Partager

une-16.jpgUn collectif regroupant des ressortissants du nord du Mali a réclamé dimanche à Bamako un mandat d’arrêt international contre le chef rebelle touareg Ibrahim Ag Bahanga, auquel sont attribuées plusieurs attaques meurtrières dans la région de Kidal (nord-est) depuis août 2007.

Le Collectif des ressortissants du nord (Coren), regroupant des Maliens originaires de Tombouctou, Gao et Kidal, a lancé cet appel lors d’un meeting au Stade omnisports Modibo Keïta où ont convergé quelque 3.000 personnes, a affirmé à l’AFP Abdoulaye Dicko, secrétaire général du Coren.

« Nous avons condamné avec la dernière vigueur les agissements d’Ibrahim Ag Bahanga et de ses complices, et nous avons demandé au gouvernement de lancer un mandat d’arrêt international contre eux« , a déclaré M. Dicko.

« On ne partage pas les revendications de nos frères égarés qui ont pris les armes. Ce sont des revendications qui leur sont propres. (…) On peut pas régler un problème à travers les armes« , a-t-il ajouté.

Pour les participants au meeting, la « crise sécuritaire qui perdure » concerne plus la région de Kidal que celles de Tombouctou et Gao. Ils dénoncent « son corollaire de mort d’hommes, de prises d’otages, de pose de mines, de destruction de matériel et d’enlèvement de biens » dans une déclaration dont l’AFP a obtenu copie.

Des projets de développement sont « freinés par nos partenaires (arguant) de problèmes au nord (…) C’est seulement le cas à Kidal, nous estimons que les actions de développement doivent continuer dans les autres régions qui ne sont pas touchées par la crise« , a expliqué Abdoulaye Dicko.

Les attaques, prises d’otages et affrontements armés se sont récemment multipliés dans la région de Kidal, frontalière de l’Algérie et lieu d’intenses trafics (drogue, cigarettes, etc.)

Ex-caporal de l’armée malienne ayant notamment été en poste à Kayes (ouest) selon une source militaire, Ibrahim Ag Bahanga a signé depuis fin août 2007 plusieurs assauts et enlèvements.

Ses hommes détiennent depuis fin mars 33 militaires en otage. Ils ont participé à la plus récente attaque, le 21 mai contre le poste militaire d’Abeïbara (150 km au nord de Kidal) ayant fait 32 tués, dont 15 militaires, et 31 blessés, selon le bilan officiel.

Ibrahim Ag Bahanga n’a formulé en personne aucune revendication, mais il a été accusé par Bamako de vouloir prendre le contrôle de certaines zones pour se livrer notamment au trafic de drogue.

Dans sa déclaration qui doit être remise lundi à la présidence, le Coren appelle le gouvernement à « user de tous les moyens possibles pour la libération sans condition des otages« , à renforcer le dispositif de défense dans le nord et à « ne ménager aucun effort pour empêcher la circulation des armes légères et des produits narcotiques« .

Le Monde / Afp | 25.05.08 | 17h45



Ligne de force : L’impossible dialogue

Le retour de l’Algérie dans le dossier de Kidal a été perçu, semble t-il, comme la lueur d’un nouvel espoir de paix dans cette partie du septentrion malien. C’est oublier un peu trop vite que la médiation algérienne, née de la signature de l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006, n’a jamais produit une avancée significative. Bien au contraire. De cette date à l’annonce par le gouvernement algérien de la suspension de sa médiation, voici un mois, il y a eu au moins une dizaine d’attaques contre garnisons, postes et convois militaires, charriant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Sans compter les otages enlevés et les véhicules, armes et munitions emportés.

Autant dire que l’Accord d’Alger a conduit non pas à une décrispation de la situation, mais au vrai à son aggravation, ce qui autorisera la Libye à tenter une prise de mains du dossier, au dam et à la colère de notre grand voisin du nord, qui réagira en gelant sa médiation.

Les tentatives de rétablir la paix dans la région de Kidal, par la voie exclusive du dialogue, n’ont pas manqué aussi à l’interne. Initiées par des élus nationaux ou locaux, des cadres et des notables originaires de la région de Kidal, des chefs de tribus kidaloises ou venus de la Libye, elles ont toutes été sanctionnées par un échec lamentable.

L’explication est que l’on se trouve en face d’un dialogue impossible entre le gouvernement et les bandes armées aux ordres du duo terroriste Bahanga-Fagaga. Le président ATT a commis la faute historique de faire figurer dans le Pacte national de 1992, l’Accord d’Alger de 2006 et l’Accord de Tripoli de 2008 son acceptation d’un repli ou d’un allègement du dispositif militaire dans la région de Kidal, comme si celle-ci n’était pas partie intégrante du Mali et constituait plutôt un territoire conquis. Sous la pression des forces conscientes de la population, notamment les centrales syndicales, certains partis politiques de premier plan, de larges secteurs de la société civile et, de façon générale, d’une opinion nationale qui commence à comprendre les motivations purement criminelles du duo Bahanga-Fagaga et de la poignée de brigands à leur solde, ATT est contraint de maintenir le dispositif militaire en place, voire de le renforcer. C’est bien pourquoi on l’a entendu dire, ces temps-ci, que la souveraineté du Mali sur l’ensemble de son territoire n’est pas négociable et que, tout en restant pacifiste, il ferait la guerre s’il y était contraint.

