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Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, le poste de la brigade territoriale de gendarmerie de Tessalit a fait l’objet d’une attaque. Aux environs de 3 heures du matin, la population a été brusquement réveillée par des tirs d’armes automatiques. Au cours de cette attaque, 3 gendarmes ont été enlevés et un autre blessé.

Les assaillants ont bénéficié de plusieurs facteurs. Il y a d’abord l’effet de surprise lié à l’heure de l’attaque. Ensuite, l’éloignement du poste de gendarmerie situé à plus de cinq kilomètres de la localité. Il y a aussi le fait que les bandits s’étaient dissimulés au sein de la population pendant toute la journée et avaient eu tout le loisir d’étudier les mouvements des gendarmes. Enfin, personne ne s’attendait à un acte belliqueux au moment même où tous les regards sont tournés vers Alger où se déroulent des négociations entre gouvernement et bandits armés.

Alertées, les forces de défense et de sécurité se sont aussitôt lancées à la poursuite des assaillants, selon un communiqué de l’Armée. Le ministre de la défense et des anciens combattants, dans le même texte, « rassure les populations que les forces armées et de sécurité poursuivront leur mission de défense de l’intégrité territoriale, de sécurisation des personnes et des biens sur toute l’étendue du territoire national ».

L’auteur de cette folle équipée nocturne est très connu des populations. Il s’agit de Baye Ag Hamdy. Elu à l’Assemblée nationale du Mali sous les couleurs de l’URD en 2002, il n’a pas pu achever son mandat à cause d’une maladie cardiaque. En outre, l’homme ne jouirait pas de toutes ses facultés mentales. Il aurait suivi un long traitement chez un tradithérapeute à Bougouni (dans la région de Sikasso) avant de rejoindre sa localité située dans la région de Kidal.

Ses premiers faits d’armes remontent à une attaque perpétrée contre la garnison d’Aguel Hoc, en compagnie du comptable voleur du Projet de Développement de la Région de Kidal. C’est d’ailleurs avec ce dernier qu’il créera, par la suite, un groupuscule armé qui se distinguera par quelques menus larcins. Tout fou qu’il est soupçonné d’être, Ag Hamdy n’agit jamais seul. Il a pris le soin de s’entourer d’une véritable bande de malfaiteurs. En plus du comptable véreux, un autre de ses complices serait un certain Hamoun, contrebandier et trafiquant de stupéfiants notoire.

Selon plusieurs observateurs, Ag Hamdy a commis cette attaque pour se faire entendre et faire valoir ses propres revendications. Il cherche un moyen pour participer aux pourparlers en cours à Alger entre les autorités maliennes et les représentants des bandits armés. Il avait déjà manifesté, dans plusieurs milieux, ses intentions de siéger au sein du Comité de suivi de l’Accord d’Alger.
Dans sa parution n°81 du 14 juillet 2008, L’Aube manifestait son inquiétude quant à la revendication des bandits sur l’élargissement du Comité de suivi. Cette revendication est un moyen pour eux d’infiltrer la structure par des personnes peu recommandables. Parmi lesquelles un narcotrafiquant du nom de Merzouk et un élu de Tessalit. Ce dernier se révèle en fin de compte être un ancien député, fortement compromis avec les milieux de contrebandiers et de trafiquants de drogues. Ses fréquentations pourraient expliquer son insistance à siéger au sein du Comité. Ambitionne t-il de noyauter cette structure afin de prendre le contrôle de la région et mieux baliser le terrain pour ses complices ?

Aujourd’hui, cette attaque suscite de nombreuses interrogations. Notamment en ce qui concerne l’unification des groupes de bandits armés. Invités depuis un certain moment à Alger par le médiateur algérien à s’entendre et à cheminer dans la même direction, ces groupes étaient censés, au cours du présent round de négociations, déposer des revendications communes qui seront d’ailleurs faites au nom de l’Alliance du 23 mai.

Sous la pression du médiateur algérien, même le plus extrémiste des bandits armés, Ibrahim Ag Bahanga, s’est plié à cette exigence. Ag Hamdy n’était-il pas à Alger lors de ces rencontres préliminaires ? Ou alors a-t-il décidé de se passer de la médiation algérienne pour faire aboutir ses propres revendications? Ce qu’il faut retenir, c’est que le geste est osé en cette période où se tiennent ces négociations et où se préparent les travaux de la conférence sous-régionale à Bamako en vue du règlement définitif de la crise du nord.

CHEICK TANDINA

L’Aube du 21 juillet 2008