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Les rebelles du Mali, qui ont attaqué dans la matinée du mardi 23 mai, deux camps militaires à Kidal ne cessent de multiplier les appels à l’endroit du pouvoir pour l’amener à négocier. Mais tout porte à croire que le chef de l’Etat, blessé dans son orgueil par cet événement, ne veut pas prendre langue avec les insurgés. Le temps presse et aucune action d’envergure militaire n’a été entreprise. Il est donc urgent que le pouvoir accepte la main tendue des hommes de Iyad Ag Ghali, au risque d’envenimer une situation déjà calme.

Depuis le mardi 23 mai, le Mali a connu sa troisième rébellion, au Nord du pays. La première remonte en 1963. Elle a été matée dans le sang par le régime socialiste de Modibo Kéïta. Vingt sept ans après, il y a eu une seconde rébellion, mieux structurée dont les doléances étaient fondées et partagées par les tenants du pouvoir.

Des négociations ont abouti à la signature du Pacte National, le 11 avril 1992. Ce document a été mis en route à la satisfaction générale des différentes parties. Nombreux sont des projets qui ont été initiés en faveur des trois régions du Nord et des ex-combattants. Mais, ces milliards ne sont guères visibles sur le terrain et n’ont permis aucun développement durable de ces zones.

La grande partie des fonds est allouée au fonctionnement des services, au traitement du personnel et aux nombreux séminaires. Conséquence : on revient à la case de départ, le chômage aidant, l’insécurité se développe.

L’Etat se détournant des préoccupations des populations, a favorisé par son laxisme l’infiltration de la région de Kidal par des groupes terroristes. Ce qui peut expliquer et non justifier la troisième rébellion du Mali. Elle n’a pas eu l’adhésion des populations du Nord, notamment celles de Kidal contrairement à la précédente.

Dirigée par trois personnalités bien connues par Koulouba, Iyad Ag Ghali, le chef historique de la révolte de 1990, l’officier déserteur de la Garde Nationale, Hassane Fagaga et Ibrahim Bahanga, un autre chef de l’Adrar des Ifogas, la rébellion actuelle semble être mort-née.

A condition que l’Etat fasse preuve de responsabilité et de fermeté. Responsabilité pour agir avec intelligence afin de ne pas envenimer la crise. Une seule alternative s’offre alors à l’Etat : négocier avec les rebelles ou les mater.

La dernière option est difficile à mettre en œuvre avec tout ce que cela comporte comme risques pour les parties en conflit. Sans oublier la situation géographique de la zone et la connaissance du milieu peu maîtrisables par les forces loyalistes. S’y ajoute que celles-ci ne savent pas la quantité et la qualité de l’armement dont disposent les rebelles.

Il est donc préférable de privilégier la piste du dialogue, de la concertation dans la fermeté. C’est pourquoi, nous estimons que le président de la République, garant de la souveraineté et de l’unité nationales, doit faire preuve de sursaut national, comme en mars 1991, en patriote convaincu et accepter la main tendue des rebelles.

Depuis le début de l’insurrection du 23 mai, les hommes de Iyad Ag Ghali ont invité Bamako à négocier. Ils ont même affirmé sur les ondes d’une radio étrangère qu’ils accepteront tout négociateur désigné par le régime d’ATT. Mais jusque-là, ATT n’a pas réagi et donne l’impression de refuser tout contact avec les insurgés. Parce qu’il est fâché et s’est senti touché dans son orgueil.

C’est une grave erreur de croire ainsi, puisque les « frères égarés » comme on les appelait en 1990, las d’attendre pourraient sortir de leur base pour attaquer dans la région de Gao ou de Tombouctou, des symboles très forts de l’Etat avant de regagner leur site. Et l’embrasement pourrait venir de cette situation.

Pour l’instant, on n’est loin de ce scénario et ATT doit négocier dans la fermeté, en récusant toute partition du territoire, tout « statut particulier » ou « large autonomie » qui nous éloignerait de la devise du Mali :  » Un peuple, Un but, Une fois ».

A suivre.

Chahana TAKIOU

05 juin 2006.