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«Reconstruire la mosaïque, perspectives pour les relations sociales après le conflit armé au Nord du Mali». C’est le titre du rapport piloté par Oxfam et WILDAF, deux organisations humanitaires internationales très actives au Mali.

jpg_une-2226.jpgMenaces, violences, stigmatisations, etc., au moins six personnes sur dix dans le nord du Mali déclarent avoir «un problème avec tout un groupe ethnique», selon les ONG. Mais «il serait erroné de définir les causes des tensions sociales actuelles comme étant de nature ethnique.
Les dimensions politique et structurelle du conflit sont à comprendre », juge Mohamed Coulibaly, directeur d’Oxfam-Mali.

Autre révélation : la perception de la dégradation des relations sociales est beaucoup plus marquée auprès des populations déplacées que de celles qui sont restées sur place. Le conflit armé qui a secoué le Mali en 2012 et 2013 a profondément affecté les relations sociales au sein des communautés du Nord du pays et «bouleversé la vie de chaque Malien», constate ces organisations non gouvernementales. Mais sur la perspective de la construction d’un avenir prospère, les auteurs du rapport se veulent optimiste.

Jamais un conflit n’a autant dégradé les relations sociales mais «La rupture entre ces communautés n’est ni radicale ni irrémédiable», relativisent les auteurs dudit rapport. La peur et la méfiance ont exacerbé des fractures plus anciennes entre les communautés interrogées.
Néanmoins, «il y a une réelle volonté de trouver une solution… Une grande majorité [des communautés interrogées, Ndlr] veut désormais pouvoir entamer un processus de dialogue et de réconciliation, mais aussi reconstruire des liens socioculturels et économiques plus forts», a indiqué Ilaria Allegrozzi, responsable de la campagne pour les droits en situation de crise au Mali à Oxfam, co-auteure du rapport.

La voix des victimes

Issue d’une enquête sur l’impact du conflit sur les relations sociales au sein et entre les populations originaires du Nord du Mali, ce rapport est le fruit d’une collaboration entre Oxfam, Handicap International et WILDAF Mali. Environ 2000 personnes ont été interrogées à Gao et Tombouctou mais aussi à Bamako et dans des camps de réfugiés maliens au Burkina Faso. Selon ces ONG, l’État malien et les citoyens doivent renégocier «un contrat social qui valorise les complémentarités et permette à tous de vivre en harmonie et en paix, dans le respect des différences». Le droit à la justice, le combat contre l’impunité et la vérité sur les crimes commis sont largement revendiqués.

La réconciliation doit trouver son fondement dans les relations séculaires qui ont toujours existé entre les communautés du Nord, indiquent-elles. «Il faut s’assoir ensemble, se parler, se donner la main et regarder dans la même direction. On n’a plus besoin de haine», lâche une habitante de Tombouctou. « Cette crise est un cauchemar pour moi. Durant les crises précédentes j’ai perdu mon père et mon petit frère. Ils ont été cueillis et exécutés ici chez nous car on n’avait pas fui. Je leur ai pardonné car c’était une erreur. Mais cette crise n’a épargné personne. Elle a tout bouleversé», témoigne un habitant d’un village de la région de Tombouctou.

Seydou Coulibaly

© AFRIBONE – Le 11 Octobre 2013