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Depuis quelques temps, une campagne médiatique savante et planifiée est en cours pour préparer les esprits à la partition du pays. Il serait important que les autorités s’emparent de la question et mettent les points sur les i.

En Occident, pour désigner les trois régions occupées par les groupes islamiques, jihadistes, terroristes et narcotrafiquants, il est très courant d’entendre cette expression « nord Mali ». Il y a trois jours, au cours de la revue de presse de 06h13, le journaliste a parlé de trois pays: le Bénin, l’Afrique du sud et le …Nord Mali. Mais déjà depuis quelques mois, on ne parle plus du Mali, mais du Nord Mali comme si ce dernier était un pays à part. «Situation du Nord Mali, intervention dans le Nord Mali ». Cela rappelle étrangement le nom dont on affublait un certain pays, le sud du Soudan, juste avant la partition de ce vaste État.

Il y a quelques semaines, un cadre très prévoyant du parti Convention nationale pour une Afrique solidaire (Cnas Faso hèrè), Edmond Dembélé, attirait l’attention sur cette appellation de Nord Mali au lieu de nord du Mali. A l’époque, beaucoup ont cru à une simplicité sémantique. Mais aujourd’hui, il est patent que c’est un véritable danger sémantique car préparant déjà les esprits à ce qui pourrait se passer après la libération des régions du nord. Que pourrait-il se passer donc?

Le 17 janvier, le camp militaire et l’unité méhariste de Ménaka sont attaqués par un groupe armé se réclamant du Mouvement national de libération de l’Azawad. Le lendemain, les garnisons militaires d’Aguel Hok et de Tessalit sont les cibles des mêmes groupes armés. C’est le début d’une nouvelle rébellion armée dans le nord du Mali. Elle opposera rebelles et militaires loyalistes pendant des mois, jusqu’à la prise de contrôle total des trois régions septentrionales, le 1er avril. Cinq jours plus tard, le 06, le Mnla proclame unilatéralement l’indépendance de l’Azawad dont le territoire s’étend jusqu’à Douentza, aux portes de la cinquième région.

Le 26 mai 2012 : déclaration unilatérale du Mnla sur la création du conseil national de transition de l’Etat islamique de l’Azawad après un accord de principe avec Ansar Eddine sur l’application de la charia dans un Etat indépendant. Deux jours après, le 28, le Mnla revient sur cet accord de principe, sous la pression du Conseil mondial Amazigh, de Touaregs de la diaspora et de cadres du mouvement qui réaffirment la laïcité de « leur » État et condamnent l’imposition de la charia.

Tout en bannissant donc l’imposition de la charia, le Mnla n’avait pas renoncé à l’indépendance totale de son terroir.

Il y a quelques jours, lors d’une visite au médiateur de la Cédéao dans la crise malienne, le président burkinabé Blaise Compaoré, une délégation du Mnla assure avoir renoncé à ses prétentions d’indépendance, mais fait valoir un droit à l’autodétermination des populations.

Ce revirement fait suite à certaines déconvenues, dont le fait d’avoir été chassé du nord par ses alliés islamistes et terroristes, et sa disgrâce auprès de ses amis occidentaux et africains (Burkina Faso, Algérie et Mauritanie) qui avaient sans doute estimé que sa proclamation d’indépendance avait été annoncée trop tôt et au mauvais moment.

Ce revirement est également consécutif à la volonté des indépendantistes de se remettre en selle grâce à une certaine communauté internationale désireuse de l’associer à la lutte de libération des régions occupées sous prétexte que ses combattants sont aguerris et ont une grande expertise du nord.

Après plusieurs réunions vaines des états-majors et experts de la Cédéao pour produire un plan d’intervention de la force en attente de l’organisation sous-régionale, certains pays sont en train d’imposer la participation du Mnla. Sachant qu’en réalité, l’abandon de la prétention indépendantiste n’est qu’un leurre et un « repli tactique », il est facile de prévoir ce qui arrivera dans un nord débarrassé des groupes terroristes, jihadistes et narcotrafiquants, un nord alors à la merci d’un Mnla réarmé et rééquipé.

Sachant également que la seule hantise de l’Occident n’est en réalité que ces groupes terroristes, jihadistes et narcotrafiquants, il ne se bousculera pas beaucoup pour empêcher le Mnla de remettre au goût du jour ses prétentions indépendantistes.

Outre le fait que l’Occident est en train de préparer les esprits à cette appellation sécessioniste de « Nord Mali », une campagne médiatique est également en cours pour présenter les communautés touarègues comme les victimes d’exactions de l’armée commises dans la région de Ségou. Ainsi, le moindre incident survenu dans la zone de Diabali est imputé aux forces armées et de sécurité, présentées presque comme des génocidaires. Avec demande d’enquête sur des « violations de leurs droits humains ».

Il est vrai que ces communautés, dans une quasi majorité, n’ont rien à se reprocher dans la crise actuelle, elles sont elles aussi victimes des prétentions de quelques criminels forcenés et désireux de contrôler un territoire pour leur industrie criminelle.

Même les militaires savent cela, aussi le préalable à une investigation sur leur situation actuelle, c’est aussi celles à mener sur les crimes imputés aux combattants du Mnla dans les régions du nord, entre le 31 mars, date de la prise de Gao, et le 27 juin, jour de la débâcle des indépendantistes.
Il n’y aura certainement assez de corde pour pendre tous ceux qui seront confondus.

En attendant, les autorités doivent s’investir contre la campagne médiatique en cours, et communiquer beaucoup plus que par des communiqués laconiques.

Cheick Tandina

01 Novembre 2012