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Afribone : Vous héritez du Conseil national de la jeunesse du Mali (Cnj-Mali) dans un contexte de crise qui a mis la structure à rude épreuve. Comment comptez-vous la redynamiser ?

Mohamed Salia Touré : Effectivement, nous avons hérité d’un conseil complètement à terre. Notre premier travail consiste à redorer le blason du CNJ et c’est le sens de toutes les actions que nous sommes en train de mener actuellement. Nous multiplions les rencontres avec les institutions de la république. Le président de la république nous a reçus il y a quelques temps ; les autres institutions vont suivre. Nous rencontrons les ministres du gouvernement pour leur expliquer la nouvelle vision qui est celle de la rupture avec tout ce qui s’est passé. Le conseil revient aux jeunes qui sont en âge d’y être membres. Il va beaucoup mettre l’accent sur la formation civique et citoyenne des jeunes. Voila brièvement comment nous pensons redynamiser le conseil.

Vous venez de le souligner, le président de la République vous a reçu. Il nous revient qu’il vous a accordé son «soutien total» au cours de cette audience. Que vous inspire une telle déclaration du chef de l’Etat ?

Effectivement, nous avons eu le bonheur de rencontrer le président de la république et de lui expliquer notre vision du Conseil national de la jeunesse du Mali. Nous lui avons témoigné notre disponibilité à l’accompagner dans la mise en œuvre de tous les grands chantiers qu’il va ouvrir au bénéfice du Mali de façon général et de la jeunesse de façon particulière. En retour, il nous a assuré de son soutien indéfectible à toute la jeunesse malienne et au CNJ- Mali dans toutes les actions de développement que nous allons être amenés à entreprendre. C’est un bonheur pour le tout nouveau bureau du conseil de rencontrer le chef de l’état et de bénéficier de son soutien.

Ce soutien ne pourrait-il pas être interprété comme un signe de complicité entre autorités et leaders du CNJ au détriment des intérêts de la jeunesse ?

Pas du tout! Il doit y avoir une complicité entre les leaders de jeunesse et les autorités du pays. C’est très normal. Dire que cette complicité se fera au détriment de la jeunesse malienne, c’est autre chose. Je rappelle juste que le conseil national est la structure faitière des mouvements et associations des jeunes du Mali. C’est une organisation de la société civile qui a vocation de renforcer les capacités des jeunes. C’est un outil de promotion de la jeunesse. Nous ne seront complices d’aucune forme de complots sur le dos des jeunes, bien au contraire. Nous sommes là pour les jeunes et nous allons faire le plaidoyer auprès des autorités pour qu’il y ait des programmes au bénéfice de la jeunesse.

Quelle influence réelle le CNJ peut avoir sur les décisions des pouvoirs publics ?

Dans la mesure où c’est une faitière, si la jeunesse reste soudée, si on se donne la main, bien sûr que nous pouvons peser de tout notre poids sur toutes les décisions qui concernent la jeunesse. Aujourd’hui, nous avons l’avantage que le département nous concerte par rapport à tout ce qui se fait concernant les politiques de promotion de la jeunesse. Nous sommes concertés mais aussi associés à la mise en œuvre des projets. C’est à nous de profiter de cette situation et de faire en sorte qu’il y ait plus de projets en faveur des jeunes.

Et ce sera le cas au cours de votre mandat ?

Absolument. J’ai été élu pour ça et je me battrai pour ça avec les autres membres du bureau.

Les frustrations liées au chômage sont criardes. Quelles sont vos ambitions face à ce fléau qui touche durement les jeunes ?

La question de l’emploi des jeunes touche beaucoup de pays africains. Ce n’est pas que le Mali. Il y a des initiatives en cours à la fois au niveau de l’Agence pour la promotion de l’emploi jeune (APEJ), du Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (FAFPA) et de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) mais aussi au plus haut sommet de l’Etat. Le président de la république a annoncé dans son programme la création de 200.000 emplois à l’horizon 2017. C’est insuffisant au regard du fait que 300.000 personnes viennent chaque année sur le marché de l’emploi mais c’est quand même un bon départ.

Nous allons nous inscrire plus dans les dynamiques de création d’emplois, de renforcement de l’employabilité des jeunes. Nous soutiendrons ces initiatives mais nous allons aussi plaider auprès des partenaires afin que les capacités de résilience des jeunes soient plus renforcées. C’est une priorité des plus hautes autorités du pays ; c’est inscrit dans leurs agendas et toutes les initiatives qui sont en cours témoignent de cela. Nous jeunes, nous ne pouvons qu’accompagner cela et demander à ce qu’on créé encore plus d’emploi.

