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Dans son message à la nation, en tant que tout nouveau président de la République, Amadou Toumani Touré affirmait, le 08 juin dernier, qu’il va donner à l’opposition toute la place qui est la sienne au cours de ce second et dernier quinquennat. Il n’en fallait pas plus pour que certains tombent dans le charlatanisme, scandant que le Président de la République se décide enfin à reconnaître le droit à l’opposition de s’exercer comme le voudrait la démocratie.

A croire que Amadou Toumani Touré avait tout au long de son premier mandat, baillonné une opposition qui n’exitait pas. Devait-il se fabriquer une opposition dans un contexte politique où toutes les formations politiques du pays souscrivaient au consensus ? Et justement, parlant de consensus, certains tentent de faire croire que cela avait été imposé à la classe politique malienne.

Ce qui est loin d’être le cas, dans la mesure où la candidature même d’ATT à la présidentielle de 2002 relève d’une vision consensuelle prônée par l’ensemble de la classe politique malienne. IBK même qui est présenté comme le leader d’opposition, ou le futur leader d’opposition, n’a-t-il pas réconnu que l’élection d’ATT en 2002 était un exigence de l’heure, ne serait-ce que réconcilier une classe politique en lambeaux suite aux soubressauts du régime Konaréen.

Quel autre mode de gouvernement pouvait-il mettre en exergue si c’est pas la gestion consensuelle du pouvoir ?

Question de taille, puisque qu’après les législatives de 2002, aucune majorité claire ne s’est dégagée à l’Assemblée Nationale. Et même là, le parti qui était normalement appelé à jouer le rôle de l’opposition, en l’occurrence l’ADEMA-PASJ, était déjà dans l’engrenage du régime. L’hémoragie interne qu’à connu ce parti lors des élections présidentielles de 2002 est bien là pour le prouver. Une frange majorité du CE-ADEMA soutenait déjà le candidat indépendant ATT au détriment de Soumaïla Cissé, candidat abeille et principal challenger d’ATT. Ce parti pouvait-il prétendre animer l’opposition ?

Question difficile qui trouvera sa réponse après avec la création de l’URD. Et là, la dissension était nette, car, seuls 17 députés ruchers ont fait défection en faveur de Soumaïla Cissé. En terme de chiffre, ce parti ne pouvait pas animer une opposition parlémentaire. Quid à Espoir 2002 qui, après avoir soutenu ATT, ne pouvait, au risque de compromission, nourrir de telles idées.

Pour dire combien le consensus prôné par ATT, et conformement au voeu de la classe politique nationale, n’était pas une sinécure, mais une nécessité du contexte conforme à la promesse présidentielle. Il est important de souligner ici que cette promesse n’était pas une promesse de campagne, mais plutôt une demande expresse des politiques en quête, à l’époque, de légitimité auprès du peuple malien.

Ayant fait ses preuves lors de la période transitoire, ATT était celui-là seul qui pouvait gagner un tel pari. D’où sa sollicitation par la classe politique à se porter candidat en 2002. Le consensus n’a donc pas été imposé, il s’est imposé de lui-même. Et puisqu’il rime avec la démocratie du moment où il a accepté par la classe politique, ATT n’avait d’autre choix, s’il voulait vraiment gagner son pari de réconciliation de la classe politique malienne, que d’y aller. Surtout qu’il reste l’une des caractéristiques des fondements même de société. “La charte du Mandé” suffit à elle seule comme exemple. Et si en quête d’intérêts inavoués, certains ont voulu le mettre en mal, fallait-il l’enterrer pour autant ?

Du moment où cette poche de résistance à elle seule ne pouvait le commettre. Les sottes d’humeurs d’IBK et son parti n’ont pas valeur d’élan oppositionnel pour la simple raison qu’ils n’ont pas su avoir le courage de s’assumer. Le Folklore orchestré par IBK et ses hommes en 2005 ressemble plus à du chantage qu’à une tentative d’intimidation du régime.

Dans une institution aussi importante que l’Assemblée Nationale, la démocratie doit être de mise. Et si l’essentiel des élus décident d’une chose, la minorité doit accepter, surtout que la majorité numérique mise en avant pour le RPM à l’époque ne se justifiait quand certains de ses partenaires se sont retrouvés du côté de la majorité présidentielle qui s’est dégagée à la faveur du rénouvelllement du Bureau de l’Assemblée. Et là aussi, le RPM n’a pas été contraint d’aller à l’opposition parlementaire, il y est parti de son propre gré, au détriment des principes républicains.

Durant la législature qui tire à sa fin, le RPM ne méritait pas le statut d’opposition. Là-dessus, la charte des partis politiques est très claire. “Tout parti qui décide d’aller dans l’opposition cesse de participer au gouvernement.” Et ça, ce n’est pas ATT qui l’a dit, ce sont les députés mêmes qui ont voté ce texte. Or, le RPM, tout en criant à la “combinazione” comme le dirait son président, participait au gouvernement. Comme quoi, une opposition, elle s’affirme.


Qu’en sera-t-il du second quinquennant ? Qui sera le leader de l’opposition ?

Voilà les principales questions qui brûlent toutes les lèvres. L’annonce faite par ATT le 08 juin dernier, relative au renforcement du statut de l’opposition, est mise à profit par certains pour tirer à boulets rouges sur lui.“Enfin reconnait-il un rôle à l’opposition ?”. Or, ATT n’a jamais eu peur de l’opposition. Mieux encore, démocrate convaincu, il reste animé par la conviction que la vitalité d’une démocratie dépend d’une opposition digne de ce nom, jouant tout son rôle. Cette conviction, il l’avait en 2002, même s’il n’a personne pour l’animer.

Le message d’ATT, loin d’être une rectification de tir, est plutôt un appel à la responsabilité. Que celui qui s’estime en mesure de prendre cette responsabilité s’assume. Et contraitement à ce que certains pensent, cette volonté du président ATT de donner à l’opposition tout son droit est loin d’être synonyme de la mort du consensus.

En effet, si la situation l’exige comme ce fut le cas en 2002, ATT n’hésiterait pas une seconde a y aller. Cela est tellement vrai que le consensus est loin d’être “une camisole de force” pour lui. IBK, qui est présenté par certains comme le futur leader d’opposition, saura-t-il s’assumer cette fois-ci ?

Wait and see !

Adama S DIALLO

14 juin 2007.