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web-62.jpgDans nos villes, à la différence de nos compagnes, leur vie est moins mouvementée. La vieillesse est pénible à supporter lorsqu’on reste à ne rien faire. Une pensée de chez nous soutient que « la vieillesse ne libère pas des tâches quotidiennes la personne âgée sans soutien familial« . Nous avons mené l’enquête à Bamako, Koulikoro et Kangaba. Dans le présent article, quelques honorables grands-mères de la capitale dévoilent leurs états d’âme.

Vente du bois de cuisine

Nous sommes à Niaréla, l’un des plus vieux quartiers au cœur de Bamako. La vieille H. Niaré vit dans la grande famille fondatrice de la ville. Agée de 78 ans, H. Niaré jouit pleinement de toutes ses fonctions sensorielles. Mais elle se déplace difficilement. « Je remercie Dieu, j’ai vu mes enfants, mes petits enfants, mes arrières petits enfants« , lance-t-elle. La seule occupation de grand-mère Niaré après la prière est de vendre du bois de cuisine. Elle mène cette activité depuis son adolescence.

Les petits entretiens qu’elle accorde aux clients suffisent pour meubler son temps dans la journée. Compte tenu de ses difficultés à se déplacer, elle a engagé un vendeur qu’elle tient à l’oeil. De temps à temps, elle est entourée de plusieurs amies de son groupe d’âge. L’argent gagné est partagé entre les belles filles pour les aider à relever le goût de la popote commune et à distribuer de l’argent de poche à leurs enfants. La grand-mère H. Niaré est heureuse. « En attendant son tour« , ajoute-t-elle le sourire épanoui.


Dikourou Cissé est âgée de 82 ans
. Elle est venue à Bamako pour se soigner. Elle réside au milieux des siens à Hamdallaye. Mais elle a du mal à supporter le milieu urbain. Elle a tenté plusieurs fois d’interrompre son traitement pour retourner au village. La famille a eu toutes les peines du monde pour la faire revenir sur sa décision. La grand-mère peule a fini par se résigner. Ses enfants lui ont décroché un poste de nourrisse dans une maison voisine. Elle meublait ainsi ses journées à Mopti, la Venise malienne, avant de se retrouver à Magnambougou. Cette occupation a permis à Dikourou Cissé reprit goût à la vie à Bamako.

web-61.jpgLa mère Baro a été confrontée au même problème que la grand-mère peule. Elle est venue du village sur invitation de son fils. La vieille n’arrive pas à s’adapter à la vie urbaine dans la villa cossue de Korofina. Après de multiples entretiens pour situer la source de son ennui, son fils l’aida à retrouver son jeu favori. Il procura à sa mère quelques kilos de coton brut et une paire de cardes. La dynamique bout de femme passe désormais son temps à peigner la matière textile et en enrouler des centaines de mètres de fil de coton. Et gare à l’imprudent qui osera relever que la poussière de coton nuit à la santé. Aux interdictions de carder, l’infatigable Baro répond par des crises de nerfs. Et souvent elle refuse de manger. Elle affirme qu’elle ne peut pas rester les mains croisées. Cette vieille maman n’a pas d’enfant à cajoler. Elle ne dispose pas dans la capitale d’un vaste champ pour la promenade. Elle ne supporte pas les véhicules et le tintamarre des moteurs et des klaxons. Baro a une idée fixe : « en travaillant le coton je me sens utile« .

« Le gros bonnet » Ba Fanta, à la différence des autres grand-mères, est un cas. Cette grand-mère de la capitale et son mari vivent à Bamako-coura, dans la même famille avec ses belles filles. Du haut de ses 71 ans, Ba Fanta s’occupe très bien de son mari. Et elle aime taquiner son entourage en lançant sa boutade favorite : « je reste sur mes 18 ans et je reste toujours une kognomousso« , lance-t-elle. Elle vie en parfaite harmonie avec tout le monde. Mais la vieille n’hésite pas à se braque dès qu’une belle fille tente de déposer son bébé dans ses bras. Elle n’est pas disposée à bercer « d’autres enfants« , faisant allusion à ses petits fils. Elle justifie ses refus. « J’ai déjà fait le mien. A mes belles filles de s’occuper de leurs enfants. Je réserve mon temps à entretenir mon Ladji (son mari)« .
Par ailleurs, Ba Fanta est toujours prête à donner un coup de main dans la cuisine. Les causettes avec ses belles-filles, ses fils et surtout son mari l’aident à surmonter l’ennui.

La vieille Rokia explique que toutes celles qui ont atteint le seuil du 3è âge ont un même souhait. Finir dignement leur vie.
« Nous sommes désormais des guides spirituels pour vous« , assure la sage Marie Madeleine. Cette très pieuse chrétienne et son amie de jeunesse et voisine Fatoumata consacrent la grande partie de leur journée à prier. Leurs matinées sont consacrées à Dieu. Les après-midi, les deux amies se retrouvent chez l’une d’entre elles pour deviser de tout et de rien au milieu de leur descendance.

Le contact avec nos grands-mères suscite toujours en nous de la tendresse. Et c’est réciproque. Ces douces vieilles mères et leurs descendants ressentent un très fort besoin de protéger l’autre. Ce pacte s’exprime avec des sourires spontanés dès que les deux êtres amis sont côte à côte. Que Dieu bénisse cette intimité vivifiante.

Hadeye TRAORE | Essor

9 novembre 2007