Partager

Au regard de ce qui se passe en ce moment au Mali, on ne peut s’empêcher d’avoir la nostalgie de cette époque où on s’était pris à rêver que ce pays commençait à écrire son nom en lettres d’or dans le registre très fermé du gotha des pays africains s’étant résolument inscrits dans la dynamique difficile mais irréversible de la démocratisation, la vraie.

Le bilan, à l’heure actuelle, y est des plus catastrophiques : une rébellion des plus irrédentistes et des plus rancunières, qui se manifesta dans les toutes premières semaines de l’année 2012 ; dans la foulée, un coup d’Etat avec toutes ses mimiques simiesques, mené par un bouillant capitaine (tiens ! un de plus !) qui, depuis sa mainmise sur l’appareil d’Etat, souffle le chaud et le froid, multiplie les promesses publiques, qu’il s’efforce de renier en secret ; puis renaît l’espoir : ATT, le président renversé, est remplacé par Dioncounda Traoré, et un gouvernement formé ; la CEDEAO, qui joue au sapeur-pompier dans l’incendie malien, s’emmêle les pinceaux ; le président burkinabè, Blaise Compaoré, nommé médiateur par ses pairs, fait de son mieux ; mais visiblement, ce dossier malien s’avère plus corsé que les autres qu’il eut à traiter, dans d’autres pays membres de la CEDEAO.

On navigue de sommet en sommet, d’accord en accord, avec toujours la fort désagréable impression qu’à chaque nouvelle rencontre, on se trouve dans l’obligation de retourner à la case départ. La roublardise du capitaine putschiste y est pour quelque chose ; l’homme donne l’impression de retirer d’une main ce qu’il cède de l’autre ; et comme de partisans, il en a, de toute évidence, l’équation malienne se retrouve aujourd’hui à plusieurs inconnues ; et peut-être pour un long temps, car, enfin, la situation malienne à ce jour se présente ainsi : un chef d’Etat tabassé qui se voit dans l’obligation de recourir à l’ancien colon pour se faire soigner et qui, pour ce faire, doit céder les rênes d’un pouvoir encore mal assuré à son Premier ministre, qui a toutes les raisons de se sentir frileux ; et ce, au moment même où la CEDEAO sue sang et eau pour trouver une solution à la quadrature du cercle malien ; tandis que, sur place à Bamako, partisans de Sanogo et fervents d’ATT donnent tous les signes qu’ils sont prêts à en découdre d’un moment à l’autre.

Les grands gagnants de cet imbroglio politico-social malien demeurent, bien sûr, les groupuscules militaro-religieux qui se sont emparés des deux tiers du territoire malien : MNLA, Ansar ed Dine, Aqmi ainsi que leurs amis, obligés et affidés ; un temps, ils s’attendaient à une contre-offensive visant à récupérer le territoire que leur guerre éclair leur a permis d’occuper, pratiquement sans coup férir, mais, de toute évidence, elle ne viendra pas de si tôt. Alors, ils savourent leur victoire en espérant en engranger d’autres, tant il est vrai que la guéguerre qui divise Bamako à ce jour préfigure de beaux jours pour la rébellion au nord du pays.

Le Mali ne méritait pas ce cataclysme paralysant qui lui est tombé dessus et menace de le maintenir ankylosé pour longtemps encore. Pire, on ne voit poindre de nulle part la lueur qui permette d’affirmer que le début de la fin est pour bientôt ; à tel point qu’il n’est point saugrenu de se poser l’interrogation suivante : si le secours de la CEDEAO s’avère si inefficace, qu’est-ce qui, raisonnablement, empêche d’avoir recours à d’autres instances ? Elle est bien africaine, la maxime qui dit qu’«à défaut de sa mère, l’enfant tête sa grand-mère». Il s’agit ici d’une démocratie africaine fortement en péril qu’il faut forcément sauver du gouffre ; pour ce faire, il semble désormais évident que les pistes de solutions jusqu’à ce jour explorées ne sont pas les bonnes ; il faut alors opérer le nécessaire tour de barre… ne serait-ce que pour redorer le blason malien et sauver la démocratie en terre africaine.

Yattara Ibrahim

L’Informateur du 30 Mai 2012