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Dans une correspondance qu’il nous a adressée à l’occasion du nouvel an, le président du Rassemblement pour le Mali (RPM), Ibrahim Boubacar Kéita, présente ses vœux au peuple malien. Tout en passant au crible les événements qui ont jalonné l’année 2010, IBK fait des suggestions pour la nouvelle année et donne à voir les thèmes de campagne du RPM pour la présidentielle de 2012.

 » A l’aube de l’année 2011, le Rassemblement pour le Mali (RPM) et moi-même sommes heureux d’exprimer nos vœux les meilleurs à toutes les Maliennes et tous les Maliens, à ceux qui se trouvent dans le pays, comme à ceux qui vivent à l’extérieur. Nous savons les difficultés dans lesquelles beaucoup de nos compatriotes ont traversé 2010, et nous formulons le vœu ardent que 2011 soit pour tous une année d’espoir et de partage.

L’année écoulée a été riche en événements, notamment les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance du Mali, qui ont contribué à renforcer notre cohésion nationale. Mais de nombreux autres événements, trop souvent malheureux, ont été au cœur de nos préoccupations et ont marqué la nécessité d’une approche politique différente.

C’est le cas de l’école malienne. De nouvelles grèves ont contribué à perturber l’année scolaire et à obérer encore plus l’avenir de nos jeunes, l’avenir de notre nation. En 2011, l’école devra être érigée en priorité nationale, pour qu’elle puisse à nouveau enseigner les valeurs, donner aux hommes et aux femmes la capacité d’apprendre à connaître, à vivre ensemble et à être soi-même.

Pour nous, ceci passe par une revalorisation du métier d’enseignant, avec en contrepartie des sanctions fermes contre tout manquement à la déontologie et au droit des élèves et étudiants de la part des professeurs. Les efforts pour la construction de centres scolaires devront être poursuivis, avec un accent sur la formation professionnelle.
Le RPM proposera également un contrôle plus strict de l’octroi d’agréments pour l’enseignement privé, dans le but de conforter le niveau global vers le haut et non vers le bas.

Enfin, la mise en place d’une allocation scolaire visant en encourager les familles qui envoient leurs enfants à l’école, et la systématisation de l’uniforme dans le cycle fondamental doivent être étudiés. L’école de la République ne doit pas être un podium de défilé de mode pour l’exhibition de jeunes nantis dans l’humiliation des plus pauvres, mais un lieu où on acquiert l’épanouissement individuel et collectif.
En 2011, le RPM continuera de condamner avec la plus grande fermeté les actes criminels perpétués au Nord-Mali, et plus récemment à Bamako.

L’insécurité dans le Septentrion et son corollaire d’enlèvements, de combats armés entre Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) et des armées étrangères sur notre sol, et de présence accrue de narcotrafiquants, a grandement endommagé l’image de notre pays. En partie dû au recul de l’Etat qui a suivi les Accords d’Alger signés en 2006, ce problème doit désormais être pris à bras le corps, à travers le retour de l’Etat et de son armée.

Il est urgent de restaurer la crédibilité du Mali vis-à-vis de ses partenaires étrangers, et de mettre fin aux souffrances de nos populations du Nord qui subissent la chute drastique des ressources touristiques et l’arrêt de nombreux projets de développement. Pour ce faire, le RPM proposera en 2011 la création d’une cellule de crise composée des principaux leaders politiques, de responsables de la sécurité, de représentants de la société civile, de leaders religieux, de chercheurs et économistes.

Son rôle serait d’imaginer les actions adéquates pour lutter contre AQMI, organisation criminelle sans idéologie, et la prolifération du narcotrafic au Mali. Ce sont l’ensemble des aspects sécuritaire, développement, social, et religieux qui devront être pris en compte par les propositions de la cellule.

Elle pourrait également étudier la mise en place de campagnes de sensibilisation sur les méfaits de la drogue, en particulier auprès des populations jeunes. Le RPM réitère donc sa disponibilité et son engagement à œuvrer pour la résolution définitive du problème au Nord-Mali, dans le cadre d’une double approche développement-sécurité. En outre, nous exprimons nos vœux de voir les otages européens et africains, actuellement détenus sur le territoire malien, recouvrer la liberté en bonne santé et dans les meilleurs délais.

En 2010, plus qu’avant, nous avons été interpellés par le développement de la corruption à grande échelle et le détournement de fonds destinés aux plus nécessiteux. Ces actes honteux ont pour conséquences de salir l’image de la politique dans notre pays, d’aggraver la fracture entre la classe dirigeante et le peuple malien et de discréditer l’action publique en diluant davantage des ressources déjà limitées. Le RPM juge urgent d’engager une sérieuse lutte contre la corruption, notamment en utilisant mieux les mécanismes de contrôle et de sanctions qui existent pour mettre fin à l’impunité.

