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C’est bien dans le rôle des médias publics d’aller vers l’apaisement en ne montrant pas certaines images, en ne disant pas certaines vérités. Les médias indépendants devront-ils, spécifiquement dans cette nouvelle situation qui se déroule au Nord, faire le mouton derrière nos confrères du service public ? Entre droit de savoir du public et conscience de la responsabilité de journaliste que nous sommes, il se joue comme un dilemme cornélien dans lequel toute ligne éditoriale fluctuante. Mais au-delà, il reste les options pour ou contre l’option militaire, pour ou contre la fraternité nationale.

Deux ministres de la République face à la presse. Sidiki N’Fa Konaté, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement aux côtés du tout nouveau ministre de la Défense nationale, le Général Sadio Gassama pour appeler à la responsabilité des journalistes, mais oubliant volontairement le droit de savoir du public. Conséquence : l’éditorial enflammé d’un confrère prônant la guerre ouverte pour s’inscrire dans la volonté du peuple.

Les positions plus nuancées, plus pacifistes sont quasiment passées inaperçues sauf lors que publiant les communiqués de Ganda’Izo ou tirant sur la France et son ministre des Affaires étrangères. Dans la nouvelle situation au Nord du Mali, ce n’est plus le gouvernement et son président qui sont face à leur responsabilité, mais l’ensemble du peuple malien à travers toutes les couches socioprofessionnelles, à commencer, bien entendu, par la presse.

Nous avions reçu, il y quelques jours via un espace de discussion de la diaspora intellectuelle malienne, des images atroces dont la source était impossible à vérifier. Appelant à plus de responsabilité pour la diffusion de telles images, nous avons reçu des explications et des détails assez troublants. « A Abeibara, des jeunes militaires ont utilisé leurs téléphones portables du début à la fin et ont décrit minute par minute de 8h du matin moment où ils ont épuisé les munitions et demandé des secours de Bamako à 16h lorsque les rebelles sont venus les égorger. Tout a été enregistré par téléphone portable. Les jeunes militaires ont situé exactement les responsabilités de ce qui leur est arrivé. Les renforts n’avaient pas été envoyés parce qu’il n’y avait pas de véhicules disponibles et ensuite parce qu’il n’y avait pas de carburant… etc. ».

Croyez-moi M. le ministre de la Communication, notre première question était de savoir comment de telles images, relevant quasiment du secret Défense, peuvent-elles se trouver sur Internet ? Des interrogations perlées se posent : qui a récupéré ces téléphones portables, qui a diffusé les images, tout cela est-il vrai ou faux ?

Seule une commission d’enquête indépendante pourra nous édifier. Ce qui est sûr, c’est que notre source assure que « la publication de ces images a sauvé de nombreux militaires. […] De nombreux officiers supérieurs n’ont eu une idée sur la réalité de la stratégie militaire des rebelles que lorsqu’ils ont vu ces photos et alors ils ont décidé de demander aux jeunes soldats qui voulaient garder leurs positions à mains nues de les abandonner » pour ne pas subir le même sort de que leurs frères d’armes d’Abeibara. Ces images, un confrère les a pourtant commentées. Quelle que soit la course au scoop, aucun journal, aucune télévision ne diffusera, tellement leur atrocité est grande. Une dernière question reste cependant : si leur publication a interpellé les décideurs pour mieux prendre la mesure de la chose, l’auteur de la fuite de ces images doit-il être considéré comment, même devant la justice militaire ?

Certes, il faut aller vers l’apaisement et appeler à une solution par le dialogue. Mais, faudra-t-il pour autant fermer les yeux, se mentir à soi-même, taire la vérité ?

La quasi-totalité des élus de la nation et des formations politiques à l’exception de Sadi et des députés se sont arrangés derrière les autorités nationales dans leur philosophie de rechercher la paix par le dialogue. On pourra dire que ce soutien politique apporté à ATT est normal. Mais l’exigence d’une enquête parlementaire pour établir la vérité des faits au nom du peuple était plus responsable.

De responsabilité, on peut en parler encore lorsque des citoyens maliens ordinaires menacés dans leur intégrité physique pour la seule raison qu’ils sont originaires de la même localité que les assassins, des militaires sont obligés de quitter le Mali pour se réfugier dans des pays voisins.

Pis comment un État responsable ne peut pas garantir la sécurité de ses citoyens. Comment expliquer qu’un ancien Premier ministre décide de se « retirer momentanément », pour reprendre les propres mots de Ahmed Mohamed Ag Hamani, à Dakar « afin d’assurer prioritairement la sécurité de ma famille » ?

Ne fait-il plus confiance aux autorités nationales de son pays, de l’Etat dont il a été un chef de gouvernement ? Quelles que soient les explications qui seront apportées à ces questions, Koulouba ne pourra jamais convaincre qu’il a assumé ses responsabilités.

C’est d’ailleurs pour cela que la sortie de la douce et tendre ancienne ministre Zakiyatou Oualett Halatine contre ATT himself, est si pleine de colère : « Mon étonnement est que les services de sécurité et militaires et peut-être vous-même, car je ne peux pas penser un seul instant que vous n’étiez pas au courant de ce qui allait se passer, n’ayez pris aucune disposition pour l’anticiper. » (sic)

La responsabilité ou plutôt la conscience de sa responsabilité, voilà ce qui permettra à l’homme de mieux jouer son rôle.

Oussouf Diagola

14 Février 2012