Partager

Si la pluie échoue à ramener le cabri au bercail, c’est le gourdin qui s’en charge, dit en substance la sagesse africaine. C’est un peu la situation qui se présente au Nord-Mali en ce moment. Bamako ayant échoué à faire entendre raison au Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) pour une libération pacifique de Kidal, c’est l’armée malienne qui a entrepris de le faire par la force. Avec l’entêtement bovin de ce mouvement à interdire l’accès de Kidal à l’armée malienne et les exactions contre la peau noire dans cette ville, tous les ingrédients d’une reprise de cette ville par la force étaient réunis. A force d’abuser de la patience des autorités maliennes et même de la communauté internationale, les rebelles du MNLA ont fini par détruire le capital sympathie dont ils bénéficiaient auprès de l’opinion internationale. En effet, même la France jusqu’alors considérée comme l’un des soutiens les plus visibles de ce mouvement, a été, par la voix de son président et de son ministre des Affaires étrangères, on ne peut plus claire : il ne doit y avoir qu’une seule armée au Mali.

La clarification de la position de la France et le déclenchement des hostilités par les militaires maliens le jour même où le président François Hollande recevait le prix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix au siège de l’Organisation des Nations unies pour la science et la culture (en anglais UNESCO), ne sont certainement pas sans lien.

S’inspirant de la devise de cette organisation selon laquelle « la guerre prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut édifier les instruments de la paix », les autorités maliennes ont donné l’assaut. Cette offensive devra faire prendre conscience au MNLA de la nécessité qu’il y a à préserver la paix et à mener un dialogue pacifique, constructif.

Une sagesse de chez nous affirme que « tant que l’eau ne se trouble pas, elle ne se décante pas ». C’est dire si la guerre est bien des fois un antidote à la guerre et en écho au musicien ivoirien, Alpha Blondy, on peut bien penser que très souvent, « mieux vaut une fin effroyable qu’un effroi sans fin ». En tout état de cause, même dans la perspective des négociations politiques maintes fois annoncées, il était nécessaire pour les autorités maliennes, de rétablir au préalable le rapport de force en leur faveur.

Il appartient maintenant au MNLA de faire preuve de réalisme. Jusque-là, il aura péché par orgueil. Ainsi qu’en témoigne la débâcle de ses troupes face aux militaires maliens depuis le début de cette offensive sur Kidal, son « bandage » de muscles n’était que de la poudre aux yeux. Car, jusqu’à preuve du contraire, l’armée malienne progresse sans coup férir vers Kidal. C’est la preuve que le MNLA, sans l’appui des islamistes, n’est pas à la hauteur de ses ambitions militaires. Ce mouvement a dû par ailleurs oublier que l’armée malienne s’est renforcée depuis ses dernières déroutes et que lui, par contre, a perdu de sa capacité de nuisance.

On a souvenance qu’il avait laissé des plumes dans ses querelles de leadership avec ses anciens alliés d’Al Quaïda au Maghreb islamique (AQMI), du Mouvement pour l’unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et d’Ansar dine.

Même à l’échelle politique, le MNLA n’a visiblement pas d’attache solide, pas d’ancrage réel sur les populations dont il pourrait profiter à la faveur d’élections. Il n’a jamais su construire un appareil politique solide. Sauf donc à vouloir creuser sa propre tombe, ce mouvement rebelle devrait chercher sans délai une porte de sortie. Et pourquoi pas, à négocier s’il n’est pas encore tard, la possibilité d’une grande autonomie pour la zone.

En ce qui la concerne, on imagine bien que l’armée malienne, lancée dans la bataille ne fera pas dans la dentelle. Hantée par le cauchemar d’Aguelock, elle ne se fera pas prier pour rendre au MNLA la pièce de sa monnaie. Il faut espérer que les droits de l’Homme soient préservés autant que faire se peut. Sauf retournement improbable de situation, Kidal devra être bientôt sous son contrôle. Tout porte donc à croire qu’on se dirige vers une éclaircie au Nord-Mali.

Les autorités légales du Mali, en passe ainsi de gagner la guerre, ont une lourde responsabilité : gagner la paix. En effet, il restera au Mali de se donner les moyens politiques de sortir de ce cycle de rébellions. Cela passe par une solution à l’équation touarègue qui permette de pacifier, dans la durée, cette zone. A cet effet, l’adhésion et la participation pleines et entières des populations, surtout des Touaregs restés attachés à la République, sont cruciales. Il faudra rechercher ces solutions dans un esprit d’ouverture.

Publié le jeudi 6 juin 2013

Source : Le pays