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bella-2.jpgConfrontés a des blocages juridiques et administratifs, les communautés touarègues frappées par l’esclavage au Mali entendent bientôt mener une vaste campagne de protestation. C’est une des recommandations de la troisième édition du forum TEMEDT qui vient de se tenir à Gao.

En effet, aussi extraordinaire que cela puisse paraître, l’esclavage est une réalité au Mali et il se pratique au Nord du pays sous le regard complice et silencieux de l’administration. Des cas de violation graves des droits humains ont conduit TEMEDT, l’association des Tamasheq noirs, a déposé des plaintes qui, hélas, n’ont encore servi à rien.

Le témoignage le plus émouvant lors du forum est celui de Idar Ag Ogasid. Ce jeune touareg noir de 31 ans, a une soeur de 13 ans et un frère de 15 ans retenus comme esclaves par un maître a Intakabart, dans la commune d’ Inchawadj, région de Gao. Mais Idar lui même vient de briser les chaînes de l’esclavage grâce à TEMEDT, en fuyant de la maison de son maître où il était esclave au même titre que sa soeur et son frère.

Aujourd’hui, il vit dans la peur des représailles de la part de son maître. “Je ne retournerai pas là ou j’étais car j’ai peur que mon maître cherche à me tuer”, a déclaré Idar. Il a aussi pu arracher son fils de trois ans que son maître avait donné comme partie d’une dot. Si grâce à la gendarmerie de Gao, le fils de Idar a été enlevé des griffes des esclavagistes, les représentants de l’Etat sont en cause.

Ni le procureur de Gao, ni les autres membres de la famille judiciaire ne sont en odeur de sainteté auprès des organismes internationaux de lutte contre l’esclavage. Qui ne comprennent pas que le petit frère et la petite soeur de l’ancien esclave soient en captivité encore. C’est pourquoi SOS Esclaves de la Mauritanie, Anti slavery de Londres, Timidria du Niger et TEMEDT entendent organiser bientôt a Bamako une conférence de presse pour dénoncer cette injustice mais au-delà l’attitude négationniste des gouvernements de leurs pays respectifs.

Ce qu’ils vont dénoncer, c’est par exemple la situation des frère et soeur de Idar. Non seulement le maître d’Idar n’a pas été puni, mais la justice refuse le droit à Idar d’engager une action visant à les libérer, au motif que c’est aux intéressés, des mineurs, de se plaindre.
Des Idar, il y a en plein au nord du Mali démocratique et du XXIè siècle. Mais au-delà des cas qui ont fait l’objet d’une plainte, TEMEDT exige du Mali des mesures courageuses.

L’Etat doit conduire une étude sur l’esclavage au Mali ainsi que sur les discriminations. Cette étude permettra de faire l’état de la question, montrer l’ampleur du phénomène par région et par groupe ethnique, les domaines socioéconomiques où ces pratiques sont les plus néfastes et ainsi proposer des solutions pour son éradication.

Pour l’association, le Mali doit conduire des recherches historiques ou faire connaître celles qui existent afin de montrer la contribution des groupes sociaux de conditions serviles et les groupes sociaux marginalisés à cause de leur origine, à la construction nationale et la défense des valeurs de la République. Ceci permettra de montrer qu’ils disposent de repères historiques dont ils peuvent et doivent être fiers même si ces personnalités historiques ont été attribuées à d’autres ou que leurs exploits ont été détournés.

L’aide et le soutien aux victimes sont nécessaires. La plupart des cas, ces victimes sont sans ressources, pauvres et sans instructions. Elles ne savent pas travailler de manière autonome. Il est crucial de les mettre en sécurité sur le plan des revenus pour qu’elles ne soient encore marginalisées, ridiculisées et servir d’exemples dans le mauvais sens.
TEMEDT pense qu’il faut indemniser les personnes et les groupes sociaux victimes d’esclavage, de discriminations et de marginalisation.

Dans le cas de l’esclavage et des pratiques analogues, la réadaptation doit comporter une prise en charge médicale et psychologique des victimes ainsi que leur garantir l’accès à des services juridiques et sociaux. “Dans le cas du Mali et des autres pays du Sahel où ces pratiques persistent, nous pensons que les Etats doivent présenter des excuses aux victimes et aux groupes sociaux marginalisés car ces situations sont connues bien avant les indépendances mais ont continué à servir les intérêts de tous les pouvoirs”, déclarent les membres de TEMEDT.

Après les excuses, les réparations matérielles et morales permettront de fermer les brèches et de rétablir les dignités lessivées. L’Etat doit entreprendre une révision des textes existants afin de les adapter au besoin actuel d’éradication de l‘esclavage. Cette mesure doit faire suivre la reconnaissance et la présentation d’excuses officielles et solennelles.

Soumaila T Diarra,

Envoyé spécial.

Le Républicain du 1er avril 2008.