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C’est le triste bilan des attaques perpétrées par les bandits armés à Hombori et Youwarou, deux localités de la région de Mopti. Si dans la seconde localité, les bandits s’en sont pris surtout à des immeubles abritant les services publics, à Hombori, par contre, ils ont franchi le Rubicon en tuant de sang froid le porte-drapeau, depuis 2011, de la famille royale le Hombori-Koï Moussa Bolobo Maïga, 78 ans, chef de village de Hombori.

Arrivés dans cette ville, le samedi 18 février 2012 après la prière du crépuscule, à bord de quatre véhicules 4×4 BJ armés de mitraillettes, les bandits sont repartis, après leur forfait, dans la nature. En route, ils ont dépouillé le chauffeur de Maïga Transport de quelque 400 000F CFA. A Youwarou, où l’attaque a eu lieu dans les environs de 10 heures le même jour, un garde national, un nommé Kéïta, nouvellement affecté dans la localité, a été enlevé par les bandits.

Là également, les bandits étaient arrivés à bord de six véhicules Pick-up BJ munis de mitraillettes ; trois des véhicules, ces engins de la mort, avaient pénétré à l’intérieur de la ville quand les trois autres, avec leurs occupants puissamment armés, attendaient dans la périphérie, faisant le guet. A Youwarou, le poste de gendarmerie compterait quelque huit agents seulement. A Hombori, où des ressortissants français avaient été enlevés, ce qui supposait un renforcement de la sécurité, les gendarmes ne sont que quatre…D’où la marche des jeunes, hier dimanche, contre cet état de fait qui ne s’explique pas.

Comme on le voit, avec le nord Mali, le centre du pays continue, lui-aussi à être le théâtre d’attaques des bandits armés. Après les lointaines localités d’Aguelhok, de Tessalit, de Ménaka et d’Anderaboukane, les bandits armés ont, le samedi, 17 février 2012, étendu le théâtre de leurs zones d’opération aux localités de Youwarou et de Hombori, situées au centre du pays.

Au moment donc où l’opinion nationale semblait croire en une accalmie dans la crise sécuritaire dans le pays, les bandits armés ont choisi ce moment précis pour se faire entendre. Et cela de la manière la plus horrible : à bord de quatre véhicules 4×4 surmontés de mitraillettes, des bandits armés ont attaqué Hombori, située à1050 kmde la capitale, le samedi, 18 février aux alentours de 19h30, en tuant de sang froid le chef de village le Hombori-Koï Moussa Balobo Maïga, un patriarche de 78 ans, qui venait, d’ailleurs, de perdre il y a de cela quelques jours seulement. Selon des sources que nous avons pu joindre à Hombori, les bandits armés sont venus du côté de Gao, sur la route nationale.

A leur arrivée à Hombori, ils se sont rendus à la gendarmerie où le Commandant de brigade (CB) et certains de ses éléments avaient eu le temps de se mettre à l’abri. C’est là qu’ils ont demandé à l’agent trouvé sur place de les remettre les clés du véhicule de la gendarmerie.

Ce dernier aurait dit que la clé se trouvait chez le » chef » qui se trouverait au palais. Conduit par cet agent jusqu’au palais royal qui surplombe la ville, les bandits ont demandé la clé du véhicule au patriarche. Celui-ci a répondu aux bandits qu’il ne détenait pas la clé dudit véhicule. Après ces propos, l’un des bandits lui a tiré deux balles dans la poitrine et une à la cuisse. Selon des sources concordantes, c’est la main d’AQMI qu’il faut voir derrière cet acte crapuleux.

A 5 heures du matin, le Hombori-Koï Moussa Balobo Maïga a été inhumé.

Le dimanche matin, les jeunes ont marché pour protester contre le fait que les gendarmes, au lieu d’assurer la sécurité des populations, se sont terrés afin d’éviter de faire face aux assaillants. L’agent qui a conduit les bandits jusque dans la cour royale a failli lui-aussi être lynché par la foule. C’est dire que la tension est à son comble à Hombori mais aussi à Douentza, où les populations vivent dans la hantise d’une attaque des bandits armés.

A Youwarou, selon des sources concordantes, les bandits armés sont arrivés dans cette localité située en plein centre du pays, à bord de six véhicules. Trois ont pénétré en ville où ses occupants se sont rendus au cercle, à la gendarmerie, à la douane et dans plusieurs autres services publics.

Dans tous les endroits visités, ils ont saccagé des biens meubles et enlevé un garde national, un nommé Kéïta, qui avait eu le malheur de se trouver dans les locaux du cercle (préfecture) au passage des malfrats. Ils seraient repartis également avec une moto. Les huit gendarmes qui sont censés tenir ce poste, informés depuis Niafunké de l’imminence d’une attaque sur Youwarou, avaient eu le temps de se mettre à l’abri. Ont-ils eu tort ?

Que nenni ! Sans moyens digne de ce nom, ils n’avaient pas d’autre choix. Et cela quelque soit leur héroïsme. C’est comme à Hombori, où en dépit du fait que deux ressortissants français viennent d’être enlevés dans cette localité, ils ne sont, d’après des sources proches de la mairie de Hombori, que quatre ( !) gendarmes à tenir le poste, c’est-à-dire la défense de cette localité située au carrefour de plusieurs chemins qu’empruntent traditionnellement les bandits armés.

Inutile de dire que la mort du Hombori-Koï Moussa Balobo Maïga, qui a fait le tour du pays toute la nuit de samedi à dimanche, a été accueillie comme une douche froide dans ce climat où l’on pensait réellement que l’Etat avait pris la situation en main pour une sortie progressive de la situation d’insécurité dans laquelle vit le pays. La visite des garnisons du pays, entamée la semaine dernière, par le tout-nouveau ministre de la Défense, le général Sadio Gassama, avait fait naître un sentiment de sérénité chez nombre de nos compatriotes.

Et c’est ce moment que les bandits armés ont également choisi pour se faire entendre. Et cela de la manière la plus horrible et la plus lâche. C’est dire que le président ATT et son gouvernement ont encore du pain sur la planche.

Car, qu’on le veuille ou pas, sans la fin du grand banditisme, la cote d’impopularité du gouvernement ira toujours crescendo. Et le doute continuera toujours à planer sur l’organisation de la présidentielle 2012. Le défi pourra-t-il être relevé ? Seul le temps dira.

Mamadou FOFANA

Le 20 Février 2012