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Depuis des mois, le Nord-Mali est envahi par des groupes armés se réclamant de l’islam (Ansaar Eddine, Mujao, Aqmi et des combattants du Mnla ayant retourné la veste pour s’adapter à la nouvelle situation) pour y imposer leurs lois. Ils disent vouloir y appliquer la Charia en tant que système juridique régissant et réglant le vivre-ensemble des musulmans. Mais plus le temps passe, plus on se rend compte d’inconciliables contradictions entre leurs déclarations et les actes qu’ils posent et imposent quotidiennement aux populations islamisées depuis des siècles.

Il est difficile de concevoir que dans cet espace, où les contentieux étaient principalement gérés par la médiation et l’arbitrage (très souvent en marge des juridictions modernes de l’Etat), fasse irruption d’étranges pratiques hautement barbares sous la couverture de la religion musulmane.

L’islam recouvre plusieurs paramètres: «une culture, une civilisation, une religion et un droit principalement civil». Ces quatre aspects sont intimement liés. Les envahisseurs ont choisi tout simplement le droit pénal dans cet ensemble en le détachant de son fond de culture et de civilisation pour s’en servir comme instrument de contrainte et de domination.

Or, à Tombouctou pendant toute la période du rayonnement de la civilisation musulmane, on a assisté à un équilibre juste entre ces différentes composantes susdites donnant à l’islam pratiqué dans cette zone un caractère de tolérance et de justice de renommée mondiale. De ce fait, le droit dans cette région du Mali comme partout en Afrique, cherchait toujours à instaurer et maintenir l’harmonie sociale plutôt qu’imposer la peur et l’inhumanité aux populations.

Il est opportun de rappeler que le droit de punir dans l’islam et dans d’autres systèmes juridiques se caractérise par une cohérence et une logique inébranlable. Ce qui laisse entendre qu’il faut s’éloigner toujours de l’arbitraire. Or aujourd’hui, ceux qui disent appliquer la charia agissent comme pendant l’inquisition, n’établissant guère les faits qui accusent leurs victimes, font recours à une justice expéditive. Les sanctions qui s’abattent sur les présumés coupables sont tout naturellement inhumaines et d’une légalité douteuse à tout point de vue.

A nos yeux, cette pseudo justice telle qu’elle est exercée dans les régions sous occupation s’inscrit dans la droite ligne de l’abus gratuit et de la violence atavistique. Il est aussi aisé de constater que ces prétendus puritains sont les mêmes individus qui violent les femmes sans défense et pratiquent le mariage forcé, une autre forme de viol légitimée voire légalisée par la charia appliquée de manière sélective. Les conséquences psychologiques de ces actes sont profondes (plusieurs de ces femmes vont avoir besoin de soutien psychologique, voire même une assistance psychiatrique toute leur vie). On pourrait se demander si précisément ce caractère libidinal ne constitue pas pour ces groupes un fond de commerce idéologique permettant de recruter le maximum de membres dans les milieux populaires.

Appliquant la charia sans discernement et en foulant au pied les principes sur lesquels le droit musulman avait pris de l’avance de plus de 12 siècles sur les systèmes de droit occidentaux, notamment sur les questions de la responsabilité (l’Europe sous le régime de l’ancien droit se caractérisait par les procès faits aux animaux et aux cadavres) ces individus étalent aux yeux de tous leur mépris des principes élémentaires y compris ceux de l’islam et du droit musulman qu’ils revendiquent tant.

Soudain au 21ème siècle à Tombouctou et à Gao, au nom de l’Islam on s’en prend aux morts et à leurs lieux de repos éternel. Quelle ironie ? On dit souvent que « celui qui connaît très peu est celui-là qui va le plus loin ». Il est inadmissible qu’on impose aujourd’hui aux musulmans maliens un obscurantisme primaire. La tolérance et la clémence sont des caractéristiques de ceux qui ont réellement compris la religion musulmane et la défendent comme un élément fondamental de leur culture. Allah lui-même n’est-il pas l’incarnation de la clémence et de la miséricorde? On ne peut être, dans la religion, guidé uniquement par des pulsions instinctives et par la haine. L’Islam, pour ceux qui la comprennent, est amour: amour pour soi-même, pour son prochain, peu importe son origine et les valeurs qu’il porte, pour les autres êtres.

Alors, le but de la barbarie actuelle imposée aux populations sans défense du Nord-Mali est donc loin d’être d’ordre religieux. L’objectif réel est inavoué. Ile consiste à terroriser en infligeant à certains des souffrances inhumaines (couper des mains, des pieds, frapper jusqu’au sang, violer et forcer au mariage). Il semble que ce but cache un autre, celui de marquer profondément les consciences afin d’exercer un contrôle total de ces régions de notre pays. Le but final est d’y implanter un système notoirement criminel qui laisserait les mains libres à des psychopathes et sadiques pour assouvir leurs tendances perverses, notamment en tirant un plaisir particulier des souffrances physiques et morales horribles de leurs victimes.
Cette situation ne saurait s’éterniser et il appartient aux autorités maliennes et leurs partenaires d’aller au delà de la simple gesticulation et prendre des mesures énergiques et courageuses pour débarrasser ces terres bénies du Mali de ces barbares.

En attendant, il faut nécessairement faire un véritable travail de fourmis pour mieux connaître ces individus dans la profondeur de leur personnalité. Une telle connaissance est le premier pas vers une victoire sur eux. Ce genre de travail est d’autant plus important qu’aujourd’hui tous les services de renseignements significatifs du Monde en ont fait un volet central dans leur lutte contre l’extrémisme et la barbarie. Le Mali doit faire face à des individus venus d’horizons divers, il est donc impératif de pouvoir retracer exactement la trajectoire de la radicalisation et de la criminalisation de tous les leaders de ces groupements, de déterminer et d’analyser les événements de vie constituant un tournant majeur de leur vie, d’étudier leurs intérêts et ceux de leurs entourages.

Dr Bouréma KANSAYE

Psychocriminologue

Professeur de droit et de criminologie

Fdpri, Usjpb

Le Prétoire du 27 Septembre 2012