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Le processus de reconquête des régions occupées du Nord de notre pays, contrairement à un constat général axé sur l’inaction du gouvernement et la disproportion des réactions de l’armée au regard de la réalité du terrain, est à la croisée des chemins.

Ce que le commun des mortels ignore, c’est que beaucoup d’actions sont entreprises même si très peu d’informations filtrent. En d’autre terme la discrétion et l’efficacité, pour des raisons stratégiques, s’imposent. Plusieurs informations de sources concordantes soutenaient la possibilité pour l’armée malienne à en découdre avec l’ennemi sans l’intervention militaire de forces étrangères. Selon les partisans de cette thèse, l’armée aurait juste besoin d’appuis logistiques et en matériels : telle semblerait être, jusque là, la conclusion tirée par le trio Dioncounda-CMD-Sanogo (l’on peut ne pas le concéder, mais l’influence de ce dernier et dans les rangs de l’armée et dans la plus haute sphère politique reste toujours d’actualité), d’où la réticence du Mali en ce qui concernait l’envoi de troupes ouest-africaines. Sauf que cette sollicitation militaire de la CEADEAO, pour la reconquête du Nord, change la donne et prouve à bien des égards la nécessité d’optimiser nos chances de réussite en acceptant une aide étrangère.

A analyser de plus près la situation actuelle du pays, où du moins en se forgeant sur les informations qui nous parviennent et la réalité du terrain, deux constats généraux se dégagent. Premièrement, l’ennemi attend la guerre et se prépare en conséquence. Sa démarcation vers Douentza, dont faudrait-il rappeler n’a jamais été occupé par l’armée malienne et demeurait jusque là une zone très fréquentée par les islamistes, et les sorties de plus en plus médiatiques des leaders du MUJAO illustrent suffisamment cet état de fait. Aussi, il parait important de souligner le silence du leader d’Ansardine. Ce dernier qui, aux dires de plusieurs sources, aurait compris sa vulnérabilité vis-à-vis de ses partenaires (MUJAO-AQMI) et été lâché par des soutiens non moins négligeables. Iyag, derrière sa volonté de négocier, serait à la quête d’une issue favorable sans pour autant compromettre sa position avec le MUJAO et AQMI (ce qui lui risquerait la même sentence que le MNLA).

Autant l’homme affiche et manifeste sa volonté pour la négociation (plan A), de la même manière il se prépare à en découdre avec quiconque, ne serait-ce que pour sauver sa tête, en cas d’échecs dans le dialogue (phase B). Disons donc tout simplement, que l’ennemi ne forge aucune issue en ce qui concerne les négociations et ne fait qu’attendre l’armée et/ou la CEDEAO pour entamer un autre rapport de force. Les islamistes ont compris, eux, que la seule chose qu’ils pourraient négocier (le contrôle total des régions occupées avec l’application de la charia et la possibilité d’accepter le retour de l’administration) est la dernière chose à laquelle le Mali et les maliens soient prêts à leur concéder ; tout comme ils n’accepteraient jamais à leur tour de renoncer à leur idée ‘’utopiste’’ d’imposer la charia.

Quant au gouvernement, il n’avait toujours pas pris d’initiatives visibles qui puissent rassurer les populations et les partenaires sous régionaux et internationaux. La position du gouvernement consistait, vraisemblablement, à ravir la vedette à la CEDEAO dans la gestion de cette crise. Cette position avait favorisé une ‘’malianisation’’ du problème, quand bien même nous reconnaissons son caractère transfrontalier et international. La CEDEAO et le pouvoir central à Bamako, jusqu’à cette demande d’envoi de troupes ouest-africaines, n’étaient apparemment plus sur la même longueur d’onde dans cette affaire.

Le président Dioncounda, CMD, l’armée malienne et beaucoup de nos concitoyens croient aux potentialités du Mali de relever, avec un appui, le défi du recouvrement de l’intégrité du territoire national : c’est un courage qu’il faut saluer. Cependant, ce courage sera-t-il suffisant pour faire face à ces islamistes lourdement armés ? Apparemment non ! Les plus hautes autorités de la transition ont compris que le Mali, à lui seul, ne pourra résoudre efficacement ce problème d’où leur volonté d’accepter le concours de la CEDEAO.

Si cette nouvelle mesure témoigne enfin de la volonté commune de la CEDEAO et du Mali de mener une lutte sans merci contre les islamistes et autres terroristes ; elle n’exclut toujours pas les intérêts personnels de chaque partie. L’objectif de la CEDEAO est, de neutraliser les bandits armés, et demeure en premier lieu la protection de tous ses états membres contre une éventuelle invasion islamo-terroriste. Quant au Mali, l’essentiel est de ramener la paix sur son territoire par la négociation ou la guerre. La CEDEAO viendra au Mali certes pour aider les maliens, mais aussi et surtout pour ses propres intérêts.

Qui au Mali de comprendre et d’accepter cette réalité, car une fois que des soldats étrangers fouleront le sol de notre territoire : nos marges de manœuvres resteront limitées et les arguments du genre ‘’on s’en fout de la CEDEAO’’ ou ‘’le Mali n’a pas besoin de quelqu’un pour libérer le Nord’’ ne deviendront que de simples souvenirs. Car la paix, dans la situation actuelle, ne saurait se négocier avec d’autres structures à l’avant garde. Il revient au gouvernement, sous l’impulsion de la CEDEAO, de prendre le devant des choses et de monter au créneau.

Ramener la paix au Mali : telle est la priorité des priorités pour les autorités de la transition. Cela devra passer par la guerre ou la négociation. Sauf qu’à l’heure où nous sommes, nous ne sommes pas à mesure de négocier ou dans une dynamique de négociation. Il faut faire retentir les canons, équilibrer les positions, avant de négocier. Où tout simplement ranger le dialogue dans les tiroirs et foncer. Car si la guerre se négocie, la paix et la dignité d’une nation, elles, ne sauraient se négocier. Elles s’arrachent et au prix de lourds sacrifices. Comparaison n’est certes pas raison, mais si le Vietnam a pu tenir en échec ses ennemis sans moyens…qu’est ce qui empêchera le Mali, avec le peu de moyens dont il dispose aujourd’hui et une aide internationale, de restituer à tous ses fils le plus grand cadeau qu’il puisse les offrir : la libération du Nord. Si à cœur vaillant, rien n’est impossible, c’est que le Nord du Mali sera libéré car les maliens gardent toujours leur sens élevé du patriotisme.

Fousseyni MAIGA

LE FLAMBEAU du 6 Septembre 2012