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Voilà un peu plus d’un mois que les Maliens vivent ou plutôt survivent sans gouvernement. Obligés de lever le camp sous les coups de semonce de la communauté internationale et de la Cedeao, les militaires du 22 mars n’avaient pas eu le temps d’y remédier. C’est en définitive avec le président de transition, Diocounda Traoré, et son Premier ministre, l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra, que les choses prennent une meilleure tournure. On sait désormais de quel bois sera fait le gouvernement tant attendu, une formation composée de 24 ministres dont trois militaires et trois femmes parmi lesquelles une originaire du Nord.

On ne peut donc que se réjouir de cette ébauche de retour à la légalité constitutionnelle, qui permettra sans doute au Mali de concentrer tous ses efforts sur les urgences de l’heure : la résolution de la crise dans le Nord où, à la faveur du coup d’Etat, rebelles touareg et groupes islamistes ont pu faire leur trou, et l’organisation d’élections générales.

Ce qui frappe le plus, c’est le caractère restreint de cette formation, taillée pour ainsi dire, en fer de lance : seulement 24 maroquins alors qu’on sait qu’en situation de crise, les plus grandes difficultés viennent le plus souvent du fait que l’on veuille, comme on dit chez nous, « satisfaire tout le monde et son père » ; un écueil que la transition malienne a su éviter.

Autre point saillant du gouvernement Diarra, la part du capitaine Sanogo, pour ne pas dire du lion, car tout ex-putschiste qu’il soit, le chef de la junte du 22 mars a pu s’adjuger trois portefeuilles et pas des moindres : trois de ses proches seront désormais aux commandes de la Défense, de l’Administration territoriale et de la Protection civile ; une aubaine pour ceux qui avaient fait le vœu d’assurer et de garantir l’intégrité du territoire. La preuve qu’au Mali, la junte n’a jamais vraiment quitté les plus hautes sphères du pouvoir.

Et enfin, la part du médiateur, avec la nomination de Sadio Lamine Sow, seul ministre d’Etat, en tant que chargé des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Ce proche du président du Faso quittera donc Kosyam et ses fonctions de conseiller spécial, pour se rapprocher de Koulouba. Ainsi, l’homme qui, il n’y a pas si longtemps, murmurait encore à l’oreille de Blaise effectuera un retour remarqué dans son pays d’origine, et il est fort à parier qu’il sera l’œil et les oreilles du médiateur sur les rives du Djoliba. Il reste à espérer que la greffe prendra.

H. Marie Ouédraogo

L’Observateur Paalga

Source : lefaso.net, le 26 Avril 2012