Partager


Au moment où divers observateurs croyaient au succès de la médiation algérienne et de l’intervention de la Libye dans la résolution de la crise du nord Mali, les groupes de bandits armés ont encore fait parler d’eux. L’attaque du poste militaire de Nampala serait-il le tournant du conflit ?

Le 20 décembre dernier, alors que personne ne s’y attendait, des bandits armés ont attaqué le petit poste militaire de Nampala, une localité située dans la région de Ségou. Les assaillants, lourdement armés, sont venus à bord d’une dizaine de véhicules tout-terrain.

Les militaires, bien que surpris par cet assaut matinal, se sont vite repris et ont opposé une résistance farouche. Les combats ont duré deux heures de temps, de 6heures à 8heures. Le même jour, un communiqué diffusé par le ministère de la défense et des forces armées affirmait que les assaillants étaient liés aux bandes de narcotrafiquants.

Selon certaines sources, cette conviction serait née du fait que, au moment même de l’attaque de Nampala, un mystérieux avion tournoyait sans cesse au dessus de la ville de Tombouctou où la garnison militaire a été placée en alerte. Les deux évènements seraient-ils liés ? Tout porte à le croire, selon les mêmes sources, qui ont vite fait d’établir la connexion entre bandits touaregs et narcotrafiquants.

Le chef de l’Etat, excédé, a exprimé sa colère : « trop, c’est trop » Une phrase qui en dit long sur le nouvel état d’esprit d’ATT. L’attaque de Nampala marque-il un tournant décisif dans ce conflit, géré jusque là par négociateurs et médiateurs interposés ? Il faut le croire puisque le général ATT a décidé que l’armée ne peut plus accepter d’être, indéfiniment, la cible d’attaques.

« Nous ferons la paix avec ceux qui veulent la paix et combattrons tous ceux qui se mettront en dehors du processus » a-t-il martelé depuis la première région où il était en visite. Lors de la présentation de vœux aux institutions et aux couches sociales, il a montré la même détermination à combattre « tous ceux qui veulent saper l’unité nationale » et l’intégrité du territoire national.

Il faut dire que les autorités, devant la recrudescence des hostilités, ont des raisons de s’inquiéter. En effet, Nampala est située dans la région de Ségou, à plus de cent kilomètres du théâtre traditionnel des opérations des bandits. A quelques rares exceptions, ceux-ci avaient toujours opéré dans la région de Kidal. Qui sont donc les assaillants du 20 décembre?

Malgré la revendication faite par le porte-parole de Ibrahim Ag Bahanga, des interrogations demeurent. Selon des sources concordantes, Bahanga n’aurait plus de contrôle sur les différents groupes de bandits. De plus, lors de l’épisode de Nampala, il était dans la zone de Boureïssa, ne résidant plus en Libye depuis novembre dernier et, par conséquent, ne jouirait plus de l’autorité nécessaire à calmer ses troupes. D’où une divergence au sein des groupes de bandits.

En effet, depuis quelques temps, une aile dure s’est formée au sein de l’Alliance touarègue du nord Mali pour le changement (ATNMC), aile radicale dirigée par un certain Hama Ag Mossa, qui serait le frère du marabout assassiné en même temps que le commandant M’Barka aux portes de Kidal, dans des conditions encore non élucidées.

C’est ce Ag Mossa qui serait l’auteur de l’attaque de Nampala. Le fait est d’autant plus probant que l’homme est connu pour ses liens, très étroits, avec des réseaux de trafiquants ayant des ramifications en Algérie et en Mauritanie. En plus, il aurait les moyens de perpétrer pareille attaque, ayant constitué son propre groupe, ayant établi sa propre base et différents relais dans la bande sahélo saharienne. Il pouvait donc facilement se replier en Mauritanie qu’il a choisi comme refuge (voir encadré).

Quels seraient les desseins de ce nouvel seigneur de guerre ? Venger la mort de son frère dont il a pris prétexte pour radicaliser sa position dans la crise du nord ? Difficile à croire. Plus plausiblement, certains observateurs croient qu’il veut occuper la place laissée vacante par Bahanga, et s’adonner aux mêmes activités que celui-ci. Seulement, l’armée, suffisamment échaudée ne se laissera plus faire, d’autant plus qu’elle a la bénédiction du chef suprême des armées.

Ainsi, les militaires viennent de renforcer ses positions, non seulement dans le nord (Tombouctou, Gao et Kidal) mais aussi dans le Sahel occidental où certaines localités (Nara, Nioro, Yélimané, etc.) ont été identifiées comme étant des cibles potentielles des bandits. D’autre part, l’armée a également pris les devants. Ainsi une offensive a été lancée contre des groupes de bandits repérés aux environs de Aguel Hoc, dans la région de Kidal.


Mauritanie : Nouveau refuge pour bandits

Les autorités maliennes ont toutes les raisons de prendre les dispositions nécessaires à la sécurisation du territoire national. Les bandits, après le Niger et l’Algérie, viennent de trouver un nouveau refuge. Il s’agit de la Mauritanie.

Après l’attaque de Nampala, le 20 décembre dernier, les assaillants avaient, dans un premier temps, mis le cap sur la Mauritanie où ils se sont réfugiés. Manquant de carburant et de vivres, ils auraient été pris en charge par un complice installé non loin de la frontière. C’est en compagnie de ce dernier, et de certains narcotrafiquants, qu’ils auraient passé la nuit du 20 au 21 décembre. Le temps pour eux d’enterrer leurs morts et de soigner les blessés. Les jours suivants, ils ont tenté de nouvelles attaques.

Nara, Nioro du sahel, Yélimané, Gogui (qui sont toutes des localités situées le long de la frontière mauritanienne) sont ciblées. Mais l’armée avait déjà pris des dispositions en envoyant des renforts dans ces localités. Pendant ce temps, les garnisons militaires de Tombouctou et de Ségou organisaient des patrouilles, au cas où les bandits tenteraient de rejoindre leurs bases dans les montagnes de Kidal.

Leur retraite vers le nord coupée, la seule option qui leur restait était de rejoindre le territoire mauritanien. Et pour l’armée malienne, la seule possibilité de les coincer était la collaboration des autorités mauritaniennes.

Les bandits parviendront à regagner la Mauritanie, sans être inquiétés par les militaires de ce pays. Auparavant, à défaut d’avoir pu attaquer les localités ciblées, ils se sont transformés en coupeurs de route, en ciblant notamment les populations civiles, surtout dans le cercle de Nara. Où ils ont dépouillés des voyageurs de leurs argent, téléphones portables, vivres etc.

Nouakchott est pourtant redevable envers Bamako. Dans un passé récent, les autorités maliennes n’avaient pas hésité à mobiliser l’armée pour traquer « les cavaliers du changement » qui voulaient renverser le régime de l’ancien président mauritanien, Maaouiya Sid’Ahmed Ould Taya. De plus, le Mali a toujours émis la nécessité pour les deux pays de sécuriser leur frontière commune contre les contrebandiers et autres voleurs de bétail.

Dernièrement, du temps de Mohamed Ely Ould Vall, il a offert ses services pour une collaboration en vue d’enrayer la menace islamiste. Aujourd’hui, le Mali attend toujours, en vain, une aide des nouvelles autorités mauritaniennes en vue de traquer et mettre hors d’état de nuire les bandits qui continuent toujours à se réfugier sur le sol mauritanien. Tout comme ils le font en Algérie.

C. H. Sylla

05 Janvier 2009