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Le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, vient de nommer Tiébilé Dramé, président du parti Parena, conseiller spécial chargé des négociations avec les groupes armés du nord. L’homme est un fin connaisseur du nord. En tant que leader estudiantin, il a eu à goûter aux geôles de ces régions au début des années 1980. Ensuite, en 1996-1997, il a été ministre des zones arides et semi arides. Son parti, depuis des décennies, s’est régulièrement prononcé sur toutes les questions touchant au septentrion malien, allant jusqu’à organiser des assises nationales sur la problématique paix, sécurité et développement dans la bande sahélo saharienne.

Pour toutes ces raisons, beaucoup avaient cru qu’il était l’homme qu’il fallait à la tête de la Commission nationale de négociations, une structure que le président Dioncounda Traoré avait prévue, ou de la commission dialogue et réconciliation qui vient d’être créée. Cela n’a pas été le cas. En revanche, le président du Parena vient de se voir nommé comme conseiller spécial chargé de négocier avec les groupes armés opérant dans le nord.
Cette décision a d’autant plus surpris que, depuis quelques mois, une Commission dialogue et réconciliation nationale avait été instituée, avec comme essentiel la mission assignée à Tiébilé Dramé. C’est-à-dire de dialoguer avec les rebelles du Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla). Depuis janvier dernier, ce mouvement contrôle la région de Kidal, et a démontré sa réticence ferme à toute intrusion de l’administration ou de l’armée malienne dans la huitième région.

Apparemment, les autorités maliennes ont compris le message puisque, depuis cette date, malgré leur fanfaronnade de rentrer à Kidal à la mi mai, cette région est toujours entre les mains du mouvement rebelle. C’est « un choix politique », selon le ministre malien des affaires étrangères, mais c’est surtout un diktat de la France dont l’opération Serval a servi au Mali de se débarrasser de ses groupes jihadistes et terroristes. En effet, c’est à la faveur de l’entrée de l’armée française à Kidal que les activistes du Mnla ont envahi cette zone et y règnent en maitres absolus. La France, il est vrai, a beaucoup contribué à la résolution de la crise sécuritaire du Mali mais elle n’y a pas fait franc jeu, continuant à perpétuer la politique de l’ancienne majorité incarnée par Nicolas Sarkozy, politique consistant à mettre sur le devant de la scène le Mnla. Ce mouvement a montré toutes ses lacunes dans la lutte contre le terrorisme, pire, il s’est allié avec ces groupes islamistes pour prendre le contrôle du nord du Mali, avant de se voir congédier par ses désormais ex-alliés. Aujourd’hui encore, le Mnla joue à l’épouvantail quand bien même il est affaibli par de nombreuses défections.

En premier lieu, celles de ses combattants qui désaffectent de jour en jour ses rangs pour rejoindre des mouvements beaucoup plus représentatifs. Le Mnla, récemment, vient de subir un lourd revers avec la défection du patriarche Intallah Ag Attaher, chef traditionnel des communautés touarègues l’ «Aménokal » a rejoint les rangs du Haut conseil de l’Azawad, une structure nouvellement créée qui se veut seul et unique interlocuteur des populations des régions du nord dans le cas où des négociations s’avéraient nécessaires entre Bamako et les groupes armés.
Ces groupes armés sont essentiellement le Mnla, le Mouvement islamique de l’Azawad (Mia), une dissidence du groupe terroriste Ansar Eddine, le Mouvement arabe de l’Azawad (Maa), créé par des Arabes pour faire face aux nombreuses exactions commises par des groupes touareg.

Tiébilé Dramé a déjà commencé sa mission, notamment par une prise de contact avec le médiateur de la Cédéao dans la crise sécuritaire, institutionnelle et politique du Mali, le président burkinabé, Blaise Compaoré. Lequel lui a promis de prendre bientôt contact avec les groupes rebelles afin d’amener ceux-ci à la table de négociations. Seulement, ni Dioncounda Traoré ni Blaise Compaoré encore moins Tiébilé Dramé ne disent pas concrètement aux Maliens ce qu’ils ont à négocier avec des bandits armés qui ont déserté les forces armées et de sécurité, volé du matériel militaire, braqué leurs armes sur les forces loyalistes, assassiné froidement des militaires, torturé de paisibles populations, pillé et violé. Prendre langue avec de tels criminels revient à nier l’existence des mandats d’arrêt internationaux qui ont été Lancés contre eux, des mandats que des pays qui se disent amis du Mali s’évertuent à ignorer. Prendre langue avec de tels criminels revient à tuer une seconde fois ceux qui ont été sauvagement exécutés à Aguel Hok et ailleurs, à violer et voler une deuxième fois toutes les victimes du nord. Prendre langue avec de tels criminels revient à oublier que ce sont ces bandits armés qui ont ouvert le passage aux mouvements jihadistes qui ont occupé le nord pendant de longs mois.

En réalité, il n’y a rien à négocier. L’Etat ne doit même pas demander au Mnla, au Mia ou au Maa de désarmer. Il doit les désarmer de gré ou de force. Et si l’armée n’a pas les moyens de le faire, n’a pas les moyens de désarmer un groupuscule comme le Mnla, c’est que le Mali ne mérite pas de compter la région de Kidal parmi ses collectivités. Et dans ce cas, les rebelles ont bel et bien raison de poser la question du statut juridique de leur Azawad.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 23 Mai 2013