Il est contraint d’aller à guerre parce que, en face de lui, les bandits armés n’entendent, eux aussi, faire aucune concession sur le repli ou l’allègement des forces armées maliennes. Lequel représente, à leurs yeux, un acquis considérable vers cette autonomie qu’ils ne revendiquent plus officiellement, mais qui reste leur vœu le plus cher. Elle leur procurerait la latitude de se livrer à toutes sortes de trafics, surtout les plus répréhensibles, sur la bande frontalière entre le Mali et l’Algérie.

Le dialogue étant donc dans l’impasse, seul reste le recours à la force que Koulouba aurait dû privilégier dès le départ. Comme nos voisins nigériens savent le faire, avec des résultats de plus en plus remarquables. On ne discute pas avec le terrorisme. On l’écrase. Et pour cela, l’armée malienne doit cesser d’être constamment sur la défensive pour subir les coups de l’ennemi. C’est elle qui doit prendre l’initiative de passer à l’offensive, de repérer les bases des bandits armées et les anéantir. Là réside le chemin d’un retour rapide à la paix, à la sécurité, au développement.

Saouti Labass HAIDARA | L’Indépendant du 26 mai 2008


Nord Mali : L’Etat en panne de politique

L’Etat malien a montré ses limites dans la conduite de la question du nord. C’est du fait d’une gestion informelle, solitaire et chaotique de ce dossier que les autorités du Mali se sont retrouvées dans un bourbier.

Depuis l’attaque d’Abeibara qui marque un tournant, les Nations- Unis s’inquiètent de l’impasse dans laquelle se trouve notre pays et le Secrétaire Général de l’ONU sollicite un rapport détaillé sur la question du nord Mali.

Le Médiateur algérien multiplie les contacts pour accélérer le processus de paix, mais la multiplication des intervenants dans ce dossier ne lui facilite pas la tâche.

Le Secrétaire général de l’ONU s’est déclaré préoccupé par les nouveaux affrontements meurtriers qui ont eu lieu entre les forces gouvernementales du Mali et les rebelles Touareg, au nord-est du pays le 21 mai 2008, et qui ont fait de nombreuses victimes.

« Ce dernier incident souligne la nécessité urgente de trouver une solution immédiate et durable à ce conflit récurrent afin que le Mali puisse se concentrer sur ses priorités en matière de développement et sur la consolidation de sa démocratie », indique un message transmis par sa porte-parole.

Le Secrétaire général espère recevoir bientôt un compte rendu détaillé de la situation au Mali, suite à la visite que son Représentant spécial pour l’Afrique de l’ouest, M. Said Djinnit, effectuera au Mali dans les prochains jours.

De mémoire de spécialistes qui suivent la question du nord, c’est la première fois que l’ONU s’intéresse de si près à la question au point d’envoyer un émissaire, en vue d’un rapport détaillé.

Said Djinnit est un diplomate algérien qui fut Secrétaire général adjoint de l’organisation de l’Unité africaine avant d’être Secrétaire chargé de Paix et de Sécurité de la Commission de l’Union Africaine. A ce titre, il était l’un des plus proches collaborateurs d’Alpha Oumar Konaré, l’ancien président malien.


Cette implication de l’ONU est un pas vers
l’internationalisation du problème, or, il y a très peu de questions qui ont été traitées par l’ONU sans dommage pour le pays. Par exemple les cas du Darfour, du Congo ou de Burundi.

Abeibara, un autre tournant

C’est la faute à nos autorités qui ont fait de la question du nord Mali une gestion informelle. C’est parce que nous Maliens, nous n’avons pas pu gérer, que le Secrétaire Général de l’ONU a chargé son Représentant spécial de dresser un compte rendu détaillé sur la question.

Or, sait-on, l’ONU ne s’engage que dans des situations inextricables.

Cela veut dire que tous les mécanismes internes et mêmes sous régionaux ont échoué. Mais que faire, si l’Etat est en panne de politique pour la gestion du pays ? L’attaque de Abeibara marque à cet effet un tournant avec le retour dans la rébellion des membres des unités spéciales et l’échec du processus.

Ils étaient dans le processus de paix, raison pour laquelle, ils n’ont pas suivi Ibrahim Ag Bahanga et Hassane Fagaga. Pourquoi ont-ils retourné leurs armes contre l’armée malienne?

Parce qu’il y a eu l’assassinat du Commandant Barka et de l’Imam Mohamed Mossa. Le premier était un élément touareg de l’armée, un membre clé des unités spéciales.

A ce titre, il était engagé dans le processus de paix, tout comme le Colonel Ba Moussa, le principal meneur de l’attaque contre Abeibara, selon des sources concordantes. Et Ba Moussa est également le frère de Mohamed Mossa qui a été tué en compagnie du Commandant Barka.

