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Las de chercher, il pensa regagner son lit dans l’intention de se replonger dans le sommeil, en attendant le premier appel du muezzin. Tout à coup, un coup de feu brisa le silence de la nuit. Et l’homme sentit la brûlure d’une décharge de plombs dans ses épaules. Le coup était parti d’un fusil de chasse.

Heureusement, les plombs n’ont pas fracturé des os. Mais sous la force de l’impact, O.S. tituba et chuta. Il s’empressa de se relever et courut s’enfermer à clé dans sa chambre. Il était blessé, mais apparemment la plaie n’était pas aussi grave qu’on pouvait l’imaginer. Rassuré qu’il y avait plus de peur que de mal, il conseilla aux autres membres de la famille de ne mettre le nez dehors sous aucun prétexte. Tout le monde avait été réveillé en sursaut par le coup de feu. O.S. informa ses proches qu’il était blessé et que les assaillants se trouvent blottis quelque part dans la pénombre.

La famille respecta le sage conseil du père et resta enfermée dans la maison. Elle n’avait d’ailleurs pas d’autre choix, car le plus brave des hommes ne peut tenir tête à des fantômes comme celui qui a tiré sur O.S. A l’intérieur régnaient la panique et l’effroi. Et un silence de mort. On pouvait entendre une mouche voler. Chacun craignait de voir les malfrats fracturer la porte et procéder à un véritable massacre. Le chef de famille continuait à perdre son sang et ses proches n’avaient aucun moyen d’arrêter l’hémorragie ou de lui prodiguer quelque soin que ce soit. Allait-il pouvoir tenir jusqu’au matin pour se rendre dans un centre de santé ? C’est du moins ce que souhaitaient les membres de sa famille.

Dans le voisinage, H.T fut arraché de son sommeil lui aussi par la détonation. Il est connu dans le village pour son courage et son audace. Il était envié pour ces qualités. Le brave H.T., sans prendre la moindre précaution de sécurité, s’arma d’un bâton et courut dans la direction d’où venait le coup de feu.

ARME DE GUERRE

Il arriva à la hauteur de trois silhouettes débout dans la rue. Il demanda aux trois hommes de décliner leur identité. Personne ne lui répondit. Il ne lui était pas venu à l’esprit qu’un coup de feu à une heure aussi tardive devait toujours susciter la méfiance. Et très vite, il l’a appris à ses dépens. H.T. ne savait pas que ceux qui étaient postés dans la rue, étaient ceux-là mêmes qui venaient de tirer sur son voisin. Il ne le comprit que trop tard, lorsqu’à bout portant, un des individus tira une rafale sur lui. L’homme avait utilisé une arme de guerre. En attestent les impacts relevés sur le corps de la victime. Les projectiles atteignirent H.T. au ventre et au thorax. Il tomba pour ne plus se relever.

La rafale a réveillé une grande partie des habitants de Diatoula. Hommes, femmes et enfants furent arrachés à leur sommeil. Mais personne n’osait mettre le nez dehors. Seul O.S. savait ce qui s’était réellement passé. Car de chez lui, il a entendu le bruit de la chute et le dernier souffle de son voisin. Mais il ne pouvait sortir pour lui venir en aide, et ne disposait d’aucun moyen pour alerter les autorités. Ni lui ni aucun autre membre de sa famille ne disposaient d’un téléphone pour appeler quelqu’un d’autre au secours.

Les malfaiteurs avaient compris qu’ils venaient de mettre fin aux jours d’un homme. Ils n’avaient donc plus intérêt à s’éterniser sur place. Ils prirent le mur de la maison contiguë à celle de leur première victime et sautèrent dans la cour voisine. Pour ne pas donner le temps aux occupants de sortir ou éventuellement de réagir par des coups de feu, les bandits se mirent à tirer des rafales sur les portes des chambres. Comme des fous.

Dans leur volonté meurtrière de faire le maximum de victimes, les pistoleros atteignirent une femme qui dormait paisiblement à l’intérieur de sa chambre tout près de la porte. Les plombs traversèrent le battant et la touchèrent sur les deux cuisses. Son cri de douleur réveilla les autres membres de sa famille. Comme chez les O.S. personne ne voulut se précipiter dans la gueule de la mort en sortant de chez lui. Les habitants restèrent blottis à l’intérieur de leurs maisons. Ils priaient le bon Dieu de voir le jour se lever vite.

Après s’être rassurés que personne ne les suivait dans leur retraite, les tueurs se retirèrent tranquillement. Derrière les portes closes, chacun se posait des questions. Pourquoi des individus malveillants étaient-ils venus tirer des coups de feu dans leur paisible village ?

Au lever du jour, les premiers hommes qui ont osé mettre le nez dehors découvrirent le corps déjà froid de H.T. Le village tout entier apprit vite de bouche à oreille qu’une femme et O.S. avaient été blessés. Les blessés ont été transportés le même jour dans des structures de santé de la Commune VI. Ils seront finalement admis au centre hospitalier universitaire (CHU) Gabriel Touré. Aux dernières nouvelles, leurs vies ne sont plus en danger. Mais ils se souviendront longtemps de cette nuit de grosse frayeur.

Informée, une équipe dirigée par l’inspecteur Maky Sissoko se rendit sur place. Elle se mit au travail pour relever des indices qui lui permettraient de mettre la main sur les bandits. Les recherches entreprises depuis lors n’ont rien donné. Mais Maky et ses hommes ne désespèrent pas de mettre, un de ces quatre matins, le grappin sur les meurtriers. Ils comptent d’abord sur la population dont la collaboration ne doit pas faire défaut. Ils espèrent aussi sur la chance, l’amie des policiers. Un célèbre acteur américain dans une série d’enquêtes, assure qu’en plus du bon sens, la chance peut aider à résoudre une énigme apparemment inextricable. Mais l’enquêteur doit user de tous ses sens.

G. A. DICKO

Essor du 02 mars 2009