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L’application de l’Accord d’Alger, la réorganisation des postes de sécurité autour de la ville de Kidal, l’allègement du dispositif militaire, la mise en place d’une commission d’enquête sur l’assassinat du Commandant touareg de l’armée et la prise en compte de toutes leurs demandes dans les trente jours à venir sont les nouvelles propositions du chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga. La libération des otages en dépend, apprend-on de sources concordantes.

Depuis le retrait de l’Algérie dans la médiation entre les autorités maliennes et l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC), la situation à Kidal continue de se dégrader. Les populations civiles et militaires touareg ont fui la ville et certains auraient pris le maquis pour, dit-on, organiser la résistance des touareg.

Selon certaines personnes proches du dossier, il est difficile d’établir aujourd’hui un lien entre les éléments de l’unité spéciale qui ont quitté la ville, ils ont regagné les montagnes avec armes et bagages, furieux contre l’assassinat le 10 avril d’un Commandant touareg de l’armée, élément de l’Alliance du 23 mai pour le Changement, et d’un civil touareg.

Bahanga et ses hommes demandent la création d’une commission d’enquête sur l’assassinat de cet officier de l’armée et du civil de la communauté touareg, dont les corps ont été retrouvés le 11 avril près de Kidal.

Le chef rebelle, Ibrahim Ag Bahanga, fait de cette exigence l’une des conditions pour la libération des 33 otages militaires qu’il détient depuis le 20 mars 2008. Ibrahim Ag Bahanga qui n’était pas signataire de l’Accord d’Alger dont la dissidence lui a permis de créer l’ATNMC serait désormais d’avis pour son application.

Le retour de l’Algérie dans la médiation

La présence de l’Algérie voisine (médiateur traditionnel entre les parties) au sein de la commission d’enquête sur les conditions de cet assassinat serait bien appréciée par les rebelles qui considèrent qu’elle est une garantie pour l’impartialité de l’enquête.

La classe politique malienne qui devrait être associée au processus de règlement de la crise du nord Mali, selon une déclaration du président sortant de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, se dégage majoritairement pour un retour de l’Algérie dans la médiation.

Un homme d’une grande carrure de la scène politique malienne, Soumeylou Boubèye Maïga déclarait à cet effet : «dans l’esprit des Maliens, il n’y a qu’un médiateur, c’est l’Algérie… Je n’irai pas jusqu’à dire que l’Algérie boude, probablement elle attend de voir plus clair dans les textes de Tripoli et de reprendre son action de médiation. Le Mali et l’Algérie n’ont pas d’autre choix que de coopérer parce que le nord du Mali c’est le prolongement du sud de l’Algérie et vice versa. Il n’y a pas de divergence de fond entre les deux Etats… »

Le quotidien algérien El Watan publiait le 26 avril, une interview du président du FDR, Tiebilé Dramé qui se prononçait également pour cette médiation algérienne.

Selon lui, « il y a urgence à renouer le dialogue pour dissiper les malentendus, restaurer la confiance et parvenir à la paix… Les Maliens souhaitent la reprise rapide de la médiation algérienne.
Il n’y a pas de désaveu de l’Algérie au Mali. Bien au contraire. L’Algérie a accumulé un grand capital d’expérience dans la gestion du dossier du Nord ; cette expérience nous est utile pour sortir de l’impasse actuelle. Nous, nous faisons partie des Maliens qui sont reconnaissants vis-à-vis de l’Algérie et qui rendent hommage à l’action de votre pays chez nous.
»

Le gouvernement malien serait-il en train de multiplier des initiatives pour réussir un dénouement de la crise sans le médiateur historique, l’Algérie ? Ainsi, des émissaires du gouvernement malien auraient réussi à rentrer en contact avec le chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga. Ce jeu des autorités avec la rébellion sans l’entremise du médiateur peut se révéler dangereux et plein de pièges qui peuvent se refermer sur ses propres initiateurs.

Car dans cette affaire, l’Algérie a joué un rôle et obtenu des résultats que seul, notre pays aurait difficilement atteint. Il en est de l’affirmation dans l’accord d’Alger de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale, du respect de la Constitution de la troisième République au moment où était répandue une revendication identitaire des rebelles.

C’est dire que le médiateur algérien est nécessaire à l’instauration d’une paix définitive au Mali. C’est pourquoi le gouvernement doit éviter d’emprunter des chemins tortueux comme il l’a fait en fabriquant un doublon à la médiation algérienne entraînant le mécontentement du pays de Boutéflika. Les autorités maliennes récoltent les conséquences de cette politique.

La signature le 3 avril 2008 d’un semblant de protocole d’entente à Tripoli n’a pas empêché les hommes de Bahanga de toujours demander l’allègement du dispositif militaire dans la région de Kidal (Nord-Est).

Selon des sources bien informées, le groupe d’Ibrahim Ag Bahanga et les membres de l’Alliance demandent également une réorganisation des postes de sécurité autour de la ville de Kidal et la prise en compte de toutes leurs demandes dans les trente jours à venir.


B. Daou

29 Avril 2008