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L’Asie émergente a-t-elle quelque chose à offrir à la poussive Afrique ? Comment l’espace Uemoa, tant au niveau de ses Etats que de son secteur privé peut-il saisir la perche asiatique ? C’est pour entendre la réponse à ces deux questions et proposer des approches concrètes qu’une centaine de participants, ministres en charge des infrastructures, banquiers, entrepreneurs se sont réunis, les 21 et 22 mai à Lomé, sous l’égide de la Boad et dans un instructif face à face Uemao-Asie. Il s’agissait d’abord de vérifier les prémisses qui font de l’Asie le partenaire idéal du continent africain et en particulier de la zone Uemoa. A cet égard, le forum pouvait se réjouir des exposés d’experts asiatiques, Chine, Singapour, Inde, Thailande notamment, avec un arrêt-image sur la présentation d’un expert malais qui est un compagnon des premières heures du mythique bâtisseur Mahatir.

Les exposés sur l’Asie auront renforcé le paquet de connaissances disponibles sur cette partie du monde et la qualité de l’interaction entre les participants a permis de mieux comprendre les ressorts du boom asiatique et de réaliser que cette expérience peut bien servir l’Afrique à « condition que celle-ci accepte d’apprendre des succès et des contraintes exposés et de s’adapter en conséquence ».

Car en 1957, la Malaisie avait un Pnb plus bas que celui de beaucoup de pays africains, elle a connu des graves émeutes raciales dues à la pauvreté, au chômage et à une mauvaise distribution des ressources. Quarante ans plus tard, la Malaisie est devenue un pays émergent avec un niveau de prospérité sans commune mesure avec la moyenne des Etats africains.

Et encore, le minuscule Singapour a une grande longueur d’avance sur la Malaisie. Pourquoi l’Afrique traîne-t-elle encore le pas malgré les milliards de l’aide? D’abord, parce qu’elle n’aura pas eu de vision, de doctrine ni de stratégie pertinentes. Par exemple, elle en sera restée au concept d’avantage comparatif lorsque comme l’a prouvé le postulat malais, c’est le concept d’avantage compétitif qui fait la différence. En Malaisie où l’on a vite compris « que la pauvreté quelque part est une menace contre la prospérité partout » comme à Singapour, ce sont des « Autorités » qui ont été mises en place pour conceptualiser et porter dans la plus grande rigueur le défi du développement.

Pourtant, l’Uemoa peut

Un tel cadre aura permis d’éviter de tirer profit du « consensus de Washington » dans lequel l’Afrique a plutôt vu une camisole de force. Les aspects monétaires, notamment le faible taux de change ont fait le reste, associés à une gestion appropriée des ressources tant humaines que naturelles et à une gouvernance de « redevabilité », de « contestabilité » et d’alternance. Ensuite, l’image. Or, malgré le discours sur l’unité et l’union, la perception d’une Afrique à risques, ce qui n’attire pas l’investissement.

Autres leviers asiatiques utilisés de manière optimale : la volonté politique, l’efficacité et l’intégrité du service public puis le dynamisme et l’engagement du secteur privé. Si la région Uemoa surmonte de tels défis, peut-elle attirer l’Asie et devenir émergente à son tour ? Affirmatif, a-t-on pensé à Lomé. D’abord, l’Uemoa est une région attractive avec les atouts suivants ; une population en pleine croissance, c’est-à-dire donc le marché de demain dans un monde vieillissant ; une position géographique idéale avec ses cinq ports pouvant accueillir cent trente bateaux ; une monnaie unique arrimée à l’euro ; un système bancaire harmonisé disposant d’une banque centrale et d’un marché boursier en pleine croissance où la capitalisation dépasse les 6 milliards de dollars. Sans compter le potentiel minier avec le pétrole, l’or, la bauxite et l’uranium, entre autres ainsi que les matières premières agricoles. L’Uemoa, il faut le rappeler, est un des leaders mondiaux dans la production du café, du cacao, du coton et du cajou.

Pour un partenariat gagnant-gagnant, les relations doivent être «décomplexées» ce qui suppose traiter d’égal à égal. Les investissements asiatiques notamment chinois nécessitent d’être mieux acceptés et compris des peuples africains, pour limiter le risque politique. Il faudra également une stratégie véritable de transfert des technologies entre l’Asie et l’Uemoa et exploiter le plein potentiel du partenariat privé-privé ou public-privé. D’où les séances « B to B », organisées entre les opérateurs privés de l’Uemoa et d’Asie, pour plus de familiarité aujourd’hui et sans doute le partenariat dans le proche futur.

Adam Thiam, à Lomé

Le Républicain du 23 Mai 2012