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Ces scribes (dont l’auteur de l’article), tantôt grisés par leur liberté, font entorse au principe de la neutralité inconsciemment ou sciemment. S’agissant d’abord de la presse internationale, l’impression qu’elle laissa aux Maliens après les attaques du 23 mai 2006 était celle d’une position saluant le soulèvement d’un groupe lésé.

Ce n’est pas que la couverture médiatique des événements en soi ait été mal faite. Par contre lorsque certains médiats de l’Exagone ont eu l’occasion d’analyser la crise, leur opinion qui n’a pas fait dans la dentelle en parlant de la responsabilité de l’Etat malien a été le plus souvent battue en brèche dans les rues de Bamako.

Si les médias internationaux, hier comme aujourd’hui, s’était limités au compte rendu de leurs correspondants sur place, la rue au Mali ne se serait peut être pas méprise sur leur compte. Nul ne saurait demander à la presse internationale de se passer une muselière à la bouche, car sa critique est tout à fait dans le ton.

Par ailleurs l’incompréhension qui résulte relève de la logique de la foule, prompte à la passion qu’à la raison. Pour ce qui concerne la presse nationale, elle pose la question touareg autrement. Selon que l’organe de presse soit proche de Koulouba ou pourfendeur des autorités, l’information concernant cette question s’écarte plus de la neutralité.

Parfois c’est l’Etat qui perd de vue l’intérêt de l’objectivité de la presse. Cette démarche qui ne pouvait malheureusement pas faire long feu a été observée lors des balbutiements de la dernière crise touareg. A titre d’exemple, « Le Républicain » qui s’est toujours gardé de verser dans les positions extrêmes a été à la limite ridiculisé en février 2006 (au tout début de la crise) par un gros titre démentant ce qui avait été un scoop rendu de façon neutre.

Au-delà de ces « coup de pieds » venus d’ailleurs, face à la récente crise touareg et son dénouement, la presse nationale ne montre pas toujours le même visage. Les attaques du 23 mai ont été unanimement condamnées par les médiats nationaux, à la différence de la presse internationale. Très souvent absente du théâtre des faits, la presse malienne n’avait que le moyen de la spéculation.

Et quand par hasard l’occasion d’y être lui était donnée, le rendu du reportage hormis celui de l’Ortm était une pilule difficile à avaler pour le gouvernement. Jusqu’à présent le dernier des accords d’Alger n’était pas signé et l’Etat cherchait sur quel pied danser.

En la matière on ne peut jurer de rien pour l’instant, mais l’humeur de l’ensemble de la presse semble avoir joué le rôle d’une main invisible sur lequel il importe peu de nous étendre. La signature de l’accord d’Alger a radicalement changé les rapports entre une partie de la presse malienne et le gouvernement.

Cet acte posé par le général Kafougouna Koné, un foudre de guerre, serait on tenté de dire, est pris par certains éditorialistes comme un casus belli : ces derniers crient haro tandis que le général Koné clame qu’un modus vivendi vaut mieux qu’une solution à l’arraché.


Soumaïla T. Diarra

07 août 2006.