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Certaines filles vont jusqu’à emprunter les habits de leurs amies pour se faire belles.

Aujourd’hui, les Bama-koises déploient beaucoup d’efforts pour se sentir bien dans leur peau. Ces jeunes filles accordent une grande importance à leur apparence. Look soigné, coquettes, bien habillées, bien coiffées, les demoiselles sont prêtes à tout pour paraître belles. Pratiquement, toutes les jeunes filles souhaitent paraître sous leur meilleur profil.

jpg_5656_12.jpgIl se dit à juste titre, que la beauté est symbolisée par la femme. Depuis les époques lointaines, les jeunes filles s’affairent quotidiennement à séduire les futurs prétendants. De nos jours, le phénomène perdure. Mais il se dégrade. En effet, la majorité des bamakoises ont une apparence bien soignée indépendamment de leur cadre de vie pollué.

Comme le dit un fameux slogan « ces élégantes s’habillent comme des reines, mais leur royaume est un taudis. » Contrairement à la gent masculine, qui peut être jugée selon d’autres critères, la beauté physique et l’apparence constituent le « fonds de commerce » féminin. C’est justement au nom  » du paraître belle« , que plusieurs jeunes filles empruntent quotidiennement les habits de leurs copines. Leur souci permanent est de capter les regards et dompter les admirateurs.


Aujourd’hui «  à Bamako, tout se prête » dit-on.
Les habits, les chaussures, les maquillages, les pommades pour peau changent de main tous les jours. Même les pochettes et les sous vêtements ne sont pas épargnés.

avis partagés

Les filles ont des avis partagés sur ce phénomène. Si les amateurs de cet échangisme nouveau se défendent bien. elles soutiennent que « personne se suffit à seul et qu’une élégante a toujours besoin de l’autre pour satisfaire ses caprices ». Ce plaidoyer pro-domo est vivement rejeté par une majorité indignée. Ce groupe combat la facilité, la paresse et surtout la folie des grandeurs des « emprunteuses de belles parures« .

Ainsi la sereine Kadidia, étudiante de son état à l’Université de Bamako conseille à ses soeurs  » de s’habiller selon leur pouvoir d’achat ». Les filles qui ne portent que les belles parures des copines sont comparables à la grenouille de la fable qui perdit la vie en voulant se faire plus grosse que le boeuf.

Mme Diallo Adam Sangaré est mère de famille. Selon cette septuagénaire, l’emprunt d’habit ne date pas d’aujourd’hui. « A notre époque, le prêt des habits s’opérait entre soeurs, entre frères ou entre les membres d’une même famille. On cotisait même pour acheter les habits, les chaussures ou des parures » témoigne la sagesse.

« Cependant, cela ne se faisait pas en dehors du cadre familial. Car, chez certaines ethnies, une femme doit savoir se suffire à elle seule et se contenter de ce qu’elle possède. D’ailleurs, une femme emprunteuse s’expose à beaucoup de risques notamment à la malédiction » affirme Mme Diallo Adam Sangaré.


Mme Assétou Samaké
, fonctionnaire de son état, rejoint notre précédente interlocutrice. Elle raconte qu’une de ses voisines de quartier est venue lui emprunter des habits et des bijoux à l’occasion d’une cérémonie sociale où elle voulait « paraître ». Étonnée, Mme Samaké lui fait savoir qu’elle n’a jamais fait de prêt et que cela ne va pas commencer maintenant. La dame Assétou propose de l’argent à la visiteuse qui refusera cette offre. Et depuis ce jour l’emprunteuse n’a jamais remis les pieds chez elle.


La belle Mariam vit dans un quartier populaire de Bamako.
Selon, cette branchée de la capitale, emprunter un habit est devenu monnaie courante à Bamako. « Moi, j’emprunte les habits de mes sœurs , de mes copines. Bref on se dépanne quoi! conclut-elle en riant« . Et elle continue en ces termes:  » mes copines par exemple, viennent emprunter chez moi les bodies, les jupes, les chaussures, les soutiens-gorge. Certaines prennent souvent les sous vêtements » explique sans gêne la jeune Mariam.


Une autre étudiante Awa Ouologuèm
, d’une faculté de la capitale est d’avis contraire. Cette charmante demoiselle, juge qu’emprunter les habits de ses copines pour paraître belle est une façon de se rabaisser, de se considerer aux yeux de ces dernières.

Awa affirme qu’elle n’a jamais emprunté les habits des copines. Mais elle reconnaît que dans son entourage, nombreuses sont les élégantes qui empruntent pour se rendre dans des cérémonies sociales.


Selon Awa,
celle qui emprunte les habits ou les parrures de sa copine, ne pourra plus jamais parler la tête haute devant sa bienfaitrice. Awa va plus loin. Elle estime que les filles qui se comportent ainsi sont tout simplement trop ambitieuses. « A force de vouloir ce que tu n’as pas, prévient Awa, tu risques de commettre l’irréparable » L’étudiante a la tête sur les épaules. Elle conseille à ses soeurs de rester elles-mêmes.

Les maladies aussi s’empruntent

Malheureusement, beaucoup de jeunes abonnées aux emprunts ignorent qu’elle courent le risque d’emprunter à travers l’habit les maladies cachées d’une personne.
En effet, les habits et les chaussures peuvent être à la base de la transmission de certaines maladies.

Le Dr. Awa Sagara, dermatologue au CENAM (ex Institut Marchoux), cite que les maladies les plus fréquentes que l’emprunt peut occasionner sont les mycoses cutanées, la varicelle, la gale et certaines piodermites. Le lot comporte aussi quelques passagers clandestins indésirables comme les poux ou les puces.

« La mycose cutanée est une atteinte de la peau due au développement de champignons parasites. Elles se transmettent par les échanges d’habits. Elles peuvent être superficielles intéressant l’épiderme et les muqueuses. Elles peuvent être profondes, semi-profondes ou systémiques. La gale est une infection contagieuse de la peau causée par un parasite (acarien) à 8 pattes. Elle se transmet d’une personne à l’autre par contact cutané, par le biais de la literie, du partage de linge de toilette ou d’habits » explique la spécialiste Awa Sagara.

Ce phénomène de l’emprunt des habits prend de l’ampleur dans notre capitale. Elle interpelle surtout les parents. Ils doivent exercer plus de contrôle sur leurs enfants (surtout les jeunes filles). Ils doivent être plus attentifs aux habits que leur progéniture porte en s’assurant de leur provenance.

Aïssata Traoré

Essor du 15 Mai 2009