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1-15.jpgLe processus de paix au Nord-Mali s’embourbe dans l’écartèlement d’une rébellion touarègue qui est à la lisière de son crédit, si elle ne l’a simplement pas consumé dans ses positions radicales adoubées par des méthodes aussi terroristes que mafieuses.

De revendications identitaires au trafic d’armes et de drogue, des attaques contre l’armée aux prises d’otages ; de l’exigence d’un nécessaire développement équitable pour les régions du Nord au souhait d’y voire ériger des Targuistans sous la coupe de bandits et autres voyous armés, les Alliés du Nord-Mali, par leurs attaques meurtrières, prouvent qu’ils ne peuvent être des interlocuteurs crédibles avec lesquels le Mali souverain peut aspirer, un jour, à fonder une paix durable dans un cadre républicain et solidaire. Des revendications autonomistes (manifeste pour une autonomie de la Région de Kidal), à la volonté de partition, la frontière se resserre dans la démarche de ceux qui ont pris les armes contre leur pays pour demander « un peu de développement ».

Même si, dans le Mali démocratique, nul n’a besoin de prendre des armes pour se faire entendre. Deux ans après les attaques des camps de Kidal et Ménaka, au regard des développements de la crise Nord-Mali, la question demeure, entière et vitale : avons-nous encore compris ? Savons-nous où nous allons ? Que voulons-nous ?

Les généraux à l’épreuve d’un dossierPrésenter une rébellion armée comme vecteur de paix et de développement, au constat, des mutins et des déserteurs comme alliés avec lesquels un Etat souverain devrait pactiser pour garantir la paix… s’est avéré une grossière erreur politicienne de la part du régime. Aujourd’hui, nul doute pour le Malien que Fagaga n’est en rien différent de Bahanga et qu’entre les affirmations ludiques des bandits armés et leurs desseins réels, le fossé va en creusant. De Kidal à Diabaly, quelle distance ! Au propre comme au figuré. On a laissé faire, laissé croire qu’on peut parvenir à « faire la paix sans faire la guerre » avec ceux-là même qu’on ne rate pas d’occasion de traiter de « Bandits » et de « narcotrafiquants ». Le Mali des généraux est-il à une contradiction près dans la gestion de cet épineux dossier du Nord-Mali ? De la théorie du maintien d’ordre à l’intervention de l’armée de l’air, qui livre combat, le 02 avril dernier, aux portes de Kidal, pour frayer le chemin à un convoi de renfort militaire, l’option officielle se noie dans les abysses d’une stratégie de sortie de crise que le commun des Maliens a du mal à percevoir. Mais en face, la logique et la cohérence dans le choix de la stratégie et de l’objectif n’imposent-elles pas le respect, à défaut de l’admiration ? Les Alliés du Nord-Mali se sont convaincus depuis longtemps que les généraux qui détiennent « le pouvoir central de Bamako » abhorrent la guerre et ne veulent, en aucun cas, entendre de crépitement d’armes. Aussi, leur imposent-ils une rébellion armée pour assouvir les ambitions territoriales ? Car, il est d’une évidence simpliste que lorsqu’on ne veut pas occuper un territoire et qu’on ne veut pas en faire « SA » zone d’influence avec tout le contenu mafieux que cela implique, on ne fait pas du déguerpissement de l’armée nationale une « exigence » non négociable.

L’alibi des rebelles Les rebelles maliens n’ont jamais aspiré au développement pour « leur » localité. Ce qu’ils veulent, c’est être maîtres chez eux, avoir comme nous l’avons toujours soutenu dans ces colonnes, leur Targuistan… pour se livrer à leur sport favori : contrôle des points de passage de tous les produits de trafic (armes, drogues, cigarettes) dans la bande sahélo saharienne. Et ça, ça paye, c’est cash. Là est le problème, l’origine de la crise, les bandits armés ne voulant, pour rien au monde, voir l’armée fourrer son nez dans leurs « petites affaires », a fortiori y mettre un terme. La paix est-elle possible, sans leurre, dans ces conditions ? Et à quel prix ? En tout cas, pour les Alliés du Nord-Mali, il faudrait désormais conjuguer au passé le processus de paix.

