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«Partout dans le monde les dirigeants sont choisis sur la base de leur compétence» Le spationaute Cheick Modibo Diarra ne pouvait dire mieux dans cette interview accordée à l’Indépendant, en avril 2011. Chose dite, chose faite. Le nouveau gouvernement qu’il vient de former va assurément dans le sens de l’opinion.

De façon générale il fait l’unanimité même s’il est composé d’illustres inconnus. Certes la politique n’est pas de la mathématique pure mais le nouveau premier ministre veut diriger les affaires de la nation avec autant de minutie, de précision et d’efficacité comme s’il s’agissait d’envoyer une fusée Titan sur la planète mars. Au demeurant, a dit le sociologue français Emile Durkheim, chaque peuple, à une époque donnée, a les gouvernants qu’il mérite. Aussi, dans l’époque trouble que nous traversons, l’heure est à la compétence, à l’intégrité voire au sacrifice.

Ce n’est pas seulement un gouvernement de mission, c’est un gouvernement d’urgence vu la nécessité de récupérer rapidement les territoires perdus sans lesquels il ne saurait y avoir d’élection. Quand un gouvernement de mission en remplace un autre, cela signifie que la roue de l’histoire tourne même si c’est de façon impromptue. Au nom du déterminisme historique, il n’y a pas d’accident dans l’histoire, tout est de cause à effet, il n’y a pas de fumée sans feu, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Quelques politiciens parmi les plus honnêtes ont apprécié à sa juste valeur la composition du nouveau gouvernement. On citera pêle mêle Moussa Mara de Yelema, Tiéman Coulibaly de l’UDD, N’Diaye Ba du PDES, Younouss Hamèye Dicko du RDS. Eux aussi ont hate que les grandes échéances arrivent pour s’emparer du pouvoir mais ils ont réfréné leur ardeur par pur patriotisme. Tel n’est pas le cas d’une frange importante de la classe politique qui s’est regroupée dans les deux extrêmes du clivage actuel : le MP22 et le FDR. D’un côté comme de l’autre, c’est bourré de jusqu’aux boutistes et de va-t-en-guerre. Ces opportunistes de la pire espèce avaient cru leur heure arrivée. Ils ont même failli en découdre au cours de batailles rangées entre pro et anti-putsch. D’un côté le requin Oumar Mariko qui se voyait déjà propulsé au devant de la scène et de l’autre Siaka Diakité le dindon de la farce qui a pris les rênes d’un regroupement de têtes brûlées. Ne sait-il pas que le FDR c’est le coppo bis, cette organisation extrémiste qui empêchait le peuple malien de dormir au temps de Alpha ?.

Mécontents, ils ne peuvent donc que prendre acte de la formation du nouveau gouvernement qui est un gouvernement de consensus et d’union nationale du peuple tout entier. Ceux qui s’accrochent désespérément à l’accord-cadre pour avoir des strapontins en ont eu pour leur frais. Ce texte et même la constitution ne sont ni la Bible ni le Coran. En tout cas le FDR, comme il l’a dit, surveillera le gouvernement de transition tout comme le peuple surveillera le FDR comme le lait sur le feu. En cette période déjà trouble, plus question de troubler l’ordre public.

Exit donc les politiciens et leurs querelles de chiffonniers car dans ce gouvernement, contrairement à ce que certains disent, il n’y a ni Adema,ni MPR, aucun parti politique n’a été consulté. Et en quoi c’est la revanche de Moussa Traoré, comme le disent les langues fourchues, quand Tiénan Coulibaly et Dr Cheick Modibo Diarra se retrouvent aux affaires ? Le premier est un ancien ministre des finances du général, le second est son beau-fils. Les gens ont l’esprit retors et l’amalgame est vite tissé dans ce pays. En fait nul n’ignore que le savant de la NASA a épousé la fille de l’ancien président en 1993 quand celui-ci avait déjà été mis au gnouf par les barbudos de la révolution de mars. Il y a assurément une volonté manifeste de nuire à l’homme quand une telle légende le suit comme son ombre. Mais les chèvres ne grimpent pas à tous les baobabs qui tombent.

Cheick Modibo Diarra a déjà pris la mesure des périls qui menacent la transition. Sans être Augusto Duarte dit Pinochet, il lui faut des bras d’acier dans des gants de belours. Il vient d’ailleurs de taper du poing sur la table pour prévenir les revendications corporatistes et envoyer un signal fort à Oumar Mariko et à ses boutefeux.

Mamadou Lamine Doumbia

L’Indépendant du 27 avril 2012