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Au cours de cette rencontre organisée dans la salle de conférence du gouvernorat de Kidal, Me Toureh a expliqué aux auditeurs que sa délégation a rencontré  » nos frères qui sont dans les collines. Ils sont compréhensibles et nous ont promis de rester tranquilles jusqu’à d’éventuelles négociations. Ils veulent la paix et souhaitent être entendus. Nous allons les soutenir dans cette voie et demander au pouvoir d’ouvrir des négociations avec eux. Si le feu se déclare chez ton voisin, si tu ne l’aides pas à l’éteindre, il finira par t’atteindre. Nous n’accepterons pas qu’il y ait un coup de feu pouvant entraîner tout le monde « .Il a ensuite invité les membres de son association à s’investir pour l’unité nationale, un Mali uni et indivisible

En outre, le président de Air – Nord a invité les Kidalois à respecter les institutions de la République puisqu’on en peut pas construire un pays dans le désordre. Lors des interventions, certains ont dénoncé l’attitude des autorités de Bamako qui n’ont même pas daigné dépêcher une délégation à Kidal pour monter le moral des troupes et rassurer les populations. Le docteur Najim estime que le gouvernement a été laxiste dans cette crise. D’autres ont laissé entendre que Bamako s’intéresse peu à Kidal. C’est ainsi que le deuxième adjoint de la commune rurale de Kidal, Cheickna Ould Chégaly, a déploré que l’Armée sécurise et ravitaille Kidal-ville en laissant en ignorant les populations de la périphérie. Pour lui, «la sécurisation des populations est un tout. Sécurité physique, sécurité alimentaire, sécurité au niveau de la santé. Actuellement, on est loin de ce scénario. C’est le renforcement en armement auquel on assiste», a t-il déploré.

Précisons que cette réunion a eu lieu en présence des forces de sécurité et des agents de la Sécurité d’Etat. A peine la réunion terminée, le Gouverneur de Kidal téléphone à Elgabass N’talla, à la fois député de Kidal et président de Air-Nord, pour lui dire qu’il a reçu des instructions de Bamako demandant à la délégation de quitter immédiatement Kidal.

Les minutes qui ont suivi, le Capitaine de la Compagnie de la Gendarmerie, Oumar Sy, accompagné de ses éléments, est venu au pied- à -terre de Kidal (lieu d’hébergement de la délégation) pour demander à Me Harouna Toureh et sa suite de quitter la ville. Un véhicule de la délégation était au garage alors que celle-ci ne pouvait pas partir au grand complet. Alors, Me Toureh a sollicité auprès du gouverneur un autre véhicule. En vain. La délégation était obligée d’attendre la réparation de son véhicule. C’est ainsi qu’aux environs de 15 H 30 mn, elle a quitté la capitale de l’Adrar des Iforhas à destination de Gao. Arrivé dans la Cité des Askias aux environs de 22 h, Me Toureh et ses collègues ont été immédiatement arrêtés à l’entrée de la ville et conduits au Commissariat de police.

L’officier de police Judiciaire, M. Maiga s’est exprimé en ces termes : « le Directeur régional de la police, mon patron m’a demandé de vous conduire au bac, de vous sortir de la ville et de ne pas passer la nuit ici. Il m’a demandé également de procéder à une fouille minutieuse et de saisir tout objet suspect et surtout des casettes d’enregistrement s’il y en a « . Tous les membres de la délégation ont vigoureusement protesté contre cette mesure. Me Toureh a demandé que cette décision lui soit notifiée. « Je suis né à Gao et on m’interdit de séjourner chez moi. C’est incroyable. Je ne sortirai pas de Gao. Appelez-moi le Procureur ou votre Patron  » a-t-il martelé Après moult discussions, l’inspecteur de police Maiga a appelé au téléphone son Patron. Et celui-ci de dire au brillant avocat que «toi et ta délégation sont persona non grata à Gao». Très en colère, Me Toureh n’a pas s’empêcher de pousser un cri, se demandant dans quelle République sommes-nous.

Quelques dizaines de minutes plus tard, le Directeur régional de la Police arrive au Commissariat. Trois personnes de la délégation le rencontrent. Il s’agit de Me Harouna Toureh, de votre fidèle serviteur et de Ali ould Ahmed. « J’ai reçu des instructions de Bamako me demandant de vous conduire au bac, c’est dire que vous n’allez pas passer la nuit dans la cité des Askias. Je n’ai pas de discussions à faire avec vous, c’est terminé. » «Laissez-moi, au moins, m’expliquer le Directeur» a répondu Me Toureh. «Non, c’est terminé», rugit le Directeur régional de la police. Après de chaudes altercations, le Directeur régional de la police a finalement accepté que Me Toureh s’exprime. Celui-ci lui fera savoir qu’ en acceptant cette instruction, il violerait son serment qui est de dire et de défendre le droit.  » Ce qui est sûr, ce que je ne sortirai pas de Gao, ma ville natale à moins que vous ne me fassiez sortirmanu- militari  » a t’il déclaré.

Votre fidèle serviteur de demander au Directeur régional de la police s’il accepte d’exécuter des instructions qui jurent avec les dispositions réglementaires et législatives de notre pays. «Souvenez- vous du procès crime de sang. Qui a donné l’ordre de tirer ?» lui ai-je dit.
Et pour se justifier, il nous sort un décret datant du 7 Juin dernier et signé du président de la République, Amadou Toumani Touré. Il nous a lu un alinéa de ce texte qui de fait de Tombouctou, Gao et Kidal une « zone d’opération militaire ».

Me Toureh revint à la charge en martelant que ce décret n’annule point les libertés individuelles et collectives. « Nous avons le droit de séjourner sur notre territoire jusqu’à une décision judiciaire contraire » a relevé le bouillant avocat. Au finish, à 00 H 30 ce lundi 12 juin, le Directeur régional de la police a autorisé les membres de la délégation à passer la nuit chez leurs logeurs et tout en leur intimant l’odre de revenir à 9 h au Commissariat, d’où ils seront escortés jusqu’à la sortie de la ville. De plus, il leur a demandé de ne tenir aucune réunion ni faire de déclaration. A l’heure indiquée, personne n’était au rendez-vous et la délégation a décidé de quitter, de son propre gré, à 16 heures.

Chahana TAKIOU

13 juin 2006