Partager

Nouhoum Keïta, secrétaire administratif du parti Sadi : «Le Mali se trouve dans un piège mortel»

Dans un entretien qu’il nous a accordé ce mercredi 5 Février 2014, le secrétaire administratif de la Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi), Nouhoum Keïta, a fait part des réserves de son parti dans la perspectives des futures négociations entre le gouvernement et les groupes armés du nord du pays. Il réagi ainsi à la visite des membres du conseil de sécurité de l’Onu qui a séjourné au Mali du 2 au 3 Février dernier.

jpg_une-2624.jpgAFRIBONE : Quels enseignements tirons-nous de la visite de la délégation du Conseil de Sécurité à Bamako ?

Il est difficile de tirer à chaud des enseignements sur la visite de la délégation du Conseil de Sécurité à Bamako. Nous savons qu’elle s’est faite au pas de charge. Et très honnêtement au Parti SADI, nous sommes restés sur notre faim. Nous avons beaucoup d’inquiétudes au sujet de l’attitude du Conseil de Sécurité qui exerce des pressions énormes sur le Gouvernement du Mali afin qu’il engage les discussions avec les différentes factions de la rébellion du nord du pays sur la base de l’accord de Ouagadougou. Or, certaines dispositions de cet accord risquent de conduire à la partition du Mali. Cet accord est un piège mortel.

Par exemple, l’article 6 dudit accord parle de cantonnement et de désarmement des groupes armés ainsi que le redéploiement des forces de défense et de sécurité. L’armée du Mali, elle, est superbement ignorée. Pourquoi ? S’agit-il uniquement des forces de police et de gendarmerie ? Et comble de l’ironie, l’accord indique que l’opération de cantonnement se fera sous la supervision d’une commission technique de sécurité ! Quel est le pays au monde qui accepterait une telle conditionnalité ? On parle d’une équipe mixte d’observation et de vérification de l’accord de Ouagadougou. Cela veut dire que le MLNA y siègera au même titre que l’Etat du Mali. Cela n’est-il pas contraire au principe de cantonnement et de désarmement ?

Autre inquiétude : on parle de redéploiement des forces de défense et de sécurité du Mali, en même temps, on affirme un gel des positions sur le terrain notamment l’interdiction d’occuper de nouvelles positions avec le positionnement de la MINUSMA à Anéfis et à Kidal. Cela signifie que l’Armée malienne a les pieds et les mains liés. Elle ne peut donc plus agir de son propre chef. La MINUSMA devient de facto une force d’interposition. Ce qui avait été dénoncé par le Mali en son temps. Cela est contraire à ce qu’avait donné l’ONU comme assurances ! C’est là un aveu de leurs intentions réelles : la partition de fait du Mali ?
A Ouagadougou, on a parlé de cantonnement et désarmement des groupes armés mais on a pris soin de le renvoyer après la signature d’un accord de paix global et définitif ! Plus question pour ces groupes armés de déposer les armes ! Aussi, dans cet accord, la notion de redéploiement effectif de la gendarmerie et de la Police a été remplacée par la notion de redéploiement progressif de ces services de sécurité et plus tard de l’armée malienne ! Cela signifie que ce sont les grandes puissances, à travers la MINUSMA, qui décident. Et contrairement aux proclamations officielles du Conseil de Sécurité, l’Etat du Mali a les pieds et les mains liés. Il est placé sous tutelle. Souvenez-vous des actes de provocation et d’humiliation que subit l’Etat dans la région de Kidal ? Nous savons tous que l’objectif recherché est de donner un statut juridique à la région de Kidal. Ce qui n’est acceptable ni politiquement, ni moralement…

Quelles sont les réserves du parti Sadi pour les futures négociations ?

Le Gouvernement doit conditionner toute reprise des discussions au désarmement des groupes armés. Il n’est pas question d’accepter de s’asseoir à la même table avec des gens armés ! Il ne faut pas accepter d’accorder un statut quelconque aux régions nord. Pourquoi ? Le droit des peuples à l’autodétermination est reconnu et consacré par le droit international. Mais ce droit est accordé exclusivement aux peuples soumis à la subjugation, à la domination ou à l’exploitation étrangères. Il a un caractère résolument collectif et il est refusé aux individus. Cela pose le problème de la crédibilité et de la légitimité du MNLA et des autres composantes de la rébellion armée.

Aussi, l’Azawad n’est pas un territoire consacré sur le plan historique ni même confirmé comme appellation locale d’un terroir géographique. Jamais dans notre histoire, la zone n’a connu l’existence d’un territoire colonial avec un statut séparé et distinct de celui du reste du territoire de l’Etat qui l’administre. Elle n’est donc pas et n’a jamais été sous occupation étrangère (militaire ou administrative). Les Touaregs du Mali ne constituent pas un peuple colonisé par une puissance étrangère qui serait le Mali ;

Par ailleurs, notre Constitution de 1992 dans son article 25, consacre expressément le principe de l’indépendance, de la souveraineté et de l’indivisibilité de la République. Sur le plan du droit international, nous devons rappeler l’exigence du respect du principe fondamental de l’intégrité territoriale du Mali, en opposition de la reconnaissance de la sécession du MNLA.

C’est au nom de ces principes que nous demandons au Gouvernement d’agir dans l’intérêt supérieur de notre pays. Nous savons qu’il y a des intérêts géostratégiques et géopolitiques derrière cette crise ; que le rapport de force sur le plan international ne nous est pas favorable. Mais, il revient au Gouvernement d’instaurer le débat au sein de notre peuple sur cette question pour changer ce rapport de force. Seul le peuple est en mesure de lui donner la solution.

Entretien Réalisé par Seydou Coulibaly

© AFRIBONE

Le 5 Février 2014