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Le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et le groupe Ansar dine se sont illustrés au nord par l’évacuation du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Par cette action, les groupes islamistes s’étaient attirés la sympathie de la population avant de tomber en disgrâce avec celle-ci. Au centre de la discorde, les multiples exactions des groupes salafistes subies par la population au nom de la loi islamique.

jpg_une-957.jpgUn couple non marié fouetté de cent coups chacun à Tombouctou, un second lapidé à Aguel Hok et un jeune amputé de la main à Ansongo, les verdicts des juges islamiques se suivent et se ressemblent horriblement dans les régions occupées du pays. Les populations qui assistent à l’application de ces peines ont-elles vraiment le choix ?

A Gao, des jeunes ont empêché l’amputation de la main d’un des leur mais les islamistes indiquent n’avoir nullement abandonné leur idée. Comment les accusés sont-ils soumis à la Charia ? Ahmedou Ag Issa, responsable d’une association de scolaires et universitaires de Tinabéry dans le cercle d’Ansongo, révèle : «Si vous voulez ma peau et que vous êtes du MUJAO, vous avez la possibilité de m’accuser d’un acte répréhensible», a-t-il indiqué. Composé d’arabes, de peulhs nigériens et même nigérians, ainsi que de certains sédentaires des trois régions du nord du Mali, le MUJAO est l’organisation qui contrôle la région de Gao. «Ils sont en train de procéder à un règlement de compte», a souligné Ag Issa.

L’association qu’il dirige, Tittar (bénédiction en langue nationale sonrhaï), a entrepris une vaste campagne de communication pour attirer l’attention des autorités et l’opinion nationale et internationale sur le danger qu’en court cette partie du territoire dans la perspective d’une application continue de ces pratiques. «Chaque homme amputé est une charge pour sa famille et pour le pays», a-t-il souligné. Avant de poursuivre : «Dans les circonstances actuelles au nord, il faut s’attendre au pire». Selon lui, les mouvements armés sévissant au nord (même le MNLA, précise-t-il) ne sont que des voiles pour les opérations du groupe terroriste Al Qaeda au Maghreb Islamique (Aqmi).

Il y aurait, selon lui, une trentaine de personnes qui croupissent à Gao en attente d’une sentence de la part des islamistes comme celui d’Ansongo. Au-delà de ceux-ci, une cinquantaine d’autres seraient listées pour des faits commis à une époque où elles n’étaient même pas au Mali. Seraient-ils des membres du MNLA comme le laisse croire certaines sources ? Ce sont souvent des «gens venus de la Libye après les bombardement de Kadhafi», et des sédentaires, rétorquent Ahmedou Ag Issa. Selon lui, avec les mouvements armés au nord, «vous n’avez pas le choix. Vous êtes obligé de suivre, ne serait-ce que pour protéger votre famille et vous-même».

Seydou Coulibaly

Le 14 Août 2012

© AFRIBONE