Les observateurs sont nombreux à présumer que l’attaque d’Abeibara avait une motivation qui s’apparente à la vengeance d’un frère dont l’assassinat a provoqué beaucoup de soupçons et une crise de confiance dans la gestion de la crise du nord Mali.

De sources proches des éléments déserteurs, après la mort du Commandant Barka, il n’y a eu aucune assistance du gouvernement malien auprès de ses parents et aucun officiel malien n’était à son enterrement.

La colère du frère de Mohamed Ag Mossa

Aussi, aucune Commission n’a été mise en place en vue d’enquêter pour sanctionner les assassins, même si l’Etat avait promis cela.

Si cette commission avait été mise en place et que l’enquête avait évolué, peut-être qu’on aurait pu éviter certaines complications qui n’ont fait qu’embraser davantage la situation.

En tout cas, personne ne sait qui sont les membres de cette commission et depuis quand a-t-elle commencé à travailler.

Ce qui nous autorise à dire qu’elle n’existe pas, à moins que le ministre de la défense ne nous dise le contraire. Quelle est cette gestion des questions de la nation ? Il doit être mis fin à cette gestion.

Pendant ce temps, les enfants d’autrui sont exposés dans les postes avancés sous prétexte qu’ils ont choisi d’être militaire. L’option de porter l’uniforme ne veut nullement dire qu’on choisit d’aller à l’abattoir, pendant que la question du nord ne fait l’objet d’aucune gestion sérieuse.

ATT n’a-t-il pas dit qu’il veut faire la paix ? Si c’est le cas, nous devons la faire sérieusement. Ou si nous faisons la guerre, il faut la déclarer et la faire sérieusement alors !

Entendons-nous : dans la question du nord comme dans d’autres, il faut mettre fin à la gestion chaotique des affaires publiques, la gestion informelle et solitaire des questions nationales.

Entre nous, que viennent faire des tribus venues de partout dans ce dossier, sous prétexte d’être ressortissants du Grand Sahara ? Ils ont certes rencontré le président Amadou Toumani Touré, mais verront-ils Bahanga ? En tout cas, jusqu’à notre bouclage, ce n’était pas chose faite.

Venus d’on ne sait où, que peuvent-ils régler dans ce dossier du nord ? Un jour c’est l’Algérie, un autre c’est la Libye ou les tribus d’une virtuelle république populaire su Sahara et un autre jour, ce sont les notables, et ça va dans tous les sens sans rien résoudre.


Le challenge du médiateur algérien

Depuis son retour dans le dossier le 12 mai 2008, le Médiateur algérien (sur lequel l’unanimité a été faite qu’il est le seul et incontestable facilitateur, pour sa maîtrise de la question) a multiplié les contacts qui l’ont conduit à rencontrer le président ATT.

L’ambassadeur d’Algérie au Mali, Abdelkrim Gheraeibe, Médiateur dans la crise opposant le gouvernement malien à des rebelles touareg, a été longuement reçu par le président ATT, le vendredi 23 mai, pour relancer le processus de paix, nous confirme une source diplomatique.

Le Médiateur a également eu un long entretien, il y a trois jours environ, avec le chef rebelle, Ibrahim Ag Bahanga, nous précise-t-on de source crédible.

Des démarches sont entreprises pour rentrer en contact avec les assaillants d’Abeibara, d’Ansongo, de Diabali et d’Aghel’hoc différents les uns des autres.

B. Daou / Républicain du 26 Mai 2008


Le président malien reçoit des notables venus de Libye

Des notables dépêchés au Mali par la Libye dans le cadre de la résolution de la crise touareg ont été reçus dimanche à Bamako par le président malien après avoir rencontré des rebelles touareg auteurs d’attaques dans le nord du Mali, a-t-on appris de sources officielles.

Ces notables, membres d’une « association populaire et sociale des tribus du Grand Sahara, ont été envoyés par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour une mission « d’apaisement », a expliqué à l’AFP une source à la présidence.

« Cela part d’un bon sentiment, mais on ne va pas multiplier les canaux de médiation », a affirmé cette source.

Elle a indiqué que le président malien Amadou Toumani Touré leur a réitéré l’engagement des autorités à respecter et faire respecter l’accord d’Alger, signé en juillet 2006 par le gouvernement et l’ex-rébellion touareg après une médiation de l’Algérie.

« Il n’y a rien de nouveau: le médiateur, c’est l’Algérie, et le cadre, c’est toujours l’accord d’Alger« , a poursuivi cette source.

La télévision publique ORTM (Office de radiodiffusion télévision du Mali) a de son côté rapporté que les notables du Grand Sahara avaient rendu compte au président Touré de leur rencontre avec le chef rebelle touareg Ibrahim Ag Bahanga et ses hommes.

Ces rebelles, ayant pris les armes fin août 2007 et signé, depuis, plusieurs enlèvements et attaques meurtrières, souhaitent notamment « la réactivation » d’un pacte national adopté en avril 1992 et de l’accord d’Alger de 2006, d’après le porte-parole de la délégation des notables, Melaynine Ould Baby.

BAMAKO (AFP) – lundi 26 mai 2008 – 7h54