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Les éléments du Mnla ont été chassés des principales localités du nord comme des mal-propres par leus désormais ex-alliés du Mujao et d’Ansar Eddine. Depuis mercredi dernier, le nord est entièrement sous le contrôle des islamistes. Qu’en feront-ils ?

Le danger menace nos frontières du Sud

Après les affrontements meurtriers entre le Mouvement national de libération du nord (Mnla) et le Mouvement pour l’unicité et le jijad en Afrique de l’ouest (Mujao) à Gao, et, dès le lendemain, le départ précipité des indépendantistes abandonnant leurs positions à Tombouctou, le nord est désormais entre les mains des mouvements armés islamistes. Avec leur tentative de négocier avec les autorités maliennes à travers la médiation burkinabé, nombreux sont les observateurs qui se demandent ce que les Barbus feront de leur main mise sur le nord. Les uns et les autres sont plus ou moins fixés sur les intentions clairement affichées d’Ansar Eddine et Mujao : ils comptent appliquer pleinement et totalement la loi islamique dans la zone sous le contrôle, et ne s’en cachent pas. Samedi dernier, des mausolées de la «Cité des 333 saints», dont certains existent depuis le seizième siècle, ont été profanés et démolis. Mais avant cela, d’autres mausolées avaient connu le même sort dans la même ville. L’acte de samedi, condamné par les autorités maliennes et la communauté internationale, est en réponse à la décision de l’Unesco de classer la ville de Tombouctou et le Tombeau des Askia de Gao comme patrimoines de l’humanité en péril. Pour les islamistes, par l’érection et la vénération de ces mausolées, les habitants mettent l’homme au dessus de Dieu, ce qu’interdit la charia. Il est à craindre alors que le même discours religio-philosophique ne serve de prétexte à la destruction du Tombeau des Askia.

Mais les islamistes n’ont même pas besoin de cela pour réaffirmer clairement ce qu’ils avaient dit au début de leur jihad. A savoir qu’ils ont pris le contrôle des régions du nord pour y imposer la loi islamiste (version salafiste) dans toute sa rigueur. Ces régions ne seraient qu’un point de départ car l’extention de leur action est prévue pour toute l’étendue du territoire national. Mais ce combat, comme celui de garder les positions conquises, les islamistes doivent désormais les mener seuls, maintenant qu’ils se sont séparés de leurs alliés indépendantistes.

L’imposition de la charia a justement été le principal point de discorde entre les deux principales entités, le Mnla, contraint par ses appuis et soutiens, à défendre le principe de la laïcité dans un Etat indépendant. D’autre part, si Ansar Eddine a d’abord tenu à inscrire son action dans le respect de l’intégrité territoriale, il avait accepté à un certain moment l’idée du Mnla de créer un Etat indépendant du Mali. Les islamistes ne se sont jamais, en réalité, opposés à la proclamation de l’indépendance de l’Azawad et à la formation d’un Conseil de transition puis d’un gouvernement. Le seul objectif qu’ils se sont fixés est d’imposer la charia.

Mais maintenant qu’ils ont vu qu’un groupe armé peut faire sécession et proclamer unilatéralement l’indépendance d’une partie du Mali sans que les autorités de ce pays lèvent le petit doigt pour le contrarier, ne vont-ils pas être tentés de faire autant ?

Le laxisme et l’inaction des autorités militaires et du gouvernement de la transition ont été constants dans la gestion de la crise sécuritaire du nord. Les militaires n’ont manqué aucune occasion pour démontrer leur hostilité envers le débarquement d’armées étrangères et le gouvernement, de son côté, n’a jamais caché ses préfénces pour les négociations, le dialogue et la concertation. Y compris lorsque le Mnla a proclamé l’indépendance de l’Azawad et formé son gouvernement. Nos dirigeants se sont bornés à condamner, et continuent de condamner au moment même où la jeunesse de Gao leur démontre que même à mains nues on peut braver ces occupants, alors même que le Mujao, qui ne compte que quelques dizaines d’hommes, démontre qu’on peut battre et faire fuir des combattants qu’on disait puissamment armés. Il est vrai qu’il y a quelques mois, les forces armées et de sécurité ont fui (ou se sont tactiquement repliées, comme elles disent), mais elles ont maintenant eu tout le temps de se ressaisir. Or maintenant plus que jamais, il faut y aller. Maintenant qu’Ansar Eddine est privé de l’aide, certes pas essentielle, du Mnla, maintenant qu’avec le départ des indépendantistes, les islamistes contrôlent tous les aéroports et pistes d’atterrissage du nord et peuvent recevoir n’importe quoi, maintenant surtout qu’Iyad Ag Ghali et ses camarades peuvent être tentés comme Bilal Ag Acherif de créer un Etat indépendant mais islamiste. Sûr qu’ils n’auront aucun mal à y recevoir tous les fous de Dieu qui pullulent de plus en plus.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 2 Juillet 2012