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Des pourparlers à Tripoli

Suite aux évènements survenus la semaine dernière dans le nord du pays, évènements au cours desquels Bahanga et ses sbires ont gravi les dernières marches de l’horreur et de la criminalité en enlevant des mains de la Croix-rouge internationale des blessés, une rencontre a été organisée entre une délégation malienne et les hommes de Bahanga, sous l’arbitrage des officiels libyens.

Côté malien, on signale la présence du Général Bréhima Coulibaly, chef d’état major particulier du président de la République, et de Cheick Amadou Kanté dit Bany, nouvellement promu au poste de chargé de mission auprès du chef de l’Etat. Quant aux bandits armés, la composition de leur délégation n’a pas été révélée au public. Selon des sources concordantes, les deux délégations seraient logées au même endroit, à « l’hôtel Mahari » de Tripoli, un établissement de haut standing qui borde la mer. Concernant les médiateurs libyens, ils sont représentés par Bachir Salah Bachir, directeur de cabinet du Guide, secondé de Moussa Kony, un proche de Kadhafi et précédemment Consul de son pays à Kidal. Ce dernier est réputé connaître plusieurs éléments de la bande à Bahanga et Fagaga.

Selon les mêmes sources, c’est dans l’après-midi du vendredi que les négociateurs libyens ont engagé les pourparlers avec les deux parties, prises séparément. Auparavant, ils avaient été entrepris par le Guide peu avant que ce dernier ne s’envole pour Damas où il a participé au sommet de la Ligue arabe.
Pour les autorités maliennes, les données du problème sont claires. Il ne s’agit nullement au cours de cette rencontre de Tripoli d’engager de nouvelles négociations. L’Accord d’Alger reste et demeure le seul cadre de dialogue comme l’a affirmé, à maintes fois, le chef de l’Etat. Si ces pourparlers ont été ouverts, à l’instigation de la communauté internationale, ils n’ont pour d’autres buts que de faire ramener le calme dans le Septentrion du Mali et de faire libérer des otages enlevés par la clique de Bahanga. Sur tout le reste, les autorités se montreront intransigeantes, notamment en ce qui concerne la souveraineté nationale et la défense et la protection de l’intégrité du territoire.

Cette détermination du gouvernement a été révélée par Moctar Ouane. En recevant récemment les diplomates accrédités en République du Mali, le ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale avait indiqué que les autorités maliennes mettront tout en œuvre pour obtenir la libération des otages. En particulier, elles accepteront toute aide, d’où qu’elle provienne.

L’accord d’Alger : seul cadre…..
La sortie du ministre malien répond à un double souci. D’abord celui d’édifier la communauté internationale sur la position officielle de son pays, laquelle position étant faite de la fermeté la plus absolue par rapport aux mouvements de diversion auxquels s’adonnent les bandits quant à leurs véritables motivations. A savoir faire de la bande sahélo saharienne un boulevard de criminalité au profit de réseaux mafieux et terroristes. Ensuite, répondre à la campagne d’intoxication à laquelle les bandits se livrent depuis quelques temps. Ceux-ci ont, en effet, investi certains journaux et radios locaux ou internationaux, démarché des chancelleries étrangères au Mali et à l’extérieur, et squatté Internet pour distiller leurs messages de haine à l’endroit des autorités du pays. En outre, ils ont décidé de jouer la carte de la victimisation comme pour montrer qu’ils sont une minorité ethnique brimée et traquée, cantonnée dans une seule région, celle de Kidal. Or, le sous-développement et les difficultés structurelles et conjoncturelles peuvent être généralisés à tout le nord sans exclusive. Pour autant, les autres communautés vivant dans cette zone ne s’amusent pas à prendre les armes, à tuer des innocents, à détruire les biens publics et à détériorer le climat social pour revendiquer une quelconque amélioration. Principalement parce qu’elles se reconnaissent dans la volonté du gouvernement et d’autres parties de résoudre le problème du nord par l’Accord d’Alger, les négociations et le dialogue. La communauté internationale, du reste, ne se trompe pas car elle ne cesse de citer le Mali comme exemple de démocratie et d’Etat de droit qui mérite d’être accompagné dans ses efforts pour la paix, la sécurité et le développement au Sahel.

En l’occurrence, les autorités libyennes avaient toujours montré un intérêt pour la résolution des problèmes de la bande sahélo saharienne. La tenue des présentes assises sur leur sol témoigne de leur volonté de jouer un rôle prépondérant et déterminant dans la crise au Mali mais également au Niger, les deux pays étant liés par des réalités sociologiques et historiques. C’est dans cette optique qu’elles comptent mener d’autres négociations entre les autorités nigériennes et les rebelles du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice). On annonce, d’ailleurs, la venue prochaine d’une délégation libyenne conduite par le ministre de l’intérieur. Elle aura en charge de discuter avec les officiels maliens de tous les problèmes relatifs à l’insécurité dans la zone sahélo saharienne.

L’Algérie : profil bas où franc jeu

Reste cependant une inconnue. C’est la position de l’Algérie. Certains caciques de ce pays, selon plusieurs observateurs, sont soupçonnés d’être à la base des crises récurrentes que traversent leurs voisins maliens et nigériens.
En outre, le voisin du nord, à cause de vieilles rivalités et d’un affrontement à distance, a toujours vu d’un très mauvais œil l’implication des Libyens dans la médiation sur la crise du nord, médiation dont il aurait voulu garder l’exclusivité. Du moins au regard de la communauté internationale, car, si les Algériens ont toujours été mis au devant des projecteurs dans les négociations entre les Maliens et leurs rebelles ou bandits armés, les Libyens ne sont jamais demeurés en reste et ont toujours contribué de manière efficiente à faire ramener le calme. Depuis le coup de froid entre Bahanga et les Algériens, justement parce que le bandit avait joué double jeu en essayant de gruger les Libyens, Tripoli est sorti de l’ombre pour jouer sa partition. Avec toujours un succès certain. Cette fois, les Algériens, qui ont un ascendant certain sur Bahanga et Fagaga auxquels ils donneraient asile, les laisseraient-ils faire ? Laisseront-ils les Libyens réussir ? L’avenir le dira. Mais déjà Maliens et Nigériens prient pour que l’Algérie observe, pour une fois, le profil bas ou alors joue franc jeu.
CH. Sylla

31 mars 2008