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Dans la gestion du « dossier Kidal », le gouvernement malien ne cessera pas de surprendre.


Depuis la dernière rencontre tripartite d’Alger (gouvernement, rebelles et médiateur algérien), on a la bizarre impression que la crise de Kidal n’existe plus. Disparue des écrans-radars. Le sujet ne semble plus soulever ni intérêt ni passion. Comme si le cas était réglé et classé.

On reconnaît là, sans doute, une des marques de la méthode de gestion suivie depuis des années : laisser pourrir une situation, ne rien faire, en priant et en espérant qu’un problème occulté se résoudra seul, ou par une opération du Saint-Esprit, peut-être.

Imaginez, faites-vous une photographie mentale et vous verrez combien la prévoyance et l’anticipation ont disparu chez nos autorités. Depuis presque 4 mois, le principal chef de la rébellion, Ibrahim Ag Bahanga ne donne signe de belligérance.

Les attaques contre les objectifs militaires ont cessé. Aux dernières nouvelles (je ne peux ni confirmer ni infirmer), il aurait choisi la Libye pour vivre. Son cousin, Hassan Fagaga, est également devenu aphone. La présence médiatique des rebelles se réduit comme peau de chagrin et, même les supporters les plus zélés des irrédentistes, ont mis de l’eau glacée dans leur « djindjinbéré ».

Visiblement, ceux qui avaient conseillé à Ag Bahanga le dialogue n’ont pas eu tort. Il n’avait pas compris que sa cause est radicalement différente de celle de 1990. Il a voulu re-mobiliser autour des mêmes récriminations, mais il n’a obtenu que de squelettiques appuis et les sempiternelles agitations de quelques extrémistes pour lesquels toutes les causes sont nobles, même s’il faut verser du sang pour arriver à un résultat qu’un simple dialogue franc et ouvert aurait permis.

Kidal est donc calme aujourd’hui quand bien même il s’agirait d’une accalmie relative. Et que fait le gouvernement malien pour tirer profit que cet état ? Rien ! Voilà ce qu’on appelle posséder l’avantage du terrain et ne point savoir quoi en faire. C’est franchement désolant. Car, demain, tout pourrait basculer de nouveau. Et le cycle de la violence suivie de ripostes reviendra déstabiliser la région.

Depuis mai 2006 et la première attaque de la bande à Bahanga, rien n’a changé à Kidal du point de vue social et économique. La région croupit encore plus dans la misère la plus crasse ; ceux qui ont fui leur foyer ne sont pas revenus. Je pense que le gouvernement, s’il a vraiment à cœur la résolution de ce problème, après avoir anéanti Gandha Izo, devrait prendre des initiatives qui feront que l’adage disant « gouverner, c’est prévoir », ne sera pas une vérité creuse.


PIDRK : une coquille vide !

Je suis convaincu que malgré toutes les difficultés économiques et financières du Mali, le gouvernement peut trouver 4 ou 5 milliards immédiatement afin d’agir à Kidal, frapper l’opinion publique et gagner la guerre de l’opinion. Car, voyez-vous, à Kidal, il n’y a toujours pas un hôpital ; il n’y a pas un lycée ; il n’y a pas un kilomètre de goudron. Pas un kilomètre !

Je ne peux pas concevoir qu’une autorité qui laisse un ministre dépenser, en une journée, 11 millions de F CFA en thé, café et sucre, ne peut demander à ce personnage qui s’occupe des transports et de l’équipement, de trouver de l’argent pour bitumer quelques artères de Kidal. Je ne peux concevoir que dans la répartition des presque 240 milliards du Millenium Challenge Account, pas un sou ne soit trouvé pour un projet à Kidal. Rien. Zéro. Nada !

Investir aujourd’hui à Kidal, montrer aux habitants de cette région l’engagement de la nation à les aider, à combler le gap qui les sépare du reste du pays, n’est pas de l’opportunisme mais un sens aigu de la stratégie, de la gestion du pouvoir qui inclut toutes les composantes de la nation. Construire un hôpital et un lycée à Kidal ne ruinera pas l’économie nationale. Bien au contraire, ce sera la preuve que partout au Mali, les citoyens ont accès au minimum décent.

Je ne comprends pas ce silence, cette inertie, qui semble frapper les autorités. Je pense que chaque Malien doit être conscient d’un fait : si les investissements requis et réclamés par les Kidalois ne sont pas faits aujourd’hui au motif qu’il n’y a pas d’argent, les dépenses de demain seront encore plus exorbitantes.

Pensez simplement au coût du déploiement militaire et au maintien des soldats et des équipements dans la région depuis mai 2006. Là, se trouve une autre aberration de la gouvernance sans objectifs précis : quand on n’investit pas au moment idoine, on se ruine à réparer les dégâts. Les sommes englouties dans cette aventure militaire auraient pu, avec plus d’anticipation, servir autrement à financer des projets de développement et la construction d’infrastructures vitales.

Je ne voudrais surtout pas que l’on nous rebatte les oreilles avec le PIDRK que je considère, jusqu’à présent, comme une coquille vide. Ainsi les conclusions du tintamarre de 2007 appelé « Forum de Kidal » dont les résolutions irréalistes et impraticables sont mortes de leur belle mort. Au contraire, ma conviction est qu’à partir du budget national, il est possible de gagner le cœur des Kidalois. Serait-il seulement possible qu’un jour quelqu’un prenne ses responsabilités ?

Par exemple, en engageant une action vigoureuse contre les voleurs épinglés par les structures de contrôles. Le Vérificateur général parlait de 130 milliards volés à la nation par des experts-kleptomanes. En récupérant seulement 10 % de cette somme, le gouvernement aura de quoi investir 13 milliards dans les régions du Nord. Pas besoin d’aller tendre la sébile aux nations développées. Mais, ça, c’est une autre histoire.

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

28 Octobre 2008