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Au premier rang, des véhicules incriminés, les engins à deux roues sont la base de 70 % des accidents de la circulation et il y a actuellement plus de 450 000 motos qui roulent sur nos routes. Si les Chinois n’avaient pas promis de doter chaque Malien d’une moto, on n’en serait peut-être pas arrivé à cette énorme boucherie.

Malheureusement, ils sont en passe de réussir ce sinistre pari parce que, d’une part, ces motos sont acquises à des prix abordables et, d’autre part, les dispositions régissant leur mise en circulation et leur conduite ne sont pas appliquées à la lettre.

Il y a aussi que le déficit des moyens de transport collectif de passagers tels que les bus et les autocars pour satisfaire la demande de transport de plus en plus croissante a largement contribué au développement de l’utilisation des engins à deux roues comme moyen de déplacement.

Or, ces motos sont des bolides puissants dont le conducteur se fout de sa vie et de celle des autres comme de l’an quarante. On les voit, dans les rues de la capitale, se livrer à des slaloms géants entre les automobilistes comme s’ils participaient au rallye du Bandama. Les Djakarta ou « laharata » en particulier, sont de véritable rendez-vous avec la mort. Cela n’empêche pas ce bon père de famille d’en acheter une pour son fils de 16 ans qui a réussi à son examen.

Celui-ci, à son tour, va transporter ses frères et sœurs pour prendre rendez-vous avec l’au-delà et le vieux n’aura plus que ses yeux pour pleurer.

Quant aux sotramas, ce sont des tombeaux roulants propres à la ferraille. Ils jouent, certes, un rôle d’utilité publique, faute de mieux, mais sont source de nombreux accidents de la circulation

. C’est lors des grèves des transporteurs qu’on se rend compte de leur utilité. Il y a quelques années, les populations de Djélibougou et d’autres quartiers de Bamako avaient érigé des barricades et formé des boucliers humains pour couper la route aux sotramas à cause, sans doute, de leurs nombreuses victimes. Aujourd’hui, ces engins sont en sursis, les motos les ayant remplacé comme principales causes des accidents de la route.

« Circulation à Bamako, partout c’est embouteillage « , a dit le chanteur rasta Askia Modibo. Il devait aussi ajouter que « partout, c’est cimetière « . Même si «  tout peut arriver dans la vie » comme le disait cet autre chanteur, les Bamanans disent qu’il ne faut pas voir la poutre et l’enfoncer dans ses propres yeux. La plupart des accidents de la route sont, en effet, dus à l’imprudence, l’insouciance, l’incivisme et le non respect du code de la route par les usagers.

Mais comment arrêter le massacre ? Les autorités, à commencer par le département de Diane Semega et celui de la protection civile, ont décidé de prendre le diable par la queue.

Et, en ce qui concerne spécifiquement les deux roues, elles envisagent de prendre des mesures comme l’immatriculation des motos, la délivrance des permis et autorisation de conduire et le port du casque. Même si ces pièces seront délivrées à des prix abordables, ces mesures apparaîtront aux yeux des citoyens comme une camisole de force surtout dans le contexte de la vie chère.
Le Malien, de part sa nature, n’aime pas les mesures coercitives. On ne fait pas non plus le bonheur de quelqu’un contre son gré.

On se rappelle encore du triste exemple de Tiécoro Bagayogo, directeur général des services de sécurité sous le régime militaire, qui avait tenté d’imposer le port du casque aux motocyclistes. La tentative avait lamentablement échoué. Et pourtant, Tiécoro, tout le monde le sait, avait des bras d’acier dans des gants de velours. Comme un certain Augusto Pinochet Ugarte. Rendez-vous donc en décembre pour la célébration de la deuxième semaine de lutte contre l’insécurité routière.


Mamadou Lamine DOUMBIA

17 Novembre 2008