Les « sapeurs et sapeuses » ne fréquentent pas uniquement les magasins. Ils ne dédaignent pas solliciter les vendeurs de friperie qui ont pris leurs quartiers en plein milieu du grand marché. « En cette période de fête beaucoup de jeunes, à la bourse modeste, préfèrent venir ici où les habits sont moins chers et de meilleure qualité », souligne Ousmane, un vendeur de vêtements de seconde main.

Il assure que la belle fripe revient trois fois moins cher qu’un ensemble fait chez le couturier, et que les acheteurs sont enthousiastes. « Une fois, ces habits passés au pressing, on ne se souvient plus de l’endroit d’où ils proviennent. On te dira même que tu les as achetés dans un grand magasin de la place », lance-t-il ironiquement.

Kadidia, une étudiante qui ne jure désormais que par les friperies qu’elle trouve économique et de bonne qualité, lui donne entièrement raison. En cette période de fin d’année, la vie n’est pas facile et les prix peu cléments. Mais les affamés de fête sont ingénieux et déterminés. Deux traits de caractère que la société toute entière a appris à apprivoiser au fil des ans.

Doussou Djiré

Essor du 30 Décembre 2010.