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BAMAKO (AFP) – (AFP) – Les islamistes qui contrôlent Tombouctou dans le nord du Mali y ont détruit lundi matin la porte d’entrée d’une mosquée après avoir démoli pendant le week-end sept des seize mausolées de saints musulmans de la ville, ont rapporté des témoins à l’AFP.

jpg_une-850.jpg« Les islamistes viennent de détruire l’entrée de la mosquée Sidi Yeyia de Tombouctou », située dans le sud de la ville, « ils ont arraché la porte sacrée qu’on ouvrait jamais », a affirmé un de ces témoins, information confirmée par d’autres habitants de Tombouctou.

L’un d’eux, ancien guide touristique de la ville a déclaré: « Ils sont venus avec des pioches, ils ont commencé par crier +Allah+ et ils ont cassé la porte. C’est très grave. Parmi les civils qui regardaient ça, certains ont pleuré ».

Un membre de la famille d’un imam qui a affirmé avoir discuté avec les islamistes du groupe armé Ansar Dine (Défenseurs de l’islam) qui imposent leur loi dans la ville depuis trois mois, a dit qu’ils avaient agi ainsi car « certains disaient que le jour où on ouvrirait cette porte, ce serait la fin du monde et ils ont voulu montrer que ce n’est pas la fin du monde ».

La porte située côté sud de la mosquée de Sidi Yeyia est fermée depuis des décennies, car selon des croyances locales, son ouverture éventuelle porterait malheur. Cette porte conduit vers un tombeau de saints et si les islamistes l’avaient sû, « ils auraient tout cassé », selon un autre témoin.

Après les mausolées de saints, Ansar Dine avait menacé ce week-end de s’en prendre aux mosquées de la ville, affirmant agir ainsi « au nom de Dieu » et en représailles à la décision de l’Unesco, le 28 juin, d’inscrire Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril.

L’agence onusienne a estimé que la présence des islamistes mettait en danger cette ville mythique, surnommée « la cité des 333 saints » en référence aux personnages vénérés de son passé qui y gisent.

Fatou Bensouda, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a déclaré dimanche à Dakar que la destruction de biens religieux à Tombouctou pouvait être considérée comme « crime de guerre » passible de poursuite.

© AFP, le 2 Juillet 2012 – 11:52


Il a commis le même forfait que les talibans : Ançar Eddine détruit les mausolées de Tombouctou

En effaçant la mémoire des musulmans maliens, la secte voudrait dicter sa loi et sa foi.

La scène rappelle au mauvais souvenir celle des talibans, armés de mortiers, ciblant les statues géantes des bouddhas sculptées sur la falaise de Bamiyan, au centre de l’Afghanistan. C’était en mars 2001 sur ordre du mollah Omar. Onze ans plus tard, les sinistres Ançar Eddine, qui ont planté leur étendard au nord du mali, renvoient l’écho à leurs compères talibans, en entreprenant eux aussi un génocide culturel sur la mythique ville de Tombouctou. Armés de pioches, de houes et de burins, une trentaine d’intégristes se sont acharnés hier, au nom d’Allah, sur trois mausolées de saints musulmans, symbole hérétique à leurs yeux.

Les mausolées millénaires de Sidi Mahmoud (nord de la ville), Sidi Moctar (nord-est) et Alpha Moya (est), qui étaient la fierté des musulmans maliens, ne sont désormais plus que du sable… La razzia des gens des ténèbres a eu raison des lumières que symbolisaient ces lieux dédiés à l’islam populaire depuis la nuit des temps.
Il est vrai que les mausolées de Tombouctou ne cadraient pas avec la lecture sectaire de l’islam de ces faux prophètes. Ce précieux patrimoine témoin d’une pratique saine de la religion musulmane ne reflète pas non plus la vision du monde de Ançar Eddine qui s’apprête à dicter leurs lois et même leur foi à ces Maliens qui ont le malheur de partager leur territoire conquis par le sang.
L’Unesco qui a annoncé, jeudi dernier, sa décision de classer Tombouctou patrimoine mondial en péril, s’est finalement prise en retard. La ville «aux 333 saints» n’est plus qu’un champ de ruines…

En voulant sonner l’alerte, l’Unesco a finalement précipité le passage à l’acte du mouvement intégriste, qui a effacé d’un coup de pioche un patrimoine fabuleux qui a fait la réputation de Tombouctou. «Dieu, il est unique. Tout ça, c’est ‘’haram’’ (interdit en islam). Nous, nous sommes musulmans. L’Unesco, c’est quoi ?», réplique sèchement un membre de la nébuleuse terroriste.

Talibans, shebab, Ançar Eddine : même combat

Le massacre à la pioche pouvait alors commencer avec la «bénédiction» d’un mufti version Ançar Eddine.
«Ançar Eddine va détruire aujourd’hui tous les mausolées de la ville. Tous les mausolées sans exception», a déclaré à travers un interprète Sanda Ould Boumama, porte-parole d’Ançar Eddine à Tombouctou joint par l’AFP depuis Bamako. La sale besogne est désormais achevée.

Tôt le matin, les fossoyeurs de la culture s’en étaient pris, en criant Allah Akbar, (Dieu est grand), aux mausolée de Sidi Mahmoud, dans le nord de la ville, et de Sidi Moctar (nord-est) et enfin à celui d’Alpha Moya. En quelques heures, ils ont réduit à néant des centaines d’années d’histoire et au silence des milliers de fidèles… Ançar Eddine vient ainsi de renvoyer l’écho dans l’ignominie et la bêtise aux talibans et à leurs jeunes «frères» shebab de Somalie qui s’étaient, eux aussi, distingués de manière minable en détruisant de nombreux mausolées de mystiques soufis. Ançar Eddine marque ainsi son territoire au nord du Mali, où il a commencé à faire régner sa loi en attendant d’étendre sa «ouma» sur tout le pays. Et plus si affinités…

Déculturation

Et comme il fallait s’y attendre, ce génocide culturel et patrimonial a suscité une vive émotion. A Bamako, le gouvernement a dénoncé «la furie destructrice assimilable à des crimes de guerre» du groupe islamiste armé Ançar Eddine et a menacé les auteurs de ces destructions de poursuites au Mali et à l’étranger.
L’Unesco qui a appelé les parties en conflit dans le pays à «assumer leur responsabilités» n’a fait que constater les dégâts. «Nous venons juste d’apprendre la nouvelle tragique des dégâts sans raison causés au mausolée de Sidi Mahmoud, dans le nord du Mali», se lamente Alissandra Cummins, présidente de l’Unesco, dans un communiqué. Mais, qui va prendre ses responsabilités dans une partie du Mali coupée du monde et où Ançar Eddine est libre de tout et responsable de rien ?

La réalité est que Tombouctou, ce grand centre intellectuel de l’islam et ancienne cité marchande prospère des caravanes, et qui compte des précieux vestiges religieux, risque de disparaître de la carte du patrimoine mondial. Après ce massacre de Tombouctou, Gao et Kidal (nord-est), les deux autres régions formant le Nord, elles aussi aux mains des islamistes de divers groupes armés, risquent de subir la même furia destructrice de ces vandales des temps modernes. Ce chaos au nord, qui s’ajoute à la confusion à Bamako, met le Mali dans une situation explosive.

Elwatan.com, le 01.07.12 | 10h00