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une-80.jpg Une fois les tractations pour le futur mariage terminées, le jour « J » selon la tradition diawanbé, la mariée sera conduite dans la chambre nuptiale dans la soirée. Après le dîner, le marié accompagné de son griot (mabo) et de ses amis viennent occuper la salle principale de la maison parentale. Le salon joue ce rôle dans les concessions modernes d’aujourd’hui. Les tantes, les sœurs du marié et les griots de la famille accourent. Il règne une extraordinaire ambiance de fête. Les joueurs de tamanis s’activent. Les griottes rivalisent de louanges.

Les personnes âgées désignées à cet effet exécutent un rituel précis. Elles font porter au marié un boubou blanc, un chapeau blanc. Elles entourent sa tête d’un turban blanc. Les tantes remettent à leur neveu une couverture richement tissée de toutes les couleurs. Le marié et ses compagnons sont invités à monter dans un cortège de voitures pour se rendre chez la mariée. Le carrousel de voitures s’arrête devant la porte. Les tantes de la mariée accueillent et leurs griottes accueillent leur gendre et sa délégation. Les hôtes sont installés dans une famille voisine. Les tantes reviennent tresser la mariée. Après elles déclinent les coutumes à respecter. Les jeunes filles de la famille de la nouvelle mariée recevront 25000fcrs CFA. Une enveloppe de 50 000fcrs CFA est attribuée aux mamans. Les tantes se partageront 25000Fcfa. Les grands-mères se contenteront de 2000Fcfa. Une prime de surveillance de 2500 ou 5000frcs est affectée aux cousines. Elles veillent sur la nouvelle mariée pour empêcher ses sorties inopportunes. Les mères recouvrent sa tête de la couverture symbolique apportée par le fiancé. Ainsi dignement emmitouflée dans ces parures solennelles la nouvelle mariée est confiée aux soins de la délégation maritale qui la mène à la chambre nuptiale.

Avant de se rendre à la chambre nuptiale la mariée est conduite dans sa belle famille pour être présentée aux beaux parents. Le couple est transféré après cette cérémonie dans la chambre nuptiale. Cet endroit est choisi en dehors des deux belles familles. Le couple amoureux y passe une semaine de joyeuses noces. Le premier jour, c’est une natte qui fait office de couchette. Aujourd’hui ce décor humble a tendance à être remplacé par le matelas-mousse ou mêmes des lits très confortables. Trois jours après le début de la quarantaine nuptiale, l’accompagnatrice, la « magnanbagua » prépare une grande quantité de bouillie de mil. Toutes les jeunes filles des deux belles familles sont conviées à ce repas frugal. Après avoir bu toute la bouillie elles commencent à démonter les bandes mal cousues à dessein de la couverture symbolique qui recouvre la tête de la mariée.
Les jeunes filles passent après au jeu suivant. Elles se remplissent la bouche de bouillie dont elles recrachent les graines de mil sur le marié et ses amis. Chaque compagnon copieusement arrosé de bouillie tente d’attraper une des provocatrices. La garde d’honneur montée autour de la mariée se disloque. Le groupe choisi parmi les jeunes filles passent à l’action, kidnappe la nouvelle mariée qui joue le jeu. Elle vont la cacher quelque part. Elle y passe la nuit jusqu’à l’aube.

Ce rituel se répète deux fois avant la fin de la semaine nuptiale. A la fin de la semaine, les mères vont chercher la mariée. Elle reçoit de bonne heure une nouvelle coiffure parsemée de bijoux en or et de perles précieuses. Cette étape traduit la fin de son séjour en chambre nuptiale. La journée est appelée « Jour de lessive » ou « Kognon fini ko » en bambara. Elle se déroule dans la famille du marié. Plusieurs bassines sont alignées pour que la mariée y trempe les habits de son mari. Elle les rince trois fois. Chaque geste de celle qui entame sa nouvelle vie conjugale est accompagné des youyous de joie, des quolibets de ses belles soeurs encore célibataires. L’assemblée des amies et parents célibataires clame en choeur:<>Ce rite consacre la soumission de l’épouse à l’autorité de son mari à vie Pour le pire et le meilleur.

Minata Amadou LAH

Essor du 08 août 2008