Est-ce que vous avez les moyens de contrôler la faisabilité de ces ambitions ou intentions déclarées ?

Oui, nous avons les moyens de les contrôler puisque le CNJ-Mali est représenté dans plusieurs conseils d’administrations, notamment au niveau de l’APEJ et du FAFPA. Même si nous ne sommes pas au conseil d’administration de l’ANPE, nous suivons de très près cette structure également à travers des représentants qui y sont. Nous entretenons de bonnes relations avec le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle et celui de la jeunesse et des sports. Ces différents canaux nous permettent d’être au courant de tout ce qui se passe.

Le CNJ a longtemps été caractérisé par des luttes d’influences qui ont souvent paralysé l’action de l’instance dirigeante. Quelle solution préconisez-vous pour une unité d’action de la jeunesse malienne ?

Les défis qui se posent à la jeunesse sont très nombreux et assez particuliers. Ce sont des problèmes de formation et d’emploi. Ce sont des défis que nous ne pouvons pas relever dans la division, dans la divergence. C’est dans l’unité, la cohésion que nous pouvons être amenés à porter notre voix. Les luttes d’influences, il y en a eut mais nous nous inscrivons en rupture avec toutes les anciennes pratiques qui ont contribué à marginaliser la jeunesse : les luttes pour des intérêts personnels. Nous sommes venus pour lutter pour l’intérêt collectif. Nous voulons qu’il y ait plus de regard sur la jeunesse dans les politiques publiques. Il faut responsabiliser la jeunesse.

Dieu merci, nous avons en face des autorités qui sont sensibles à cette question. Le président de la république est sensible à la démarche des jeunes. Il nous l’a dit à l’audience qu’il nous a accordée. Je pense que ça se traduit dans les faits lorsqu’on regarde les choix opérés dans la formation du gouvernement. Dans son propre cabinet, son directeur de cabinet est jeune. Cela veut dire qu’il y a un bon vent qui souffle vers la jeunesse. C’est à nous, jeunes, d’être assez responsables pour mériter la confiance placée en nous.

Pourquoi les jeunes n’arrivent-ils pas à briller au sein des instances de décisions du pays ?

Ce qui nous fragilise, c’est le fait que nous ne nous entendons pas. Les questions personnelles dominent très souvent nos rapports et font que les autorités ne nous font pas confiance. Ce sont donc des intérêts égoïstes qui ne permettent pas une véritable promotion de la jeunesse. Il faut qu’on les mette de côté.

Quelle proposition faites-vous en vue d’une restructuration du système éducatif qui est le lieu de formatage des futures cadres du pays ?

jpg_une-2569.jpgEffectivement, l’école a vocation d’être la pépinière des cadres de l’Etat. Cette école au Mali connait malheureusement des problèmes depuis des décennies. Les solutions, on ne va pas les inventer. Elles sont connues. Il y a eu tellement de fora dans ce pays sur l’éducation que toutes les solutions ont été identifiées. Il y a par exemple les recommandations du forum national de l’éducation qui s’est tenu en 2010. Cela permettra de sortir notre école de l’ornière et développer beaucoup plus d’alternatives de formations pour les jeunes qui quittent le système scolaire de manière précoce. Notre problème, c’est la mise en œuvre de ces solutions. Nous pêchons toujours dans la mise en œuvre des recommandations des forums.

Il faut dire que le taux de scolarisation a atteint un niveau très élevé au Mali (80%), mais à coté, le taux de déperdition scolaire est prêt de 40%. Il n’y a donc pas d’alternative de formation adaptée pour ces jeunes qui quittent le système scolaire. Je voudrais qu’on multiplie ces alternatives. C’est une véritable bombe sociale qu’il faut songer à désamorcer.

La jeunesse doit se mobiliser et rompre avec le déterminisme, le fatalisme. Je lance un appel à la responsabilité. Chacun doit se dire que personne ne viendra faire notre pays à notre place. Il faut qu’on prenne nos responsabilités et que nous rompions avec l’immobilisme pour être des vrais acteurs porteurs du changement. Il faut qu’on accepte de se former de manière à se doter d’outils performants pour la compréhension des évènements qui animent la vie de notre société.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly et

Cheick Larab Diarra

© AFRIBONE

Le 24 Janvier 2014

*Coalition des jeunes pour le Mali

** Centre de formation des jeunes dans le métier de la chaudronnerie et de la tuyauterie