Et leur porte-parole, Hama Ag Sid’hamed est sans équivoque : « Il y a rupture parce que le contenu du Protocole d’Entente de Tripoli n’a pas été respecté. Il est caduc quelque part puisque la partie malienne ne souhaitait pas le respecter ou plutôt discuter de son contenu. L’essentiel, c’est à dire les conditions du Cessez-le-feu qui avait été signé à Tripoli, c’était qu’on s’entende sur un calendrier de l’allègement de l’armée dans la région de Kidal. Après avoir signé effectivement ce protocole, la partie gouvernementale a rejeté complètement la mise en place de ce calendrier. Donc pour nous, le contenu du Cessez-le-feu n’a pas été respecté par la partie gouvernementale, je veux parler toujours des conditions du cessez le feu. Sur le terrain il n’y a pas réellement un cessez le feu qui est mis en place. On est dans l’impasse. Ce qui fait que, suite à l’assassinat du commandant touareg, plusieurs officiers supérieurs et hommes de rang de la région de Kidal ont regagné effectivement la rébellion qui secoue le Nord du Mali depuis mai 2007. Plusieurs bases ont effectivement été installées dans le Nord du Mali pour faire face à cette situation ».

Non contents de rejeter les offres de paix du « pouvoir central de Bamako », les bandits armés se font narguant et provoquant ! A la volonté de paix affichée (envers et contre tout) du régime du président ATT), les Alliés Nord-Mali répondent par une méprisante condescendance, comme pour dire : notre salut et notre sauf-conduit est au bout de nos armes et de notre détermination à ne laisser aucun répit à l’armée malienne. L’indulgence et l’impunité dont ont bénéficié les rebelles n’ont-elles pas déjà induit, au Nord-Mali, moult permissivités, intouchabilités, excentricités, caprices… et dégâts collatéraux ?

La paix tel un mirage Les attaques, jusqu’à ce mardi, concentrées essentiellement au Nord, se déportent vers le Sud avec l’attaque surprise de la caserne de Diabaly. Si l’Alliance touarègue Nord-Mali pour le changement a revendiqué l’attaque, nul ne peut aujourd’hui se rassurer face à la génération spontanée de rebelles qui émerge depuis peu au Nord. Des « jeunes », dit-on, qui veulent aussi avoir leur part le moment du partage du gâteau. Comme si le Mali était à dépecé, dépiécé et à repartir entre bandes et groupes, pardon entre bandits et voyous armés. En effet, samedi dernier un convoi de ravitaillement de l’armée était la cible d’une attaque du Groupe Merzouk, une légion de voleurs, de racketteurs et de contrebandiers qui tente d’établir « sa » zone d’influence entre Aguel’hoc et Tessalit. L’attaque, on se rappelle, avait fait un mort du côté des forces armées et 9 morts et 18 blessés dans les rangs des assaillants. Mardi, 06 mai, c’est la 212ème compagnie d’infanterie motorisée de l’armée malienne, située à Diabaly, dans la région de Ségou, qui était attaquée et pillée par les rebelles sous la férule de Bahanga.

Bilan

Un mort, des armes et munitions, des véhicules et des vivres emportées… et une grosse émotion au sein de l’Opinion malienne. Qui, si elle savait que tout était permis aux rebelles, commence à se demander si tout leur est possible : attaquer où ils veulent et quand ils veulent ?

Jusqu’où, ira-t-il, le régime dans sa vaine volonté de parvenir, avec ceux qui ont les armes contre le Mali, à une paix fugace, tel un mirage dans le Nord-Mali ?
Jusqu’où le régime les laissera-t-il faire ?
Quand vont-ils attaquer Bamako ?

Nul ne doute de la volonté des autorités de préserver la cohésion sociale, à épargner au pays des épreuves inutiles (la reprise de la rébellion, la pose des mines, les morts et les blessés, les prises d’otages ne nous ont-ils pas été imposés par les bandits armés ?), de construire la paix et d’amorcer le développement harmonieux du Nord. Mais il faudrait se convaincre qu’il n’y a pas de paix sans volonté de paix de tous les protagonistes. Et ce n’est sûrement pas avec des armes et des engins de mort que Bahanga fera fleurir le Nord et ce n’est pas en attaquant l’armée, hors de son Targuistan, qu’il convaincra les maliens de sa bonne foi. Bahanga ka sabali…

Par Sambi TOURE | Info Matin du 08 mai 2008