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Mercredi 26 mars 2008, pendant toute la matinée, Aguelhok ressemblait à un village fantôme. Il s’est réveillé dans la terreur. Depuis 5 heures du matin, des tirs d’armes ont éveillé les gens. Dans la ville de Gao, la nouvelle s’est très vite répandue comme une traînée de poudre chez des proches de ceux qui vivent dans le village. «J’ai essayé de joindre mon frère par téléphone à Aguelhok en vain . Quand j’ai pu enfin discuter avec lui, il m’a dit qu’il y avait des bruits de tirs d’armes automatiques», a raconté une dame.

Joint par téléphone dans l’après-midi, un habitant du village a expliqué que des échanges de tirs nourris ont continué jusqu’aux environs de 9 heures. «Nous ne savons pas grand-chose de ce qui se passe. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’entend plus aucun coup de feu…Les gens sont par contre cachés encore dans leurs chambres», a-t-il précisé.

Une source proche de l’armée, sans confirmer que les rebelles ont attaqué Aguelhok, a laissé entendre que le village était en surchauffe. «Aujourd’hui, personne n’a le temps !», s’était-il exclamé avant d’ajouter que plusieurs assaillants ont été faits prisonniers. «Une partie a pris la fuite, certains ont été blessés», a déclaré notre interlocuteur qui a requis l’anonymat.

Pour l’instant, aucune source officielle ne confirme qu’il s’agit d’une attaque rebelle. Mais tout porte à croire que cet accrochage traduit une extension du champ des agissements rebelles. Ces derniers se sont ainsi approchés de la lisière nord-ouest de la zone rocheuse de l’Adrar des Iforas, à plusieurs centaines de Km des environs de Tinzaouatène, leur zone d’intervention habituelle.

Aguelhok est une place forte de l’armée nationale. A environ 400 Km de Gao et à plus de 100 Km au nord de la ville de Kidal, il est dans la zone de turbulence créée par les rebelles d’Ibrahim Ag Bahanga. Depuis fort longtemps, une base militaire y est présente. En tant que symbole de l’Etat, ce camp est une des cibles privilégiées des rebelles qui multiplient depuis plusieurs jours des attaques contre l’armée régulière.

Par ailleurs, la psychose de la guerre s’installe peu à peu dans les environs de Kidal. «J’ai téléphoné à des gens que je connais à Ménaka. Ils ont peur. Certains commencent même à dormir hors de la ville», a témoigné un ressortissant de Gao.

Soumaila T. Diarra

Envoyé spécial à Gao

28 mars 2008.