Le RPM salue les efforts du gouvernement et l’encourage à redoubler d’efforts pour poursuivre le développement des infrastructures, en particulier à l’intérieur du pays. La politique d’intensification de la production agricole doit également être poursuivie, dans le but d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et de faire du Mali un grand pays exportateur de céréales, fruits et légumes. Cela dit, l’industrialisation ne doit plus rester le parent pauvre de la politique économique gouvernementale.

Les pays de l’Hinterland ouest-africain, Burkina Faso, Niger et Mali pâtissent du Tarif extérieur commun (TEC) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa), qui pénalise le développement de leurs industries. Ils sont inondés de produits importés sans droits de douane, alors que nos industries n’ont pas encore les moyens de faire face à cette concurrence.

Nous proposons donc d’engager en 2011 un réel débat sur les mécanismes de compensation qui doivent être rediscutés, et sur les moyens de mettre en œuvre des mesures structurelles pour la ré-industrialisation du Mali à travers la transformation de nos ressources naturelles. Avec l’agriculture et l’industrie, les mines est l’un des secteurs à développer, à travers une réelle diversification, pour créer des emplois et mettre fin au désœuvrement de nos jeunes.

Les réformes institutionnelles qui ont été annoncées en 2010 font partie des sujets qui nous préoccupent, et sur lesquels nous resterons attentifs et vigilants en 2011. En effet, après presque 20 ans de pratique démocratique, il était nécessaire de faire le bilan du fonctionnement de nos institutions et de chercher les voies d’amélioration.

Dans ce sens, le travail effectué par le Comité d’appui aux réformes institutionnelles (Cari) a permis d’ouvrir le débat. Cependant, si le RPM souligne la nécessité de poursuivre ce travail pour aboutir à un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale puis au peuple malien par référendum, il souhaite alerter chacun sur l’importance de ne pas mettre en œuvre cette réforme majeure au dernier moment, dans la précipitation, à une date trop proche des échéances électorales de 2012. Il convient de la mener sur la durée, pour prendre le temps de l’expliquer, éviter qu’elle ne perde de son sens et ne soit pas comprise par nos populations.

En ce qui concerne le Code de la famille, son renvoi en seconde lecture devant l’Assemblée nationale en 2009 a été salutaire pour notre cohésion nationale. Lors des débats qui devraient s’ouvrir prochainement, le RPM fera en sorte que tous les points de vue exprimés soient pris en compte, dans le respect de nos valeurs traditionnelles, mais en veillant au respect des droits humains de chacun.

Le débat doit s’ouvrir à toutes les composantes de la société malienne, femmes, anciens, jeunes, associations religieuses pour ne pas se limiter aux seuls politiques, dans le but qu’un texte consensuel accepté par tous puisse être voté. Ce sera là l’occasion de démontrer les valeurs de tolérance et de progrès qui sont au fondement de la culture malienne.
Sur le plan politique, l’année 2011 verra un événement important : le 10e anniversaire de notre parti.

Il sera l’occasion de faire le bilan, aux côtés de tous les Maliens, de l’action entreprise depuis 2001 et de réfléchir à l’avenir. Dans ce cadre, nous irons à la rencontre des Maliens à Bamako, à l’intérieur du pays, mais aussi à l’extérieur avec la diaspora, pour les écouter, comprendre leurs problèmes et préoccupations. Ce travail de terrain et de réflexion jettera les bases du projet de société que soumettra le RPM au peuple du Mali lors des prochaines échéances électorales.

Enfin, la situation de nos compatriotes vivant en Côte d’Ivoire nous préoccupe à plus d’un titre. Le RPM continuera de dénoncer et condamner tout acte de violence perpétré contre les personnes humaines et les biens. Nous appelons chacune des parties à la responsabilité et à la mesure pour trouver une solution pacifique qui aille dans le sens des intérêts de la Côte d’Ivoire.

A travers ces vœux, je veux vous dire que nous serons aux côtés des Maliens en 2011 comme en 2010, et que nous prendrons toute notre part à la construction du pays de nos rêves. En vous souhaitant à nouveau une excellente année, j’encourage chaque Malien à faire preuve en 2011 de courage et de volonté pour construire un autre destin, en s’inscrivant notamment sur les listes électorales afin de préparer le grand rassemblement ».

Ibrahim Boubacar Kéita

(député de Bamako, président du Rassemblement pour le Mali)

13 Janvier 2011.