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Face à la position tranchée du RPM invitant les autorités à plus de fermeté dans la gestion de la crise du Nord, certains esprits malins avaient vite fait de diviser les Maliens en deux, c’est-à-dire entre les va-t-en-guerre et les bons Samaritain de la paix. En période préélectorale, l’occasion était bonne pour cette nuée de partis alimentaires de s’agglutiner autour du chef de l’Etat pour vouer les tisserands aux gémonies.

On avait oublié que IBK, alors Premier ministre de Alpha, avait eu aussi à gérer la crise du nord. Il avait même fait mieux en rendant visite aux troupes sur le terrain pour remonter leur moral et débloqué la bagatelle de 6 milliards F Cfa pour renforcer l’arsenal des forces armées et de sécurité.

Pour le pouvoir et ses partisans, la déclaration du RPM était scandaleuse car comment faire partie du gouvernement et critiquer l’action gouvernementale ? C’est à peine si on demandait à Nancoma Kéïta : «un ministre, ça la boucle ou ça quitte».

Aujourd’hui face à la recrudescence des attaques des bandits armés, le RPM n’est plus le seul à prôner l’option de la fermeté. Récemment, Dioncounda Traoré, le président de l’Assemblée nationale et l’un des plus grands chantres du régime, est monté au créneau pour fustiger la passivité des autorités.

Autant il prenait à contre-pied la position officielle du Mali sur le Sahara occidental, autant il se demandait si la zone nord du Mali est un no man’s land qu’ATT a offert en pâture à des bandits de grand chemin. Aussi, un petit sondage dans la rue prouverait amplement que le peuple n’approuve pas la gestion laxiste de ses dirigeants de la crise du nord.

Parce qu’il est clair qu’on n’a pas en face une rébellion armée de type 1990. On a plutôt à faire à des groupuscules isolés, désapprouvés par leurs communautés, qui n’ont aucune revendication légitime à formuler auprès du gouvernement malien et dont les penchants les plus connus sont la rapine, le trafic de drogue et de cigarettes.

Au cours de sa récente tournée à l’intérieur du pays, ATT lui-même a reconnu que Bahanga, Fagaga et tous les autres n’ont aucun objectif précis : «ces événements, à notre lecture et analyse, n’ont pas d’objectifs politiques avérés.

Ce sont des actions vicieuses et pernicieuses qui visent des objectifs machiavéliques et inavouables. Ces objectifs rarement sont militaires. Leur but, c’est de créer un débat politique inutile».

Pour autant, le président de la République a-t-il changé son fusil d’épaule, c’est-à-dire en privilégiant l’option de la guerre à l’option de la paix ? Certains observateurs disent que non. Pourtant, le ton dans le discours a changé et on voit de plus en plus un chef d’Etat excédé par les attaques gratuites menées sur la majeure partie du pays.

Désormais les bandits armés quittent leur bastion traditionnel du nord pour commettre des exactions au sud. La récente attaque de Diabaly confirme qu’aucune localité du pays n’est à l’abri pour peu qu’il y existe un commandement militaire de rebelles intégrés.

ATT n’est pas le Christ qui recommande de tendre la joue gauche quand on vous gifle sur la joue droite. Il aime trop son pays pour ne pas le laisser à la merci de brigands armés. Excédé, le ton monte, la moutarde lui monte au nez. Il tient à rassurer un peuple plutôt inquiet : «il faut serrer les rangs au niveau de nos forces armées et de sécurité.

Toutes les mesures nécessaires seront prises et nous allons continuer à les prendre et à les renforcer pour pouvoir assurer la quiétude et la sécurité de nos populations et de leurs biens. La sécurité, la cohésion et l’unité de notre pays ne sont pas un problème de débat politique inutile.

Nous devons nous rassurer et nous unir autour d’un même objectif et parler d’une seule voix : combattre les bandits armés et préserver l’intégrité territoriale, l’unité et la sécurité de notre pays».
On attendait depuis belle lurette le président sur le terrain de la fermeté. A présent, il commence à prendre le taureau par les cornes.

Les récents succès remportés par l’armée nationale sur les groupuscules armés prouvent que le mal peut être enrayé à la racine pourvu qu’on s’en donne la peine. Cela prouve aussi que le dispositif militaire a été renforcé partout où cela est nécessaire et que le moral des troupes est au beau fixe. On peut faire la paix tout en continuant de faire la guerre.

ATT s’est-il enfin rendu compte de l’inanité de sa démarche qui consiste à baisser la garde face à des gens sans foi ni loi ? Certaines erreurs, surtout stratégiques, se paient cash. Quand on a en main le destin de tout un peuple, on ne se promène pas à la chasse comme Tartarin de Tarascon sur les Alpes.

Modibo Kéïta, le premier président du Mali indépendant, tenait à l’intégrité territoriale du Mali comme à la prunelle de ses yeux. C’est pourquoi, il l’a inscrite dans la Constitution. Aussi, il a combattu la rébellion (la vraie) de toutes ses forces. Au contraire son successeur ATT, pourtant un général es-qualité, ne veut pas mouiller le maillot contre des terroristes.

Mais, s’il ne veut pas changer de fusil d’épaule, quand Bahanga et ses hommes arriveront aux portes du palais, c’est son fusil lui-même qui se chargera de changer d’épaule.

Mamadou Lamine Doumbia

Le Républicain du 21 Mai 2008