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Depuis février dernier, la société Energie du Mali (EDM-SA) n’est pas en mesure de satisfaire la demande de sa clientèle en compteurs prépayés ou compteurs Isago. Aux milliers de demandeurs qui n’arrêtent pas de faire des va-et-vient dans ses agences, EDM-SA répond invariablement : « Nous avons fait une commande de compteurs à l’étranger. Ils ne tarderont pas à venir. Soyez donc patients ».

Difficile pour les usagers de comprendre cette pénurie quand on sait que la société a effectué une grande campagne de publicité sur ces compteurs. La réclame a accroché de nombreux propriétaires de nouvelles maisons. Sans compter que même ceux qui avaient des compteurs conventionnels, se sont laissés convaincre par les multiples avantages tant vantés dans le spot publicitaire.

Avec Isago, le client peut facilement contrôler sa consommation d’électricité. Il ne consomme que ce qu’il aura prépayé. Il faut dire que ce type de compteur offre une solution efficace aux querelles combien nombreuses qui éclatent dans les concessions qui abritent plusieurs locataires. Avec les compteurs conventionnels, le paiement des factures provoque toujours des bisbilles entre les colocataires. Pour ses nombreux avantages, le compteur Isago a été choisi aussi par l’Etat pour équiper les logements sociaux de la dernière génération. Par exemple, les 350 logements de Kati Sikoro.

Mais ici à cause de la pénurie de compteurs prépayés, beaucoup de bénéficiaires n’ont pas pu emménager dans leurs nouvelles maisons. C’est le cas de Fousseyni Traoré. Bénéficiaire du logement n° 71, il n’a pas encore occupé sa maison, faute d’électricité. Il a effectué des travaux d’aménagement dans la maison et n’attend que le courant pour l’occuper. « J’ai fait la demande pour avoir un compteur prépayé à l’agence EDM de Kati voilà plus de 6 mois, mais jusqu’à présent je n’ai rien reçu. C’est difficile pour moi de mettre ma famille dans l’obscurité », explique notre interlocuteur qui assure qu’il continue à chercher. Certains bénéficiaires n’ont pas attendu d’avoir leur compteur Isago pour emménager chez eux. Ils ont pu trouver des arrangements avec les voisins pour bénéficier de l’électricité.

Mme Aminata Coulibaly est de ceux-là. « J’ai emménagé chez moi sans électricité. J’étais seule car mes enfants avaient refusé de venir. J’ai ainsi passé deux jours dans l’obscurité. Mon voisin s’est ému de ma situation et est venu, lui-même, me faire la proposition de me brancher sur son compteur. Cela a été pour moi un grand soulagement. Nous nous sommes entendus sur des modalités de paiement des cartes de recharge », explique celle qui vient enfin de recevoir son compteur Isago. « Je ne croyais pas du tout que j’allais avoir un compteur maintenant parce que j’ai tellement fait des va-et-vient à EDM de Kati », avoue-t-elle.

7000 COMPTEURS.

Mme Aminata Coulibaly fait donc partie du lot des chanceux. Dans la cité des 350 logements de Kati Sikoro, des bénéficiaires vivent dans le noir dans leurs nouvelles maisons et attendent impatiemment d’être servis en compteurs Isago. En attendant, ils vivent un vrai calvaire qui les fait sortir souvent de leurs gonds. C’est ainsi que le problème de compteurs a fait l’objet d’un grand rassemblement à la cité de 350 logements de Kati Sikoro le mois passé. Les demandeurs insatisfaits ont fait part de leur impatience aux responsables du comité provisoire de gestion de la cité.

Au lendemain de cette assemblée générale, le président du comité provisoire de gestion, Mamadou Lamine Diallo, s’est personnellement déplacé à l’agence EDM de Kati. « Quand je suis allé, un responsable de EDM m’a dit que 50 compteurs sont arrivés, mais qu’ils ne sont pas destinés à la cité. Il m’a dit que la cité devra attendre encore », révèle-t-il. A la cité de 350 logements, des habitants ne comprennent pas pourquoi ne sont-ils pas concernés par ce nouvel arrivage de compteurs alors qu’ils n’ont le droit d’installer chez eux que des compteurs prépayés.

Aujourd’hui, les Bamakois se demandent si EDM-SA sera en mesure de satisfaire les demandes de compteurs prépayés. Le produit que la société a lancé en grande pompe il y a seulement quatre ans serait-il victime de son succès ? Sur la question, le directeur de la communication de EDM-SA a une autre lecture.

Selon Tiona Mathieu Koné, il n’y a pas de rupture de compteurs prépayés au Mali. « Nous avons reçu 4000 demandes de compteurs prépayés et nous en avons acheté 7000. Nous en avons déjà installé plus de 2000 et nos agents sont sur le terrain tous les jours pour en installer », soutient-il.

S’il y a 7000 compteurs disponibles, comment expliquer alors que EDM-SA met du temps à satisfaire ses clients ? Tiona Mathieu Koné répond qu’en cette période de crise, la société, conformément à son statut de service social, s’est donnée comme priorité de fournir l’électricité aux clients qui sont déjà branchés. « EDM fait face à d’énormes difficultés économiques. Actuellement, la société consomme énormément en combustible.

Le coût de production a considérablement augmenté. Ce qui a engendré un déficit énorme de production. C’est la raison pour laquelle nous avons temporisé sur les nouveaux branchements afin de pouvoir continuer à supporter les charges », explique-t-il. Pourquoi EDM-Sa ne fournit-elle pas ces explications aux demandeurs qui assaillent ces agences ? Mieux informés, ils auraient pu faire l’économie des nombreux déplacements inutiles. Sans être moins frustrés pour autant.

lundi 17 septembre 2012, par Madiba Keïta

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