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Pendant combien de temps les autorités maliennes vont continuer à nier l’évidence de la présence des otages autrichiens sur leur territoire. Au moment où plusieurs sources internationales indiquent que les otages autrichiens et leurs ravisseurs ont été localisés à 150 Km de Kidal, aucune autorité malienne n’arrive à confirmer ou infirmer cette information. Les otages et leurs ravisseurs sont-ils au Mali ? Quelles sont les exigences des ravisseurs ? Quel est le dispositif mis en place par les autorités maliennes en collaboration avec l’État autrichien pour obtenir leur libération ? Ce sont là autant de questions que de nombreux Maliens se posent aujourd’hui.

Contrairement à toutes les assurances des autorités maliennes, le nord Mali, notamment la zone située au nord de la région de Kidal est devenue un no man’s land. Quelques jours après avoir applaudi la libération de 22 de ses fils militaires, détenus pendant 6 mois comme otages par les hommes de Bahanga et Fagaga, le peuple malien s’est réveillé avec la nouvelle du transfert de deux otages autrichiens, enlevés le 22 février 2008 en Tunisie, sur son territoire via la Libye et l’Algérie.

Le 12 mars 2008, une dépêche de l’Agence française de presse, reprenant la quotidien algérien “Annahar”, annonçait : “les ravisseurs de deux touristes autrichiens enlevés le 22 février en Tunisie par un groupe d’Al-Qaïda auraient rejoint leur base arrière au Mali avec leurs otages après avoir traversé l’Algérie et la Libye”. Dès l’annonce de la nouvelle, les autorités autrichiennes ont rapidement désigné un émissaire, en la personne de l’ancien ambassadeur Anton Prohaska.

Ce dernier depuis le samedi 15 mars 2008, a déposé ses valises à l’hôtel Sofitel de l’Amitié. Face à la hardiesse de la tâche, il sera rejoint quelques jours par un compatriote en la personne d’Alexander Ehrlich. Mais, deux jours avant l’arrivée du premier émissaire autrichien au Mali, le journal “Kurier” avait déjà envoyé son reporter sur le terrain au Mali. Mais, à la date d’aujourd’hui, tous les grands organes de presse autrichienne ont des envoyés spéciaux dans notre pays.

Au moment où les autorités autrichiennes se démènent pour obtenir la libération de leurs compatriotes, les autorités maliennes ont décidé de garder le silence sur cette affaire. Tout porte à croire que le dossier est directement géré par le président de la République. Du côté du ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale, l’ambassadeur Moussa Diakité, secrétaire général du département, a été on ne peut plus clair : “personnellement, je ne suis actuellement au courant de rien dans ce dossier. Il n’est pas géré au niveau de notre département”, a-t-il déclaré.

Du côté de l’armée même son de cloche. Le colonel Abdoulaye Coulibaly, directeur de l’information et des relations publiques de l’armée, s’est refusé à tout commentaire sur ce dossier. Il nous a renvoyé vers le ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale. Mais, la réalité est toute autre.

Le dossier est directement géré par Koulouba. Dans le journal autrichien le “Kurier” du 20 mars 2008, l’ambassadeur Anton Prohaska a laissé entendre qu’il était en contact avec le Président de la République du Mali. Selon lui, le Président Amadou Toumani Touré a estimé que cette affaire doit se régler à un haut niveau, pour la raison que les ravisseurs, en pareille circonstances aiment négocier avec des hommes de garantie, de préférence des notabilités de la zone.

Selon nos sources, pour des raisons humanitaires et sans mandat des autorités maliennes, l’association pour l’intégration et le développement des régions nord du Mali (Air Nord) a déjà des missionnaires qui sont partis de Kidal et de Tombouctou, dans le but de prendre langue avec les ravisseurs et voir dans quelles mesures obtenir la libération des otages.

Pour leur libération, les ravisseurs de Wolfgang Ebner, un consultant de 51 ans et de Andrea Kloiber, une infirmière de 44 ans, selon plusieurs sources, ont demandé la libération de cinq islamistes algériens, dont Amar Saïfi dit “El Para”, celle d’une dizaine d’islamistes tunisiens emprisonnés dans leur pays, où ils étaient rentrés en 2006 pour ouvrir un nouveau front, après avoir suivi un entraînement en Algérie.

La branche d’Al-Qaïda au Maghreb, qui a revendiqué l’enlèvement, réclame aussi le payement d’une rançon que certaines sources estiment à 5 millions d’euros.

Assane Koné

21 mars 2008.